L'aspirant chef du PLC dit craindre une guerre civile au lendemain d'un référendum sur la souveraineté du Québec

Charest rabroue Ignatieff

Le député d'Etobicoke-Lakeshore ignore comment le débat a évolué, dit le Bloc

Course à la chefferie du PLC


Le candidat au leadership libéral Michael Ignatieff a déclaré cette semaine que la Loi sur la clarté référendaire était nécessaire au Québec parce qu'elle permettrait d'éviter, dans le cas d'une victoire séparatiste serrée, l'éclatement d'une «guerre civile». Les répliques acerbes n'ont pas tardé.
Ottawa - Décidément, l'aspirant chef libéral fédéral Michael Ignatieff n'a pas la langue dans sa poche. Ses propos sur le déroulement d'un éventuel prochain référendum sur la séparation du Québec lui ont valu d'être qualifié d'homme d'une autre époque. Certains estiment que c'est la preuve que ses absences prolongées du pays lui ont fait perdre de vue l'évolution du débat sur l'unité nationale.
Le premier ministre québécois lui-même, pourtant libéral, fédéraliste et défenseur de premier plan du camp du NON en 1995, a reproché à M. Ignatieff son ton alarmiste. «On a quand même fait deux référendums, un en 1980 et l'autre en 1995, où j'ai participé très directement et où près de 94 % des électeurs inscrits se sont exprimés, a rappelé M. Charest à la sortie du conseil des ministres spécial qui se tenait à Laval. Compte tenu de l'enjeu, on a fait ça, quant à moi, dans un contexte exemplaire. Et je n'ai jamais senti qu'au lendemain d'un référendum on était menacés par une chose comme ça. Je n'ose pas le répéter parce que je ne veux pas encourager la notion.»
Ce que M. Charest ne veut pas répéter, c'est l'expression «guerre civile» qu'a utilisée M. Ignatieff. En entrevue au journal La Presse hier, le candidat au leadership a déclaré que la prochaine question référendaire sur la séparation du Québec, si référendum il devait y avoir, devrait être rédigée conjointement par le gouvernement du Québec et celui d'Ottawa. Celle-ci devrait porter sur l'indépendance et rien d'autre, selon M. Ignatieff.
Selon lui, la Loi sur la clarté référendaire, adoptée par Ottawa en 2000, était nécessaire pour éviter qu'une sécession ne survienne avec à peine un peu plus de 50 % des voix, ce qui ne donnerait pas la «légitimité» nécessaire pour créer un nouveau pays. «Il faut avoir des règles dans cette affaire, a-t-il déclaré au quotidien montréalais. Il faut avoir de la clarté. Pourquoi? Parce qu'on veut éviter la guerre civile et j'ai toute la confiance du monde qu'on va éviter cela.» Jean Charest, lui, dit qu'il n'a «jamais senti qu'il y avait une menace de ce type-là».
Au Bloc québécois aussi on ridiculisait les propos du prétendant libéral, y voyant la preuve que M. Ignatieff n'avait pas suivi le fil de l'évolution de ce débat pendant sa longue absence du pays. «Ses références sur ce débat datent de l'ère Trudeau et de la fin du régime Chrétien, lance le député Pierre Paquette. Maintenant, on est à autre chose. Chacun est dans son camp à démontrer que son option est la meilleure et on n'essaie plus de brandir des épouvantails.»
M. Ignatieff, intellectuel de réputation internationale, a passé le plus clair de sa vie adulte à l'étranger, aux États-Unis et surtout à Londres, en Grande-Bretagne. Il a quitté le Canada en 1969 à l'âge de 22 ans et n'est revenu que l'automne dernier pour se présenter aux élections générales fédérales, qui lui ont permis de se faire élire à la Chambre des communes. Durant cette période, il a enseigné l'histoire pendant deux ans (de 1976 à 1978) à Vancouver.
Selon M. Paquette, qui réagissait à ses propos avec une pointe de découragement dans la voix, les manifestations pacifistes de cet été en réaction à la guerre au Liban prouvent que «les Québécois sont loin d'être belliqueux».
Au Parti québécois, on ne comprenait pas les propos de M. Ignatieff. «Même les fédéralistes à l'Assemblée nationale ne tiennent plus des propos comme ceux-là sur la règle du 50 % plus un ou la clarté de la question», rappelle Jonathan Valois, porte-parole en matière d'affaires intergouvernementales. Au bureau du premier ministre conservateur Stephen Harper, on se contentait de dire qu'on n'avait pas l'intention de perdre du temps à formuler des hypothèses sur des «référendums fantômes».
Même le chef du NPD, Jack Layton, a eu des mots cruels pour Michael Ignatieff lors d'une conférence de presse pour demander le retrait des troupes canadiennes d'Afghanistan. «M. Ignatieff a voté pour la guerre en Afghanistan. Il semble qu'il veuille parler tout le temps de la guerre. Il a appuyé la guerre en Irak. [...] Nous sommes en désaccord avec de tels commentaires.»
Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et Antoine Robitaille


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