La bloquiste Mourani accuse Israël de crimes de guerre

Israël - sionisme et lobby


Ottawa -- La députée bloquiste Maria Mourani, qui a participé à une délégation parlementaire canadienne d'observation au Moyen-Orient, revient de son voyage avec la conviction qu'Israël a commis au Liban des crimes de guerre. Elle raconte aussi avoir senti un changement d'attitude des populations envers le drapeau canadien et exhorte le premier ministre Stephen Harper à rectifier le tir avant que la réputation du pays à l'étranger ne soit définitivement ternie.

Maria Mourani revient troublée par la destruction dont elle a été témoin pendant les trois jours qu'elle est restée au Liban. «Le Liban est détruit du nord au sud. Et quand je dis destruction, je ne parle par juste des infrastructures comme les ponts et les centrales électriques, mais aussi des maisons et des commerces.» Elle décrit les plages polluées et l'écume jaune de la mer. De retour au pays depuis jeudi, elle rédige maintenant son rapport d'observation destiné à ses collègues du caucus du Bloc, consignant photos et témoignages. Ce rapport façonnera ensuite la lecture bloquiste de la situation.
Selon Mme Mourani, qui s'appuie sur ses propres observations et sur les constats de groupes neutres, Israël s'est montré coupable de crimes de guerre lors de son offensive contre le Hezbollah en territoire libanais. «Je n'ai pas encore remis mon rapport. C'est clair que moi, ce que j'ai vu, ce que Amnesty International a vu, ce que Louise Arbour [la haute-commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme] a vu, c'est qu'il y a eu des crimes de guerre au Liban. Alors, il va y avoir un débat qui va se faire au caucus.» Quand on lui demande de préciser par qui ces crimes ont été commis, elle ajoute : «Les Israéliens.»
Mme Mourani a été marquée par les nombreuses bombes à fragmentation qu'elle a vues dans les zones civiles, des bombes qui, une fois dispersées, jouent à peu près le même rôle que des mines antipersonnel. Les États-Unis ont d'ailleurs annoncé il y a quelques jours l'ouverture d'une enquête sur l'utilisation alléguée de ces dispositifs fournis par eux à l'État hébreu et dont l'usage en zone civile est en principe interdit par le droit international.
Les observations de Mme Mourani ne se limitent toutefois pas à ces bombes. Elle cite aussi le pilonnage «délibéré» de zones civiles. «Ils ont ciblé des structures civiles vitales comme l'eau, l'électricité, les points de ralliement de nourriture. Ça aussi, ce sont des crimes de guerre, selon le droit international.» Elle relate l'histoire de cet homme qui lui a raconté qu'à son retour du marché, où il était allé acheter du pain, sa maison avait été anéantie. Sous les décombres se trouvaient sa femme et ses enfants.

Elle doute aussi de la bonne foi israélienne dans le bombardement accidentel du village de Cana. «Ils avaient dit que Cana avait été bombardé parce qu'ils avaient vu des camions avec des armes qui rentraient dans une espèce de garage. Je n'en ai même pas vu ! J'ai fouillé, j'ai cherché le fameux garage. Il n'y avait que de petites maisons les unes à côté des autres avec des basses-cours.»
Libanaise d'origine elle-même, Mme Mourani n'avait aucun souvenir de son pays. Il faut dire qu'étant une enfant de la diaspora, elle a vu le jour en Côte d'Ivoire. «Je suis comme tous ces enfants de la guerre civile qui sont nés à l'extérieur. J'ai toujours vécu avec un passeport libanais sans avoir même mis les pieds au Liban.» Mme Mourani avait une fois auparavant foulé le sol de son pays d'origine, mais elle n'avait que deux ans et ne conservait aucun souvenir de ce voyage familial.
Drapeau mal en point
Maria Mourani a remarqué pendant son séjour que la réputation du Canada à l'étranger avait souffert des déclarations du premier ministre Stephen Harper, qui a qualifié en début de conflit que la riposte israélienne était «mesurée». La délégation parlementaire roulait avec un unifolié attaché sur le toit de la voiture et s'est fait à deux reprises désigner par des hommes qui pointaient le pouce vers le bas, dit-elle. D'autres, en apprenant que le trio siégeait au Parlement, leur disaient : «Merci, mais on ne remercie pas votre gouvernement.»
«Avant, quand j'appelais ma famille au Liban, raconte la députée, ils disaient : "Ah ! le Canada ! Ah, oui ! Les Canadiens, on les aime, ce sont des gens de la paix, des Casques bleus." Mais là, d'entendre ce discours, non pas de haine, mais de résignation face au Canada, j'ai trouvé cela triste en tant que parlementaire canadienne.» Elle croit que le sentiment négatif n'est pas «généralisé» ni même irréversible, mais enjoint au gouvernement de rectifier le tir. «Si cela se poursuit, le Canada sera associé aux États-Unis.»
Pas de langue de bois
Mme Mourani refuse de divulguer les grandes lignes du rapport qu'elle concocte par respect pour ses collègues députés, mais elle promet qu'elle ne se censurera pas. D'ailleurs, elle dit qu'elle le doit à tous les électeurs qui lui ont écrit pour la féliciter d'avoir participé à la mission.
«J'ai reçu beaucoup de courriels du reste du Canada -- j'ai trouvé cela cocasse -- qui me disent : "Bravo ! Merci d'être allée au Liban et de rapporter vraiment ce que vous avez vu." [Les gens me demandent] de ne pas avoir la langue de bois. De dire : oui, j'ai vu des actes qui à mon sens sont des crimes de guerre. De dire les vrais mots.»
Mme Mourani a participé à ce voyage d'une semaine à l'invitation du Conseil national des relations canado-arabes. Elle était accompagnée du député libéral Borys Wrzesnewskyj et de la néo-démocrate Peggy Nash. À eux trois, ils ont soulevé une tempête pendant le voyage en déclarant (Mme Mourani moins directement que les deux autres) que la communication devrait être rétablie avec le Hezbollah, tout groupe terroriste soit-il. M. Wrzesnewskyj a depuis démissionné de son poste de critique adjoint en matière d'affaires étrangères.
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Guerre au Liban
Revirement de Maria Mourani
_ SRC 31 août 2006
La députée bloquiste, Maria Mourani lors de sa mission au Liban.

La députée bloquiste d'Ahuntsic, Maria Mourani, qui a qualifié les opérations militaires israéliennes au Liban de crimes de guerre, s'est rétractée mercredi par voie de communiqué.
Le quotidien Le Devoir a publié mercredi une entrevue de la députée, Maria Mourani, dans laquelle elle accusait Israël d'avoir commis des crimes de guerre au Liban. Elle s'est appuyée sur ce qu'elle a vu lors de sa mission au pays du cèdre ainsi que sur les propos de Louise Arbour, la haute-commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, ainsi que sur les constats d'Amnistie internationale.
Toujours mercredi, la députée a rendu public un communiqué où elle se rétractait: « Il appartient aux instances internationales dûment mandatées (les Nations unies) de définir ce qui constitue un crime de guerre et de qualifier de criminel de guerre l'une ou l'autre des parties impliquées dans un conflit armé », a-t-elle écrit.
« Je soutiens totalement la position équilibrée adoptée par le Bloc québécois depuis le tout début du conflit, à savoir que tant les enlèvements, les attaques aux missiles sur des populations civiles que les bombardements des villes étaient des actes répréhensibles », a précisé Mme Mourani dans le même communiqué.
Le premier ministre Stephen Harper a jugé « extrême » la déclaration de Maria Mourani au Devoir, a indiqué mercredi le porte-parole du chef conservateur, Dimitri Soudas.
Au cours du mois d'août, la députée d'Ahuntsic s'est rendue au Liban en compagnie de collègues du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique (NPD), à l'invitation du Conseil national des relations canado-arabes. Les députés avaient soulevé la controverse en soutenant que le Canada devrait ouvrir un « dialogue » avec le Hezbollah, considéré comme un groupe terroriste par Ottawa.
Toujours au sujet de la guerre au Liban, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a été accusé par l'ambassadeur d'Israël à Ottawa d'avoir causé des « torts irréparables » en participant à une marche pour la paix au Liban dans laquelle se sont glissés des partisans du Hezbollah.
Maria Mourani doit rédiger un rapport sur sa mission au Liban pour ses collègues du caucus.
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Communiqué de Maria Mourani
_ Site du BQ
Il appartient aux instances internationales dûment mandatées de juger des crimes de guerre

Montréal, le mercredi 30 août 2006 - « Lorsque la Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, la juriste québécoise Louise Arbour, a fait mention de la possibilité que des crimes de guerre aient été commis lors du conflit au Proche-Orient, elle appelait les deux parties impliquées à respecter le droit de la guerre et le “principe de proportionnalité”. Cet appel invitait tant Israël que le Hezbollah à assumer la responsabilité de leurs actes respectifs. C'est là une nuance importante à laquelle j'adhère entièrement. » C'est en ces termes que la députée du Bloc Québécois d'Ahuntsic, Maria Mourani, a apporté des précisions à ses récentes déclarations à l'effet qu'Israël était responsable de crimes de guerre lors du conflit qui l'opposait au Hezbollah.
De retour au Québec depuis seulement une semaine de sa visite au Liban avec une délégation de parlementaires des partis d'opposition, la députée d'Ahuntsic réaffirme cependant la position défendue par le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, qui, au sujet du conflit au Proche-Orient, réitère qu'il faille s'en remettre aux personnes les mieux habilitées afin de mener enquête en la matière de crime de guerre et, qu'en occurrence, c'est aux Nations Unies de mener cette enquête et d'en tirer les conclusions appropriées. La députée et son chef ont convenu de se rencontrer afin de faire le point sur la visite qu'elle a effectuée au Liban et sur la situation politique qui règne au Proche-Orient.
« Il appartient aux instances internationales dûment mandatées de définir ce qui constitue un crime de guerre et de qualifier de criminel de guerre l'une ou l'autre des parties impliquées dans un conflit armé. Qui plus est, je soutiens totalement la position équilibrée adoptée par le Bloc Québécois depuis le tout début du conflit, à savoir que tant les enlèvements, les attaques aux missiles sur des populations civiles que les bombardements des villes étaient des actes répréhensibles », a conclu Maria Mourani.


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