Gouvernement de l’affirmation minoritaire

Tribune libre

En date du [vendredi le 26 mars, Lise Payette->26565] demandait à ses lecteurs de mettre sur une même estrade une certaine Sainte Trinité: Michael Ignatief, Jean Charest et Gérald Tremblay qui sont, selon elle, affligés d’une maladie chronique qui va paralyser le Québec tout entier si rien n’est fait rapidement: «Les trois sont atteints du même virus: l’urgence de ne rien faire.»
Elle affirme ensuite «que ce virus peut être mortel et que la maladie est simple à diagnostiquer parce qu’elle consiste à multiplier les projets, études, plans (qui sont souvent seulement des mauvais plans), à dévoiler des calendriers de production, à annoncer des constructions diverses, à manipuler les chiffres, à répondre à toutes les questions avec assurance ou à faire semblant qu’on a pas compris la question, à ratisser large mais sans jamais se compromettre, à beurrer épais sans jamais se salir les mains. Il faut donner l’impression d’être au-dessus de la mêlée, d’accepter de «faire l’honneur» au peuple, de s’occuper de ses affaires tout en faisant le moins possible et au mieux en ne faisant rien.»
Le comportement envers la majorité du Québec des trois personnages que Mme Payette a choisi de nous présenter illustre tout à fait mon idée du gouvernement de l’affirmation minoritaire qui étrangle la majorité des Québécois à divers degrés depuis 250 ans et plus.
Mme Payette conclut son texte ainsi: «Et nous, nous avons voté pour tout ce monde-là. Nous les avons choisis. Pire encore, certains d’entre nous ne sont même pas allés voter. Il est temps que l’on se pose de sérieuses questions sur jusqu’où nous sommes prêts à nous en laver les mains…»
Mme Payette devrait envisager que pendant quelques siècles, avec leurs activités d’entraves systématiques visant la minorisation du peuple canadien français devenu québécois avec l’encerclement continental anglo-américain implacablement assimilateur, les gouvernements d’affirmation minoritaire bien commandités - qui sévissent présentement dans les municipalités de Québec et de Montréal et à l’Assemblée nationale du Québec - imposent un agenda multiculturel aiguillé par l’aristocratie parlementaire de la monarchie constitutionnelle d’Ottawa et les juges qu’elle a mandatés pour nous imposer la charte multiculturelle à feu PET qu’ils ont érigé en dogme coulé dans le béton précontraint suite à la nuit des longs couteaux et le coup de force de1982.
La pathologie d’urgence de ne rien faire décrite par Mme Payette s’applique tout autant au PQ de Pauline Marois. Cette dernière peine à voir l’urgence de contrer la charge à fond de train contre la majorité - entre autres le CUSM - qui met en péril la santé de la majorité québécoise qui affiche de plus en plus de cynisme avec cet acharnement de la ministre Gagnon-Tremblay avec le PPP du CHUM. Les PPP sont une autre forme d’affirmation minoritaire, financière. C’est pourtant assez simple: ce vide sidéral d’affirmation politique majoritaire favorise l’affirmation ethnocidaire, l’assimilation et la dispersion.
La création de la richesse, l’indépendance énergétique et d’autres grands chantiers ne peuvent se réaliser dans le cadre provincial de l’annexion à autre pays. C’est mettre la charrue devant les bœufs.
***
Dans l’édition de décembre 2009/janvier 2010 du journal Le Québécois, avec un texte portant le titre «PQ=Première quête», Félix Pinel nous dévoile le temps total au pouvoir des partis politiques ayant formé le gouvernement du Québec depuis le fameux pacte confédératif qui est à l’origine des gouvernements d’affirmation minoritaire imposés au Québec depuis 1867.
Le Parti libéral du Québec a été au pouvoir 78 ans, 9 mois et 26 jours. Le Parti conservateur du Québec a gouverné 21 ans, 3 mois et 22 jours. L’Union nationale a gouverné 22 ans, 10 mois et 28 jours. Pour ce qui en est du PQ, il a été au pouvoir provincial 17 ans, 7 mois et 19 jours.
***
Le silence est toujours de mise, au PQ, sur le référendum volé de 1995. La démission de Parizeau, l’affaire Michaud, l’agenouillement de Lulu l’obsédé du déficit zéro devant les grands prêtres des agences de cotation à New York, ce qui a été suivi de près par sa capitulation devant la communauté anglo mise en scène au théâtre Centaur en 1996, son charcutage de la fonction publique et la fermeture des COFI, de même que son problème subséquent avec les miroirs, tout ceci a eu pour effet de repousser beaucoup de militants du PQ et de favoriser la privatisation massive de l’appareil public.
Un crescendo de démotivation souverainiste a été atteint après le départ de Bernard Landry et le parachutage d’André Boisclair avec sa boîte à outils de chambre de commerce, ce qui a très bien servi QS. Le couronnement de Pauline Marois après le retrait précipité de Gilles Duceppe retourné rapidement à Ottawa et la mise au rancart de l’option fondamentale du parti a été le coup de grâce qui en a fait vraiment décrocher plus d’un. Il faudra voir maintenant l’effet à long terme de l’éviction récente du SPQL.
***
Quand Gérard Bouchard s’est présenté la semaine dernière aux studios du réseau de la désinformation pour clamer avec toute son indignation professorale d’Harvard qu’on ne pourrait envisager de gérer la pluralité en dehors du régime arbitraire d’Ottawa tout en nous mettant en garde de faire fi de la charte à feu PET et de mystérieuses ententes internationales, je me suis questionné à savoir comment ça se fait que des non élus supposément souverainistes comme lui et son frère se portent si volontairement au secours du gouvernement de Crapet Charest, que ce soit dans la tarification généralisée ou au chapitre des accommodements taillés sur mesure sectaire. Comment se fait-il qu’ils disposent d’autant de tribunes pour relayer leurs codes respectifs structurant notre néantisation accélérée, autant économique que culturelle?
La commission Bouchard-Taylor a été une opération ingéniée pour neutraliser la majorité, elle n’a même pas considéré l’enjeu de la langue dans ses considérations sur la gestion de la diversité. Le travail (sic) de Bouchard et de Taylor en a été un d’étalage des revendications religieuses et des critiques communautaires sectaires qui ont été reprises pour une définition de l’espace public qui n’a rien de laïc, ce qui a alimenté un ressentiment palpable de la majorité avec l’ajout d’accusations non fondées de crispation identitaire, ce qui devrait être interprétée comme étant de la résistance saine, propre à toute culture qui se respecte.
Malgré leur travail (sic) au service de Crapet Charest, les Québécoises et les Québécois sont toujours autant résistants aux accommodements frivoles taillés à la pièce pour des intérêts sectaires.
Tout ceci n’est pas sans rapport avec le fait que tant de gens ne votent plus. La culpabilisation médiatique constante de l’affirmation de l’identité québécoise et le souverainisme mièvre du PQ sont d’autres phénomènes qui alimentent le cynisme ambiant.
Les conditions gagnantes, ça se crée par la mobilisation sur un enjeu, ou plusieurs, qui viennent interpeller la fibre même d’un peuple trop longtemps opprimé dans ce qu’il y a de plus fondamental, la prise en main de son destin, l’indépendance et la liberté qui en découle.
Je suis d’accord avec M. Pinel que l’on doit doter le PQ d’une plate-forme indépendantiste et se munir d’une direction et des députés résolument indépendantistes. Le problème, c’est que les indépendantistes ne sont pas en «position de force» dans les instances dites démocratiques du PQ, c'est-à-dire, les comités exécutifs nationaux, régionaux et locaux.
L’enjeu électoral, ou l’urgence d’agir, devrait être clairement définie par un parti politique qui se présente devant l’électorat en proposant une déclaration unilatérale d’indépendance avec une constitution provisoire tout en mettant en œuvre le rapatriement du Bloc qui serait convié à Québec pour une Assemblée constituante au service de la nouvelle république du Québec.
J’ai été membre du PQ jusqu’au mois de février et dans le paragraphe qui précède, on retrouve mes exigences minimales pour redevenir membre.
****
Relents d’octobre 1970
Jeudi soir, le réseau de la désinformation nous révélait que Djamila Benhabib a été l’objet d’une enquête de crédit de la part du SCRS, ce fleuron de la démocratie canadian légué par feu PET pour veiller à notre assimilation définitive.
Je tiendrais à exprimer mon accord sans réserve avec le concept de résistance évoqué par le chef du BQ lors du 20e anniversaire du BQ. Cependant, je dois exprimer certaines réserves en regard de d’autres propos récents de M. Duceppe: c’est qu’il affirme que le Canada est une démocratie, voire une grande démocratie???
Le Canada est gouverné au nom d’une monarchie constitutionnelle factice qui a toujours œuvré contre les canadiens français sur tout son territoire. Les orientations de ce gouvernement sont dictées les intérêts financiers des oligarchies industrielles de l’anglosphère.
Comme Mme Benhabib, la majorité québécoise est l’otage de l’état policier canadian déployé au Québec depuis la conquête.
Daniel Sénéchal
Montréal


Laissez un commentaire



7 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    29 mars 2010

    Pas obligatoire de prendre le pouvoir pour mettre ses idées en œuvre.Le concept de « l’iniative citoyenne» pourrait suffir,à condition d’être habile à se servir de la rue et d’internet.

  • Archives de Vigile Répondre

    29 mars 2010

    « Ce n'est plus l'État qui doit être [ prioritairement, plus fortement,encore et toujours providence ] au centre de notre enrichissement [ personnel ] et national. Ce doit être les Québécoises et les Québécois eux-mêmes.» Pauline Marois,mars 2010
    Je suis en accord avec elle.Je veux ça pour le pays Québec. Par l’instruction,la prise de risque,le leadership,le travail,la maîtrise des moyens de communication,l’usage du français et l'épargne.Rejet total de vivre en BS.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mars 2010

    À propos de «l’initiative populaire en matière référendaire»
    Pour simplifier nous pourrions dire «l’Initiative citoyenne»,sous la responsabilité du Directeur général des élections.
    Elle naîtrait d’un individu,d’un collectif de citoyens ou d’un organisme communautaire,localement,dans une région ou au national.

    Pas de nouvelle loi à faire.Seulement introduire un chapitre dans l’actuelle loi référendaire.
    « L’initiative citoyenne servirait ;
    1) à abroger,changer,ajouter des articles dans une législation,des règlements dans une loi,
    2) à révoquer un député,un ministre,un maire,un conseiller municipal,un gouvernement municipal,régional ou national,en tout temps d’un mandat.
    Il y en a une présentement dans l’Union Européenne.Elle s’appelle «Pour un dimanche sans travail,en famille».Lancée par un député allemand le 11 février 2010 ,elle procède par une pétition en ligne.C’est le traîté de Lisbonne qui a donné ce cadeau aux citoyens des pays membres de l’Union.

  • Serge Charbonneau Répondre

    28 mars 2010

    « L’initiative populaire en matière référendaire »
    Nous sommes définitivement trop à la merci des politiciens. Nous devons nous diriger vers une démocratie «participative».
    L'idée de donner plus de pouvoir à la population est EXCELLENTE. Il faudrait qu'une loi permettant de demander un référendum national soit définitivement envisagée.
    Il faudrait aussi une loi qui permettrait la révocation du gouvernement à mi-mandat si la population le demande massivement.
    Les nouvelles constitutions des pays progressistes d'Amérique latine ont toutes donné ce pouvoir à la population. Une idée introduite par le gouvernement Chávez au Venezuela et adoptée par ceux qui ont modifié leur constitution par la suite (Équateur, Bolivie et prévu pour le Honduras si le Coup militaire n'avait pas mis fin à la démocratie dans ce pays).
    Ici aussi, nous devrions avoir le droit de rejeter le gouvernement à mi-mandat si celui ne remplit pas ses promesses ou mène le pays de façon inacceptable pour une majorité de citoyens.
    Les constitutions des pays progressistes prévoient un référendum révocatoire si 15% de la population le demande en signant une pétition.
    Le gouvernement doit ainsi gouverner avec plus de considération pour ses citoyens, ce qui est tout à fait normal en démocratie.
    Abraham Lincoln définissait la démocratie par : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Ça m'apparaît bien juste, mais en réalité nos démocraties sont bien loin de fonctionner selon cette définition.
    L'idée de Jean-Herman Guay devrait être sérieusement considérée. La population pourrait ainsi décider elle-même du moment d'un nouveau référendum pour l'Indépendance. Le mouvement pour l'Indépendance nationale obtiendrait alors un réel pouvoir indépendant des politiciens qui patinent sur place et l'on rendrait ainsi la réalité conforme à l'idée que le peuple est souverain.
    Serge Charbonneau
    Québec

  • Archives de Vigile Répondre

    28 mars 2010

    L’iniative populaire en matière référendaire
    Une voie originale vers l’indépendance du Québec.
    [« En modifiant la loi sur les consultations populaires, l’Assemblée Nationale pourrait permettre l’initiative populaire en matière référendaire. Cette mesure, déjà établie dans plusieurs pays et dans une trentaine d’États américains, de même qu’à l’échelle municipale au Québec, permettrait de déplacer le contrôle de l’agenda référendaire du gouvernement à la population.
    On peut ainsi imaginer que si 15% des inscrits sur la liste électorale demandaient par pétition la tenue d’un référendum, le gouvernement, quel qu’il soit, serait tenu de déclencher une telle procédure dans les soixante jours.
    Le projet d’indépendance trouverait alors une flexibilité lui permettant d’épouser les variations de l’opinion publique.
    Si l’indépendance devait être souhaitée par un grand nombre de Québécois, dans deux, cinq ou vingt ans, ou selon une urgence déclenchée par une « offensive fédérale », l’idée d’un référendum scette question pourrait se concrétiser rapidement et ce, peu importe quel est le parti au pouvoir à Québec à ce moment-là.
    Le projet occuperait alors une position « attentiste », inscrite dans la durée; il ne subirait pas les aléas des élections. Il pourrait cesser de génèrer une profonde lassitude.» ]
    — Extrait d’un article de Jean-Herman Guay, « La dialectique de la souveraineté », paru dans Options politiques, volume 28, no 4, avril 2007, p. 79-83.

  • Serge Charbonneau Répondre

    27 mars 2010

    Les gens ne votent plus.
    Voilà le grave problème.
    POURQUOI ?
    Et en plus, c'est un constat que l'on fait dans plusieurs pays "démocratiques". Les dernières élections françaises ont été un exemple de plus.
    Il faut se demander pourquoi les gens ne votent plus et mettre en lumière cette dépolitisation systématique des citoyens des pays "démocratiques" de plus en plus contrôlés par l'oligarchie internationale.
    Bien sûr, parler d'oligarchie internationale peut sembler "capoté" mais penchons-nous sur le G8 à venir et sur la rencontre du groupe de Bilderberg en 2010.
    Nous devons bien sûr nous pencher sur ce qui se passe chez nous, mais lorsque l'on constate qu'il se passe des phénomènes similaires ailleurs, il est intéressant d'élargir nos observations.
    La mission néolibérale est de diminuer les États au point de les rendre "symboliques" et donner le monde en pâture aux prédateurs économiques mondiaux. C'est ce que l'on appelle «la privatisation».
    Peut-être qu'en étudiant d'un peu plus près le secret des réunions des grands (!) on pourrait mieux comprendre ce virus du rien faire dont sont atteint bon nombre de politiciens.
    Je crois que des rencontres comme celles de la commission Trilateral, du Forum économique international des Amériques, du G8, et de Bilderberg devraient être approfondies pour comprendre le discours de nos Saintes Trinités.
    Jetez un œil sur cette page d'info concernant «International Economic Forum of the Americas», cela vaut vraiment la peine.
    http://www.conferencedemontreal.com/accueil.html?L=1
    Voyez les conférenciers, voyez les commanditaires de l'événement (Power Corporation, RBC, Les Forces, Rio Tinto, et nos gouvernements Canadien et Québécois.)
    Je ne crois pas que l'on va nous informer beaucoup sur le fond des discussions de ces maîtres du monde. La réunion se tient du 7 au 10 juin à Montréal.
    Pour Bilderberg, où et quand se tiendra la réunion de 2010 ?
    Mystère, personne ne sait. C'est toujours assez "secret" ces réunions.
    Pour un compte-rendu de la réunion de l'an passé en Grèce:
    http://fr.altermedia.info/general/compte-rendu-de-la-reunion-bilderberg-2009-reformer-l%E2%80%99economie-politique-mondiale_25191.html
    Je crois que ces importantes rencontres internationales de gens "importants" dans la marche du monde, peuvent propager le virus du rien faire. Je crois aussi que ces rencontres peuvent propager à travers tous les pays "démocratiques" occidentaux, le virus de la laïcité "ouverte»".
    Je sais, je sais, vous me prenez pour un fou, mais voyez-vous, plusieurs pays vivent comme nous des problèmes tellement similaires que je cherche à comprendre.
    Voyez la prestation de Dieudonné que nous a suggérée Vigile
    http://www.youtube.com/watch?v=Sy_FKeqyWBs&feature=player_embedded
    On jurerait qu'il a fait le texte en observant ce qui se passe au Québec !
    C'est fou comme nos problèmes sont semblables.
    Serge Charbonneau
    Québec

  • Isabelle Poulin Répondre

    27 mars 2010

    Merci Monsieur Sénécal. C'est un grand plaisir de vous lire, vos mots sont justes et empreints d'humour car vous frappez dans le mille. La peur venant de l'incertitude, il semble que nous vivont l'incertitude grandissante en ne changeant pas de cap ! Indépendance des guerres, indépendance de la soumission, indépendance de la corruption, indépendance des régulations, indépendance pour stopper l'érosion (langue, culture, économie, richesses...) Pouvoir gérer l'immigration galoppante, pouvoir gérer l'étiquetage et la conformité de nos produits, pouvoir refuser l'hyper sécurisation des lieux contre les personnes... Les gens vont y croire si ça se tient debout !