Garder son voile ou son emploi?

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Mère supérieure cautionne le chantage

Vous savez, pour moi, quel est l'argument le plus pernicieux dans tout ce débat sur la charte? C'est celui du chantage de la perte d'emploi.
Si jamais la charte est adoptée, les femmes musulmanes vont en être les premières victimes, entend-on souvent. Car, c'est bien connu, ces femmes, qui sont à l'emploi de l'État québécois, qui sont préposées aux malades ou infirmières, qui enseignent à nos enfants, qui sont éducatrices dans les CPE ou dans les services de garde des écoles, qui s'occupent de nos parents dans les résidences pour personnes âgées, vont refuser d'enlever leur voile et elles vont préférer abandonner leur emploi et déménager dans une autre province.
C'est le pire des chantages. Car, bien entendu, ces femmes musulmanes sont, dans leur majorité, des immigrantes, donc elles font partie des personnes vulnérables qui, malgré leurs qualifications, ne bénéficient pas nécessairement des mêmes ressources que les Québécoises nées ici.
Mais vous en connaissez, vous, des personnes qui préfèrent perdre leur emploi, renoncer à leur salaire, à leur sécurité d'emploi et aux autres bénéfices sociaux reliés à la condition d'employée de l'État (fonds de pension, régime collectif d'assurance, dont les soins dentaires, congés payés, etc.) plutôt que d'accepter de mettre un peu d'eau dans leur vin, c'est-à-dire d'enlever leur voile, durant leurs heures de travail? Moi, leur sort me semble moins pire, disons, que ces milliers d'employés de Bombardier dont on vient d'annoncer le licenciement. Eux, ils n'ont pas l'embarras du choix. Et faire la grève ne leur servira à rien.
Tenez, je connais des chroniqueurs salariés qui se voient, de temps en temps, refuser leur texte parce qu'il ne correspond pas, disons-le simplement, aux critères de l'employeur. Et qu'est-ce qu'il fait, le chroniqueur? Il sacre son camp ou il accepte de se défaire de son voile, celui qui l'identifie, qui identifie ses idées?
En règle générale, il met de l'eau dans son vin parce qu'il n'a pas d'autre choix, parce qu'il doit travailler et continuer d'écrire pour dire les choses à sa façon, parce qu'il a besoin de ce salaire, parce qu'il se dit que ses idées, qu'on trouve trop ceci ou trop cela, il pourra bien les exprimer ailleurs, un jour ou l'autre, parce que ce voile qui l'identifie, il pourra le porter en dehors de cet espace médiatique où il travaille.
Alors, il se remet au travail et cherche encore à donner le meilleur de lui-même, en s'exprimant autrement, sur d'autres sujets qui devraient correspondre aux exigences de l'employeur.
Je sais, la comparaison peut sembler boiteuse, mais dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de défendre ses principes sans perdre la face, tout en assurant la sécurité financière des personnes concernées.
Il ne s'agit pas de dire: Va te faire voir ailleurs si tu n'es pas content. Ou encore: Défroque, renie ta religion, détruis ces signes religieux ostentatoires. Non, rien de tout cela. Mais plutôt: Regarde la réalité en face.
Entre «crisseuse de tomates» comme Francine Pilote dans Elvis Gratton (là, tu peux garder ton voile, pas de problème) et préposée ou éducatrice, tu n'hésites pas, il me semble, et tu laisses tes signes religieux au vestiaire.
Il n'y a là aucune atteinte aux droits fondamentaux, aucune islamophobie, aucun nationalisme ethnique. Rien à voir avec ce qu'affirme et martèle Mère supérieure, Françoise David, depuis des mois: on exclut des femmes voilées du marché du travail alors que leurs maris barbus continuent de travailler.
Le marché du travail dans le vaste réseau de la fonction publique sera toujours là pour ceux et celles qui acceptent de respecter la neutralité de l'État.
Quant au chroniqueur, il va continuer de chroniquer.


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