Fonds fédéraux et langue nationale

Anglicisation du Québec



Il y a cinq ans, la Chambre des communes reconnaissait pour la première fois la nation québécoise. L'utilisation du mot «québécois» (en français) dans le libellé en anglais ne présentait aucune ambivalence quant à la «nation» dont il était question: il s'agissait bel et bien de la majorité française, celle dont la langue constitue la représentation d'une culture nationale héritée de l'histoire.
Cinq ans plus tard, le Canada anglais semble en pleine redéfinition identitaire, utilisant légitimement son État pour sortir du multiculturalisme. Et cela va de soi: la loi démocratique de la majorité a parlé, et les Québécois ne sont et ne seront à jamais qu'une minorité au sein de l'ensemble canadien. Nous aurions tort de nous scandaliser de la nomination d'un vérificateur général unilingue anglais dans la mesure où cette indignation ne nous mènerait nulle part: la majorité canadienne pense à elle. Nous n'avons pas à participer davantage au Canada, car son État n'est pas le nôtre; le Québec devra prendre les responsabilités qui viennent avec la compréhension de cette évidence, et enfin conquérir les pleins pouvoirs sur lui-même.
Cependant, est beaucoup plus sournoise la participation financière du gouvernement fédéral contre la langue française. Nous n'avons qu'à observer la nature des subventions fédérales en matière d'enseignement de l'anglais comme langue seconde, ou le surfinancement de la recherche universitaire provenant d'établissements anglophones. Cinq ans après la reconnaissance de notre nation, et à mesure que la région métropolitaine s'anglicise, Ottawa continue de financer à coups de millions le Quebec Community Groups Network (QCGN), successeur d'Alliance Québec (dont le député néodémocrate Thomas Mulcair a déjà été l'avocat) depuis 1995.
Le Quebec Community Groups Network est le plus puissant des groupes de pression anglophones, regroupant pas moins de 38 organisations. Pour ne citer que quelques exemples du type de prises de position du réseau, il appelait en 2007 à la mise en place d'un système de discrimination positive dans l'embauche d'anglophones au sein de la fonction publique québécoise. De plus, le 22 janvier 2009, le réseau se réjouissait de l'invalidation de la loi 104 sur les écoles passerelles par la Cour suprême du Canada.
En 2006, la ministre Josée Verner a affirmé avoir accordé une aide financière de 13,5 millions de dollars au QCGN pour trois ans et y a ajouté une subvention d'un demi-million en 2008. Dans son rapport annuel pour 2006-2007, le QCGN remerciait d'ailleurs Santé Canada pour son coup de main, lui permettant de faire élire des anglophones à des conseils d'administration d'hôpitaux. Depuis le scandale des commandites, nous savons qu'Ottawa n'a jamais craint de s'ingérer au sein de la démocratie québécoise. Nous ne pouvions cependant pas nous douter que même de simples élections au sein des établissements de santé n'étaient pas à l'abri des fonds fédéraux.
L'État fédéral tente de mettre en place une nouvelle dynamique linguistique favorisant une bilinguisation croissante de nos institutions. Le Québec pourra-t-il compter sur ses députés fédéralistes et centralisateurs pour dénoncer ce fait? Rien n'est moins certain.
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Simon-Pierre Savard-Tremblay, président du forum jeunesse du Bloc québécois

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).





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