ANGLICISATION

Le Québec conquis par l’anglais

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« Qui souhaite l’immigration massive souhaite l’anglicisation. »


Depuis mardi, ils font semblant d’être surpris.


Ils ?


Les politiciens, les syndicats, les commentateurs. Ils viennent « d’apprendre » dans un rapport de l’OQLF que l’anglais s’impose désormais comme la langue de travail à Montréal.


Pourtant, nous n’apprenons rien là que nous ne savions déjà d’une manière ou d’une autre, mais que nous faisions tout pour ne pas savoir.


Depuis le dernier référendum, nos élites ne cessent de dédramatiser la situation du français à Montréal.





Ils font semblant de voir que le pourcentage de ceux qui ont le français pour langue maternelle ne régresse pas. Ou alors, ils nous expliquent que cette baisse ne veut rien dire.


Travail 


Mieux encore, en proposant une lecture des statistiques relevant quasiment de la fraude interprétative, ils nous expliquent que le français ne s’est jamais aussi bien porté.


Prenons la situation globalement.


En 25 ans, notre définition de l’identité québécoise s’est mutilée. 


On en parlait historiquement comme d’une nation de langue et de culture françaises. 


Avec la Révolution tranquille, les Québécois s’étaient donné un idéal : maîtres chez nous.


Aujourd’hui, le Québec se laisse définir médiatiquement comme une simple province bilingue et devant célébrer son multiculturalisme.


En 25 ans, le rôle assigné à la loi 101 s’est aussi transformé.


Elle devait faire du français la langue de convergence à travers laquelle les Québécois de toutes les origines se retrouvent et forgent ensemble leur destin. 


On la présente désormais comme une loi devant assurer le droit des francophones de se faire servir en français. 


C’est l’accommodement raisonnable consenti aux « de souche ».


Quant aux immigrés, on demande à ceux qui passent par le système scolaire d’apprendre le français, mais on accepte de plus en plus qu’ils n’intègrent pas la majorité historique francophone, ce qui était pourtant l’objectif.


L’anglicisation du marché du travail s’explique officiellement par la mondialisation. 


Sauf qu’on découvre dans le rapport de l’OQLF que c’est pour la communication interne dans les entreprises que l’anglais est exigé. En gros, ce n’est pas pour agir avec l’extérieur, avec les États-Unis ou le Pakistan que les entreprises s’anglicisent. 


C’est simplement parce que la dynamique linguistique montréalaise est anglicisante. La langue commune, à Montréal, c’est l’anglais. C’est l’anglais aussi qui assure la promotion sociale.


Remontent à la surface deux évidences.








Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.





Jolin-Barrette


La première : une frange de la communauté anglophone n’a jamais accepté la loi 101. 


Et l’échec de l’indépendance lui a permis peu à peu de renouer avec l’arrogance d’antan.


La deuxième : l’immigration massive est un facteur d’anglicisation, parce que c’est le Canada anglais et l’empire américain qui intègrent vraiment. Qui souhaite l’immigration massive souhaite l’anglicisation. À partir d’un certain seuil, largement dépassé depuis longtemps, les efforts de francisation sont condamnés à ne pas donner grand-chose.


Simon Jolin-Barette est en position d’agir. Après la loi 21, il doit redonner vie à la loi 101, pour éviter que le Québec ne devienne le Kwebec.


Quand le Québec se défrancise, il se déquébécise.