Fabriquer le consentement selon TransCanada

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Comment on nous manipule

Il y a quelque chose d’absolument superbe dans la fuite du plan de TransCanada pour conquérir le coeur des Québécois.

Comme vous, je l’ai parcouru avidement. Mais sans me fâcher. Plutôt avec fascination, curiosité. Un peu comme on consulte une recette de Ricardo, se demandant parfois pourquoi il insiste sur certains ingrédients, mais constatant que l’ensemble se tient, qu’il y a là tout ce qu’il faut pour bourrer la gueule de son prochain et qu’il y trouve même un certain plaisir.

Les plans de marketing, c’est un peu comme la chimie des aliments. Ton muffin ne goûte pas la farine, ou l’oeuf, ou le lait, ou la poudre à pâte. Il explose d’autres saveurs en bouche, autrement que sous forme d’amalgame, puisque les ingrédients qui se sont transformés au contact les uns des autres finissent par constituer quelque chose de nouveau.

De même, au final, le citoyen n’achète pas un pipeline. Il n’achète pas non plus un ensemble de valeurs faites sur mesure. Un peu d’écologie de façade. Un soupçon de virginité de synthèse grâce au financement d’une chaire d’étude sur les bélugas. Quelques porte-parole crédibles qui vantent les vertus économiques du projet. Suffit d’une campagne d’appui (fabriquée de toutes pièces) dans les réseaux sociaux et des scientifiques favorables pour que l’émulsion opère.

À la fin, le citoyen gobe un projet de société, qui favorise l’économie locale, en harmonie avec la nature tout en créant de la richesse. Les gouvernements nous le tendent, pour que nous y mordions à belles dents.

C’est beau, non?

Vous devinez que je ne partage pas cette indignation collective devant le coulage de ce plan.

Surtout parce qu’il est banal. Parce que l’on nous sonde ainsi mille fois par jour, tandis que mille firmes fomentent des manières de contourner nos bien ponctuelles indignations, et que cela n’indigne personne lorsque c’est Wal-Mart, McDo ou le gouvernement qui commande ce genre de stratégie de communications.

L’entreprise ne mesurprend donc pas, et encore moins venant des pétrolières et de leurs amis. Leur attitude relève d’une telle arrogance qu’il faut avoir passé la dernière décennie sous un tas de pierres pour le découvrir aujourd’hui.

Et la surprise avec laquelle nous prenons connaissance de leur recette nous dit une chose : qu’ils ont raison. Qu’ils peuvent bien se moquer de nous puisque, comme tous les autres, ils ne cessent de nous remplir comme des cruches justement parce que nous traversons le quotidien médiatique comme des zombies.

Le vrai scandale est là. Dans la facilité avec laquelle on peut, pour reprendre l’expression consacrée par Chomsky, fabriquer du consentement.

Je vous lis, je vous entends. Vous êtes insultés qu’on vous prenne pour des codindes. Je vous comprends. Ce n’est pas tous les jours qu’on nous expose à quel point la population est crédule. Et au moins, si ce plan avait été conçu par des imbéciles, on se dirait : ils n’ont rien compris. On ne nous la fera pas.

Or la firme Edelman qui a élaboré la chose fait partie d’un monstre des communications, une entreprise tentaculaire, mondiale, qui compte 5000 employés. Et parmi ses clients, vous trouverez une myriade de grandes entreprises pour lesquelles elle a déjà sondé toutes nos envies.

Son travail, c’est d’ausculter nos petits coeurs. Puis, dans le cas qui nous occupe, de le cartographier, de trouver ses points faibles, puis de les exploiter. Ne serait-ce que par le langage. Ne serait-ce qu’en conseillant à TransCanada d’employer le terme « ressource naturelle » plutôt que « pétrole des sables bitumineux ».

Suffit de choisir les bons mots pour nous faire avaler n’importe quoi, finalement. Des couleuvres. Un pipeline. La réduction des services. Des fusions de commissions scolaires. C’est enrageant ? Bien sûr. Mais c’est peut-être pas totalement la faute de ceux qui nous manipulent.

J’aurai l’air de changer complètement de sujet, mais pas tant que ça.

À la suite de la diffusion de Tout le monde en parle dimanche dernier, Éduc’Alcool déplorait que les invités, dont Éric Salvail et Véronique Cloutier, s’envoient des shooters de fort derrière la cravate (en clin d’oeil aux recettes pompettes, un segment d’une émission de l’animateur, condamnée du même souffle).

Selon l’organisme de prévention, le geste banalise l’abus. Le rend acceptable.

Je lisais ça, et je fulminais. Non mais, y a quand même des limites à nous prendre pour des cons. Et le libre arbitre ? Et le jugement ? Voyons que la moyenne des ours n’est pas en mesure de faire autrement que de mimer tout ce qu’on lui montre, comme si nous n’étions que des animaux de cirque que l’on dresse à notre insu.

Puis je suis retourné lire le plan de marketing de TransCanada. C’est tout.


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