Dumont s'enfonce davantage

Sondages 2011

L'appui à l'Action démocratique du Québec s'essouffle de plus en plus dans la population, ramenant le parti de Mario Dumont au score obtenu lors des élections générales de 2003, avec seulement cinq députés élus. En effet, seulement 18 % des Québécois auraient voté pour l'ADQ si des élections avaient eu lieu à la fin de la semaine dernière, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir.
Ce résultat révèle un glissement important pour l'ADQ de neuf points de pourcentage depuis novembre dernier, alors que les intentions de vote adéquistes se situaient à 27 %. Du coup, la lutte à trois qui a donné lieu à l'élection d'un gouvernement minoritaire l'année dernière n'est vraisemblablement plus dans le paysage politique au Québec.
Par le jeu des vases communicants, le Parti libéral du Québec semble être le principal bénéficiaire du recul adéquiste. Après répartition des indécis, les troupes libérales se classent en tête des intentions de vote, avec 37 % d'appui contre 33 % pour le Parti québécois et 18 % pour l'ADQ. Loin derrière, on retrouve le Parti vert du Québec, qui récolte 6 % d'intentions de vote. Québec solidaire ferme la marche avec seulement 4 % des répondants qui disent vouloir voter pour ce parti.
La perte de vitesse de l'ADQ se fait particulièrement sentir dans les régions du 450, c'est-à-dire au nord et au sud de l'île de Montréal, ainsi que dans les Cantons-de-l'Est. C'est là, dans les circonscriptions de Masson, de Groulx, de Marguerite d'Youville ou de Shefford, que les troupes de Mario Dumont avaient causé une surprise en mars 2007.
Comme le mentionne le sondeur Christian Bourque de Léger Marketing, l'ADQ a connu une année difficile, au cours de laquelle la population a découvert l'équipe élue aux côtés du chef adéquiste. Une majorité de Québécois (52 %) estime d'ailleurs que le Parti québécois forme l'opposition la plus efficace au gouvernement de Jean Charest, contre 27 % pour l'ADQ.
«Ça fait très mal à l'ADQ que ce soit le deuxième parti d'opposition en nombre de sièges qui est perçu comme la véritable opposition officielle. Par contre, que le PQ soit jugé plus efficace ne lui permet pas de faire de gain en intentions de vote», souligne M. Bourque.
Depuis sept mois, le parti de Jean Charest effectue une remontée lente mais constante. En novembre dernier, le PLQ et le PQ étaient au coude à coude, obtenant chacun 31 % des intentions de vote. Actuellement, la lutte demeure serrée entre les deux formations, l'avance du PLQ se situant tout juste à l'extérieur de la marge d'erreur de 3,4 %.
Le PQ maintient toutefois son avance auprès de l'électorat francophone, qui l'appuie dans une proportion de 37 % contre 30 % pour le PLQ. Sur ce front, l'ADQ encaisse un recul important, se retrouvant en troisième place. «C'est désastreux pour l'ADQ puisque c'est sa base électorale qui le quitte», croit Christian Bourque.
Le même constat de difficulté marquée ressort pour l'ADQ dans la question de savoir qui, parmi les chefs politiques, ferait le meilleur premier ministre. Mario Dumont est complètement déclassé. Il doit se contenter d'une troisième place en obtenant 18 % d'appui. Jean Charest arrive premier (32 %), suivi de très près par Pauline Marois (30 %).
Jean Charest retrouve ainsi la faveur des répondants qu'il recevait au moment de son accession au pouvoir en avril 2003. Par la suite, l'appui à son égard n'avait jamais cessé de s'effriter; Jean Charest apparaissait comme le mal-aimé de la politique québécoise. En septembre dernier, moins d'un Québécois sur cinq considérait qu'il était la personnalité politique qui ferait le meilleur premier ministre.
«C'est un bond spectaculaire, fait valoir M. Bourque de Léger Marketing. La population semble avoir retrouvé une certaine confiance en l'homme, qui a lui-même retrouvé le sourire au cours des derniers mois et son humour avec le sourire en coin. Il est en pleine remontée.»
Pour Léger Marketing, la situation favorable aux libéraux s'explique par un ensemble d'éléments, dont une rentrée parlementaire qualifiée de «phénoménale» l'automne dernier. Rien ne semble avoir écorché le gouvernement Charest, ni la présentation du budget, ni le rapport Castonguay sur le financement de la santé, ni le débat linguistique, ni même les révélations sur le salaire supplémentaire de 75 000 $ que le PLQ verse dans la plus grande discrétion depuis 10 ans à son chef.
«C'est véritablement un renversement de situation. [...] Les Québécois sont des électeurs frileux de nature, qui apprécient un gouvernement qui fait de petits pas, de petites réformes, qui prend de petites décisions qui ne bousculent pas. C'est ce que font les libéraux depuis qu'ils forment un gouvernement minoritaire», affirme Christian Bourque.
Cela se reflète dans le taux de satisfaction à l'égard du gouvernement Charest. La moitié des Québécois (49 %) s'estiment satisfaits du gouvernement libéral. De façon précise, 7 % des répondants disent être très satisfaits et 42 %, plutôt satisfaits. Le profil type du Québécois satisfait est un homme de 55 ans et plus qui vit en ville. Il s'agit d'une augmentation importante comparativement au taux de satisfaction exprimé en septembre 2007. Le gouvernement Charest ne satisfaisait alors que 32 % des électeurs.
M. Bourque souligne que l'écart entre les intentions de vote pour le PLQ à 37 % et le taux de satisfaction à 49 % laisse entrevoir un potentiel de gains pour les troupes de Jean Charest. Est-ce suffisant pour titiller l'envie de déclencher des élections automnales? Christian Bourque considère que, si le paysage semble favorable aux libéraux, cela ressemblerait surtout à du «gambling» dans l'immédiat. En décembre dernier, Jean Charest rejetait l'idée d'un scrutin hâtif, expliquant qu'il ne voyait aucune raison de se lancer dans une bataille électorale et que les Québécois n'en voulaient pas. «S'il y a des élections générales en 2008, ce sera au niveau fédéral», disait-il.
L'enquête de Léger Marketing a été menée auprès de 1002 Québécois du 16 au 20 avril.


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