L'urgence d'attendre

Sondages 2011



Plusieurs de ses anciens collègues prédisaient que François Legault allait «choker», comme il l'avait fait en 2001 et 2005. Quoi qu'on puisse penser de lui et de son nouveau parti, il faut maintenant reconnaître qu'il n'est pas un lâcheur.
Même in absentia, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a dominé l'année politique au Québec. Maintenant que le plus facile est fait, toute la question est de savoir s'il sera aussi l'homme de l'année 2012.
Le premier ministre Charest mériterait le prix du bon mot de la semaine pour avoir déclaré que l'ADQ fusionnait avec un sondage. Si les jeux ne sont pas encore faits, le moins qu'on puisse dire est que la tendance est passablement lourde.
Entre les deux sondages dont les résultats ont été publiés hier, libéraux et péquistes pourront toujours choisir celui qu'ils préfèrent, mais Léger Marketing et CROP s'accordent à prévoir un gouvernement Legault solidement majoritaire.
La victoire libérale à l'élection partielle dans Bonaventure a eu l'effet d'un baume après une année pénible, mais M. Charest doit être le premier à savoir qu'il n'est pas en position de déclencher des élections.
Que les intentions de vote du PLQ soient de 28 % (CROP) ou de seulement 22 % (Léger Marketing), il demeure que trois Québécois sur quatre se disent insatisfaits du gouvernement. Se lancer en campagne dans ces conditions serait suicidaire.
Il est vrai que la commission Charbonneau pourrait réserver des surprises désagréables aux libéraux et que l'économie risque fort de se dégrader, mais il n'est pas dans la nature d'un politicien de courir à une défaite certaine sous prétexte que cela pourrait être encore pire s'il attend.
Si M. Charest entend poursuivre sa carrière politique, et c'est certainement l'impression qu'il donne, il lui faut patienter en espérant que le ciel s'éclaircisse. L'étoile de M. Legault ne peut que pâlir. Sa propre expérience lui a enseigné à quel point le contact avec la réalité peut être éprouvant. Au printemps 1998, lui aussi croyait bien être l'homme de l'année, mais l'avance de 20 points que lui accordaient les sondages a fondu en quelques mois.
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Si le premier ministre se retrouve dans cette situation, c'est que la remontée libérale qui se dessinait au début de l'automne a été stoppée net par la publication du rapport Duchesneau, qui apparaît rétrospectivement comme l'événement de l'année.
La courbe des sondages de Léger Marketing est très claire. Alors que les intentions de vote libérales avaient repassé la barre des 30 %, la bombe lâchée par le chef de l'unité anti-collusion a provoqué une chute brutale de cinq points, qui s'est poursuivie au cours des mois suivants.
M. Charest a encore aggravé les choses en déclarant avec une rare maladresse qu'il n'avait pas lu le rapport. La maîtrise des événements lui a complètement échappé et il s'est retrouvé dans l'obligation de créer la commission d'enquête qu'il refusait obstinément depuis plus de deux ans.
Loin de satisfaire l'opinion publique, le lancement de la commission Charbonneau a donné lieu à un tel cafouillage qu'il a encore renforcé la méfiance de la population, en donnant l'impression qu'on voulait la priver des moyens d'aller au fond des choses.
Si François Legault a pu profiter à ce point de l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement, c'est que la gaffe de l'année est venue couper les ailes du PQ, alors que le congrès d'avril semblait avoir enfin réglé la question du leadership de Pauline Marois.
En laissant Agnès Maltais se lancer dans une croisade pour mettre à l'abri de toute contestation judiciaire l'entente Labeaume-Péladeau sur la gestion du futur amphithéâtre de Québec, qui était éminemment contestable, Pauline Marois a commis une faute politique et morale qui a provoqué une véritable hémorragie au sein de son parti et un bris du lien de confiance avec la population.
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Au PQ, on prétend que les sondages internes sont encore plus encourageants que celui de Léger Marketing, qui le crédite de 24 % des intentions de vote. C'est peut-être deux points de mieux qu'il y a un mois, mais cela demeure nettement en deçà des 28,3 % recueillies par le PQ lors de la désastreuse défaite de mars 2007.
Pauline Marois est aussi déterminée à demeurer en poste que le premier ministre, mais si c'était CROP qui avait raison? Avec 18 % du vote, le PQ serait carrément rayé de la carte. Cette perspective n'est pas de nature à chasser la nervosité au sein du caucus péquiste.
Il est vrai que le départ de Mme Marois fermerait la fenêtre du printemps. On ne déclenche pas d'élections quand l'opposition officielle n'a plus de chef. À partir du moment où il est déjà condamné à attendre, cela ne constitue cependant plus un problème pour M. Charest.
Au contraire, il a tout intérêt à laisser la situation s'aggraver au PQ. Un changement de chef qui lui redonnerait un peu de tonus ne pourrait qu'avantager les libéraux, puisque cela se ferait au détriment de la CAQ. En réalité, il devient même urgent d'attendre.


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