Droit à la naissance

Tribune libre

Droit à l’avortement pour la mère, droit à la naissance pour l’enfant, lequel de ces droits a préséance au regard de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948 ?


L’avortement est redevenu un sujet de  l’heure, traduisant probablement une profonde inquiétude face à la stagnation, voire au déclin démographique et de son corollaire, le vieillissement accéléré des sociétés occidentales et de ce qu’on nomme le grand remplacement par une immigration intensive, une question particulièrement sensible au Québec.


L’Évolution a fait en sorte que tout membre de la grande famille humaine a transité un jour dans le corps d’une femme. C’est un immense privilège de porter la vie, de transmettre la vie et une grande responsabilité dévolus aux femmes. Elles ne devraient jamais être seules à l’assumer.


Historiquement, les québécoises y ont contribué plus que leur part, en payant de leur santé et parfois de leur vie. C’est donc sur la pointe des pieds, avec beaucoup d’humilité, qu’il faut aborder la question du droit à l’avortement, sans accuser, sans dénigrer. C’est aussi un droit sinon un devoir d’en reparler.


Le 6 mars 2020, Réjean Labrie a publié sur vigile Québec un texte remarquable intitulé : « Le foetus en plein développement a le droit de naître », un nouveau droit à la naissance en quelque sorte protégeant la vie en gestation. On sait que la vie est un processus continu et qu’il n’y a pas de stade moins vivant qu’un autre dans ce processus.


En relisant le texte précité, j’ai repensé à ma tante Marie Ouellet, la demi-sœur aînée de ma mère qui a consacré l’essentiel de sa vie à l’œuvre des sœurs du Bon Pasteur, la réputée crèche Saint-Vincent-de-Paul, sise jadis sur le chemin Sainte-Foy à Québec, un site aujourd’hui occupé par la cité verte, un ensemble immobilier incluant un Groupe de médecine de famille (GMF). Ma sœur aînée y a fait ses études de puéricultrice nommée à l’époque garde-bébé, le pendant de garde-malade.


Les religieuses recueillaient les filles tombées (sic), les jeunes femmes enceintes dans leur hôpital de la Miséricorde et s’occupaient de placer leurs bébés en adoption, autant de vies sauvées qui ont eu la chance de se réaliser. En faisant abstraction des jugements moraux à l’encontre des Marie-Madeleine-couche-toi-là, le viol n’a tout de même pas été inventé au XXè siècle, l’œuvre des religieuses était empreinte d’humanité et d’une hauteur morale exemplaire. Mireille Bergeron archiviste auprès de cette communauté a produit un court texte intitulé – Historique sommaire de l’Hôpital de la Miséricorde et de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, dans lequel on peut lire ceci : «71 années durant, les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec et leur personnel avaient mis leur dévouement au service de la mère et de l’enfant. Ensemble, ils auront secouru 38 672 enfants et facilité 26 276 adoptions».


La série télévisée de Danielle Trottier «Toute la vie», une fiction chargée d’humanisme,  reprend en quelque sorte une partie de l’oeuvre des religieuses en donnant asile aux jeunes femmes désireuses de poursuivre leur grossesse et leurs études secondaires à l’école Marie Labrecque. C’est un modèle à suivre pour une société civilisée : accompagner et soutenir les jeunes mères au prise avec des situations à gérer plus bouleversantes les une que les autres. L’auteure de la télésérie a aussi montré que plusieurs jeunes hommes avaient le cœur à la bonne place en voulant s’investir dans le processus de grossesse de leurs compagnes et même en suppléant à celles-ci dans certains cas, dans la prise en charge d’enfant.


La situation évolue au Québec. Selon les données de la Régie de l’Assurance maladie du Québec, le nombre d’interruption de grossesses  est passé de 29 097 en 2015 à 20 803 en 2021, une baisse probablement consécutive à l’emploi plus répandu de moyens contraceptifs de longue durée. Quoi qu’il en soit, ces chiffres ne sont pas anodins, car il s’agit tout de même pour la période 2015-2021 de 125 000 enfants à naître, de quoi combler une bonne partie de nos besoins en main d’œuvre. Ces données pourraient encore diminuer dans le cadre d’une politique nataliste soutenue et pérenne visant à contrer en  tout ou en partie notre déclin démographique. Cependant, cette politique ne pourra pas s’actualiser dans la contrainte comme autrefois avec des jugements moraux à la pièce.


On ne pourra pas non plus compter sur l’adoption internationale fortement en baisse pour jouer ce rôle supplétif, soit 148 adoptions en 2018 comparativement à 1 000 dans les années 90. La situation est telle que la Fondation de la société d’adoption Enfants du monde s'apprête à fermer ses portes après 30 ans d'existence et quelque 4 000 adoptions. La société québécoise devrait être assez mature pour reconsidérer certains choix du passé.


Yvonnick Roy


Québec


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