Dion en vert et contre tous

Commençons par le commencement: ce que Stéphane Dion a présenté hier n'est pas un plan vert, c'est un livre rouge.

PLC - le Plan vert


Commençons par le commencement: ce que Stéphane Dion a présenté hier n'est pas un plan vert, c'est un livre rouge.

Et qui dit livre rouge dit nécessairement brochettes de nouveaux programmes, dépenses, saupoudrage et promesses ambitieuses étalées sur des années.
C'est le cas du Tournant vert de Stéphane Dion, qui vise la réduction des gaz à effet de serre mais qui touche en même temps à la pauvreté, aux enfants, aux assistés sociaux. Si bien que, en écoutant le chef libéral, on ne sait pas trop ce qui prime: diminuer les émissions polluantes ou augmenter les revenus de l'État.
Rien ne garantit que les GES diminueraient effectivement avec un tel plan, mais chose certaine, les revenus du gouvernement fédéral, eux, augmenteront.
Reconnaissons au moins à Stéphane Dion le courage d'avoir dit crûment ce qu'aucun chef de parti fédéral n'a osé dire avant lui: la lutte contre les changements climatiques passe d'abord par une diminution de notre dépendance énergétique, et cela ne se fera pas gratuitement.
Cela dit, pour croire à ce plan, il faut avoir la foi. Il faut croire:
1. Qu'il réduira vraiment les GES (ce qui est loin d'être certain);
2. Que les entreprises touchées ne refileront pas aux consommateurs la hausse de taxe sur les carburants (ce qui arrivera à coup sûr);
3. Qu'il sera vraiment neutre fiscalement;
4. Que tous les programmes promis seront réellement créés et qu'ils seront efficaces;
5. Qu'il n'y aura pas de fiascos administratifs et que les morts et les détenus ne recevront pas de chèque cette fois, comme ce fut le cas quand les libéraux avaient lancé, en 2000, un programme de subvention aux propriétaires de maisons chauffées au mazout.
Les libéraux devront eux aussi faire acte de foi pour se convaincre que ce plan les ramènera au pouvoir aux prochaines élections. À première vue, ce n'est pas évident, surtout dans les régions où il n'y a pas de transports en commun, où l'on vit de la pêche, du bois ou de l'agriculture, où la plupart des denrées de base coûtent déjà plus cher et où la hausse des prix du carburant fait déjà très mal.
Tout le monde s'entend pour dire que nous devons réduire notre consommation effrénée d'énergie. Mais en politique, on ne peut pas faire abstraction de la réalité. Et la réalité, c'est que les Canadiens sont déjà pris à la gorge et qu'ils retiendront plus l'introduction d'une nouvelle taxe par les libéraux que leur volonté de retourner des milliards dans de nouveaux programmes.
Stéphane Dion a présenté son plan en disant qu'il est aussi efficace que simple. Vraiment? Pas certain, pourtant, que les contribuables canadiens feront le lien entre une taxe sur le carbone dont ils ressentiront les effets immédiatement et les bienfaits promis par les libéraux, dont:
- Une nouvelle prestation fiscale universelle de 350$ par an par enfant, qui s'ajoutera aux prestations pour enfants déjà en vigueur;
- Une hausse de 850$ du crédit d'impôt pour emploi, qui sera lui aussi remboursable et qui aidera principalement les Canadiens à faible revenu;
- Une prestation pour revenu gagné plus généreuse, pour aider les Canadiens à franchir la barrière de l'aide sociale;
- Des crédits d'impôt additionnels et des mesures incitatives pour encourager les entreprises à l'innovation et à l'investissement vert;
- Une hausse de la déduction pour les habitants de régions éloignées, qui sera par la suite indexée au coût de la vie;
- Un crédit rural vert immédiat d'une valeur de 150$ pour chaque contribuable vivant en région rurale.
Il aurait été plus simple de s'en tenir à l'essentiel, soit la réduction des trois taux d'imposition les plus bas sur le revenu et des baisses d'impôts généralisés. Autrement dit: ça va vous coûter, en général, un peu plus cher (M. Dion admet que les entreprises refileront la hausse de taxe aux consommateurs), mais vous payerez moins d'impôts. Trop simple. Les libéraux, fidèles à eux-mêmes, n'ont pas pu résister à la tentation de s'éparpiller.
Selon les libéraux, une famille typique (quatre personnes, 60 000$ de revenus) paierait seulement 250$ de plus par année à cause de la taxe sur le carbone, mais elle verrait ses impôts diminuer de 1300$. Il se trouvera sans doute quelques électeurs pour dire que c'est trop beau pour être vrai. Et on ne pourra les blâmer.
Reste maintenant aux libéraux à «vendre» ce Tournant vert sans donner le tournis aux électeurs. Gros contrat: même les députés libéraux, convaincus des vertus de ce plan, reconnaissent qu'il sera difficile à vendre.
S'il est vrai que le diable est dans les détails, comme disent les anglophones, eh bien, ne le cherchez pas, il se cache dans le programme de Stéphane Dion.
La tâche des libéraux sera d'autant plus ardue que la dernière chose dont les électeurs veulent entendre parler, c'est d'une nouvelle taxe. Surtout en ce moment, avec les prix records de l'essence et du mazout.
En plus, les libéraux doivent contrecarrer l'image dévastatrice que les conservateurs ont déjà collée à leur plan.
Les libéraux se félicitaient, hier, d'avoir imposé le débat sur l'environnement, un sujet glissant pour les conservateurs, pensent-ils. Cela dit, au lieu de critiquer le bilan du gouvernement, ce que fait normalement l'opposition officielle en fin de session, les libéraux sont devenus eux-mêmes la cible.
Ce n'est qu'un début. Ce que l'on a vu hier à la période des questions n'est qu'une modeste répétition de la prochaine campagne électorale.
Courageux ou naïf, Stéphane Dion? Chose certaine, ce n'est vraiment pas un politicien comme les autres.


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