DÉBAT - Martine Ouellet se frotte à ses détracteurs

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Le vote sur l'avenir du Bloc dès aujourd'hui

NDLR: À l'approche du vote de confiance de la chef du Bloc Québécois, Martine Ouellet, prévu vendredi et samedi, Le Journal offre une dernière tribune aux différentes visions qui s'affrontent de se manifester dans l'espace public. Nous vous présentons en premier un texte de Mme Ouellet et vous pourrez ensuite lire la position de deux opposants à la chef du Bloc, Yves Perron et Valérie Tremblay, porte-parole de la Coalition pour l’Unité Indépendantiste. Bonne lecture!


OUI POUR QUE L’AVENIR NOUS APPARTIENNE !


Le vote du référendum interne du Bloc Québécois le 1er et 2 juin prochain sera déterminant pour la suite du Bloc Québécois et pour l’ensemble du mouvement indépendantiste. Il indiquera la voie que devra suivre le parti comme acteur clé de la cause qui rassemble les indépendantistes.


Cela fait maintenant plusieurs années que le Bloc Québécois est empêtré dans cette situation conflictuelle où, d’un côté, se trouve la volonté déterminée de ses membres appelant une action résolument indépendantiste mise en œuvre par le parti et, d’un autre côté, un espèce de groupe de décideurs au sommet qui s’opposent à la volonté de la majorité. Lorsque je suis devenue chef du Bloc Québécois, je me suis engagée envers les membres du Bloc Québécois, à tout faire pour que leur volonté, qui s’est exprimée clairement à maintes reprises, soit respectée. Cette promesse que je leur ai faite, elle est au cœur de mon action en tant que chef du Bloc Québécois. C’est même pour cette raison que je fais de la politique. Je veux contribuer, avec tous ceux et celles qui veulent mettre l’épaule à la roue, à réaliser la République du Québec. C’est cet objectif partagé par tous les indépendantistes qui nous rassemble, qui guide chacune de mes démarches.


Franchement vous dire, je n’avais pas anticipé un tel niveau de difficulté relié à ce projet. En effet, à peine 72 heures après mon élection comme chef, un groupe de dissidents s’organisait. S’en est suivi une série d’actions nuisibles de leur part. Chaque semaine comportait son lot d’obstructions, de sabotage ou de coulage négatif dans les médias, créant ainsi une dynamique toxique au sein de tout l’appareil du Bloc Québécois. Pendant que je m’affairais à atténuer les dommages pour le bien du parti et de la cause, il m’était difficile de mettre en œuvre le mandat qui m’avait été confié, j’ai donc dû reporter à plus tard plusieurs initiatives et projets très porteurs. Je me vois donc obligée de faire appel à la base, aux membres afin qu’ils, pour une ultime fois, puissent, premièrement, réaffirmer leur volonté de voir l’Indépendance promue sur toutes les tribunes et à chaque occasion, telle que le stipule l’article 1 du programme du parti, et deuxièmement, me réaccorder leur confiance pour que je puisse bénéficier de toute la légitimité démocratique qui m’est requise pour le mettre en application. Je porterai toutes ces initiatives et ces projets avec eux. Malgré toute l’adversité, je me tiendrai debout et j’irai jusqu’au bout. Je m’y engage. Les membres redeviendront au centre des décisions au Bloc Québécois.


L’avenir avec l’appui des membres de la base!


Avec l’appui des membres de la base, il me sera possible de rassembler tous ceux et celles qui souhaitent contribuer à faire du Québec un pays. Le Bloc Québécois travaillera chaque jour, avec conviction, à préparer l’Indépendance et, grâce à la force du nombre, le Bloc Québécois parviendra à inverser ce courant qui embourbe le mouvement indépendantiste depuis plus de deux décennies. Il réussira à faire basculer cette tendance qui veut que les partis indépendantistes soient malheureusement moins populaires que l’idée de l’Indépendance. Cette confiance que les membres m’accorderont me permettra de mettre en œuvre la seule solution qui sortira le Bloc Québécois de ce marasme, c’est-à-dire un leadership assumé pour l’Indépendance du Québec. Avec le retour des électeurs indépendantistes au Bloc Québécois, je suis confiante qu’il sera possible de faire élire un grand nombre de députés en 2019.


Je ne suis pas devenue chef pour faire dans la facilité. Je me suis engagée parce que je pense qu’il est temps de faire augmenter l’appui à l’Indépendance. Je me considère comme une militante au même titre que tous les militants de la base. Je sollicite donc le soutien des membres 1er et 2 juin prochains afin qu’il soit possible de continuer, qu’il soit possible de faire ce qui doit être fait pour permettre à la situation d’évoluer pour le bien de la cause. Je m’en remets donc aux membres du Bloc Québécois, pour que nous construisions notre pays la République du Québec.


Vive la liberté! Vive l’Indépendance!






 


* * *


LE TEMPS DE TIRER LES CONCLUSIONS QUI S’IMPOSENT


Les 1er et 2 juin, les membres du Bloc Québécois ont à se prononcer sur le leadership de Martine Ouellet. Mme Ouellet est une femme intelligente; elle a un rôle à jouer dans le mouvement souverainiste. Mais elle a clairement démontré qu’elle ne peut le faire à titre de chef. Voici pourquoi.


Bâtir au lieu de blâmer


Il est fondamental, pour être rassembleur, de reconnaître le travail qui s’est fait avant son arrivée. Or, Mme Ouellet critique constamment les réalisations du Bloc des dernières années. Cette attitude divise. Pour bâtir, un chef n’aurait-il pas plutôt dit : « Nous avons réalisé de grandes choses, maintenant, ensemble, allons plus loin! ». Il n’y a aucune main tendue concrète vers ceux qui étaient là avant son arrivée. Ressentant le blâme, plusieurs se sentent poussés vers la sortie.


Convaincre au lieu de confronter


Plutôt que de se soumettre rapidement à un vote de confiance, Mme Ouellet est allée de l’avant avec un référendum prétextant que c’est l’approche indépendantiste qui est remise en question et non son leadership. Ce stratagème divise. Il règne maintenant une atmosphère de chasse aux « faux indépendantistes » à l’intérieur du parti. Au lieu de calmer le jeu, la chef reporte la faute sur les députés démissionnaires et les médias et alimente les critiques envers ses opposants. Nous sommes témoins d’une politique de polarisation.


Débattre au lieu d’imposer


Au dernier Conseil général, Mme Ouellet s’est vivement opposée à une proposition demandant que les employés de la permanence demeurent neutres pendant le processus consultatif. Pourtant, la permanence se doit d’être au service de tous les membres et donc d’assurer la neutralité du processus. La chef a fait mettre à son service toutes les ressources du parti. Mme Ouellet a ainsi, une fois de plus, manqué à son devoir de chef : celui d’assurer une saine démocratie à l’intérieur de son parti.


Écouter au lieu de s’étonner


Avec l’adoption de ces propositions sur des votes très divisés, le Conseil général est sorti meurtri. Des départs ont suivi : la vice-présidente du parti, le directeur général et le directeur des finances. Le président du parti lui a retiré publiquement son appui. Le Forum jeunesse du Bloc s’est également dissocié de la chef. Tout cela s’est ajouté au départ, au cours de la dernière année, de sept députés. Dans les médias, Mme Ouellet se dit toujours étonnée de ces départs. Comment expliquer une telle saignée, si ce n’est par un manque d’écoute flagrant? Fractionnelle à l’extrême, Mme Ouellet a échoué au test d’unité.


L’avenir


Devant l’incapacité de Mme Ouellet à rassembler, lui accorder notre confiance serait s’entêter dans une voie sans issue. Il est maintenant temps d’assumer la conclusion qui s’impose et de reconstruire le Bloc Québécois.



 


Yves Perron, président de Berthier-Maskinongé


Valérie Tremblay, représentante de Chicoutimi-Le Fjord


Porte-parole de la Coalition pour l’Unité Indépendantiste


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Martine Ouellet25 articles

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Députée de Vachon à l'Assemblée nationale du Québec depuis 2010. Elle est la cheffe du Bloc québécois depuis 2017. Elle est ingénieure mécanicienne. Elle a été Ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement de Pauline Marois de 2012 et 2014.