De la parole aux gestes

Il lui faut libérer le comité parlementaire des langues officielles de sa paralysie et rétablir le Programme de contestation judiciaire pour démontrer sa bonne foi plutôt que d'afficher une attitude sournoise...

Recensement 2006 - Langue française

Durement montré du doigt hier pour sa torpeur en matière de bilinguisme, le gouvernement de Stephen Harper doit saisir la perche qu'on lui tend et corriger de récents faux pas en matière de langues officielles. Il lui faut libérer le comité parlementaire des langues officielles de sa paralysie et rétablir le Programme de contestation judiciaire pour démontrer sa bonne foi plutôt que d'afficher une attitude sournoise...
Hasard ou machination politique? L'ironie du sort a voulu que le jour choisi par le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, pour dévoiler un bilan critique des actions du gouvernement en matière de bilinguisme, le comité parlementaire des langues officielles était paralysé en raison du départ de son président, le conservateur Guy Lauzon.
Depuis quelque temps, ce comité vit sous haute tension. La semaine dernière, alors qu'il s'apprêtait à étudier la mise à mort du Programme de contestation judiciaire (PCJ), aboli l'automne dernier à la faveur de compressions budgétaires, son président a annulé deux séances à la toute dernière minute, laissant des parlementaires choqués sur le carreau.
Pour justifier ses décisions, M. Lauzon a avancé qu'il trouvait le comité somme toute «trop partisan»! Il semble plutôt qu'il refusait de faire face aux critiques des adversaires, qui s'indignent à juste titre de la disparition d'un programme aussi capital pour la défense des droits des minorités, notamment dans le champ linguistique.
Dans son rapport annuel diffusé hier, le commissaire Graham Fraser écorche le gouvernement à propos de cette décision de trancher dans le vif, là où les effets positifs sont susceptibles d'être les plus déterminants.
M. Stephen Harper se targuait hier d'être lui-même «exemplaire», comme l'a noté en effet M. Fraser. Mais le bilinguisme d'un pays ne repose pas sur la capacité de son premier ministre de passer du français à l'anglais dans un même discours!
L'ancien journaliste aurait pu intituler son rapport De la parole aux gestes: son premier bilan approuve le discours gouvernemental qui se veut rassurant, mais dénonce du même souffle des actions destructrices et une inertie inquiétante.
Malgré ses 40 ans, la Loi sur les langues officielles n'est pas bien reçue partout où elle passe: outre les Forces armées canadiennes, encore une fois montrées du doigt pour leur lamentable performance, le service au public et la langue de travail au sein de la fonction publique fédérale ne méritent pas de notes parfaites, bien au contraire. Certains secteurs souffrent aussi d'une détérioration troublante.
Il y a des avancées, par exemple en matière d'enseignement de la langue seconde, mais elles sont friables parce que liées au Plan d'action pour les langues officielles, dont la survie est menacée. Ce plan pourrait être trucidé au moment où il fait la preuve de son utilité! Une autre décision qui ne traduit pas de grands égards pour la dualité linguistique au pays et camoufle une certaine hypocrisie.
La table est donc mise pour prouver qu'on peut passer du discours aux actes. Le Programme de contestation judiciaire, qui a admirablement servi la cause de l'hôpital francophone Montfort dans sa partie de bras de fer avec le gouvernement de Mike Harris, n'est pas une voie détournée pour financer des avocats, comme le croit M. Harper. C'est plutôt un outil essentiel de défense des droits des minorités, qui doit être impérativement rétabli.
Mais le respect le plus élémentaire exige d'abord que les conservateurs remettent en marche le comité sur les langues officielles. L'opposition, majoritaire au sein de ce comité comme à la Chambre des communes, prendra de front les dossiers litigieux, certes. Mais c'est là le b.a.-ba de ce qu'on appelle la démocratie.
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machouinard@ledevoir.com


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