Capacité ou qualité?

Université - démocratisation, gouvernance et financement

On connaît la chanson: oui, les universités québécoises devront s'armer pour faire face à la concurrence qu'elles se livrent entre elles. Mais ce combat n'est rien aux côtés de celui, sans merci, qui les attend sur l'échiquier mondial. Dans leur course aux étudiants, elles seront confrontées au choix déchirant qui oppose capacité et qualité.
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Au premier coup d'oeil, les données produites la semaine dernière par l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC) dans Tendances dans le milieu universitaire sont plutôt rassurantes. Malgré des courbes démographiques à la baisse, le taux de fréquentation des universités canadiennes devrait aller croissant au cours de la prochaine décennie, les prévisions oscillant entre 9 et 18 % d'augmentation. Le Québec pourrait même absorber l'un des plus forts contingents de cette addition. D'autres bonnes nouvelles: ce portrait anticipé survient après une période faste, les effectifs universitaires à temps plein ayant connu une hausse fulgurante de 31 % entre 2000 et 2006, du jamais vu. Suivant une tendance frappant l'ensemble des pays de l'OCDE, l'entrée massive des femmes à l'université expliquerait à elle seule les deux tiers de cette montée en flèche.
Le tableau de l'AUCC dépasse toutefois les premières impressions. Si les changements démographiques ne suffisent plus désormais pour prédire l'évolution des effectifs dans nos universités, c'est que d'autres facteurs y sont pour quelque chose. Comme cette manne de 70 000 étudiants étrangers qui, en 2006, avaient choisi le Canada pour parfaire leur scolarité: ils sont devenus un enjeu majeur pour les établissements d'enseignement supérieur. Il n'y a d'ailleurs qu'à observer les efforts des universités d'ici pour recruter dans le monde entier pour s'en convaincre... Que l'on pense aussi à la désertion de certains résidents de médecine pour le comprendre: on choisit désormais ses études en feuilletant un catalogue planétaire.
Pendant qu'ici on s'interroge apparemment encore sur la pertinence d'un réinvestissement massif dans nos universités, d'autres puissances développent d'impressionnants contingents d'étudiants qui frappent déjà à nos portes, la Chine et l'Inde en tête. Mais ce flux se heurtera fort probablement à des battants clos, les établissements ayant déjà atteint, dans plusieurs cas, leur seuil de capacité maximale. Chez nous, déjà, combien de dossiers d'excellence restent sur le carreau, faute de place?
En l'absence de développement adéquat, les universités canadiennes prennent d'ailleurs du retard sur leurs comparses de la planète, note l'OCDE. Ailleurs, les initiatives se multiplient pour rapatrier un alléchant bassin d'étrangers, comme en Australie, qui lorgne l'Extrême-Orient. Avec sa Prime Minister's Initiative for International Education, lancée en 1999, le Royaume-Uni a séduit 93 000 nouveaux étudiants d'ailleurs, quelque 20 000 de plus que l'objectif initial. En toile de fond, la Stratégie de Lisbonne adoptée par l'Union européenne en 2000 vise à faire de l'Europe l'économie du savoir la plus concurrentielle du monde.
Comprend-on mieux alors le drame de ces universités qui craquent déjà sous le poids de leurs propres étudiants et qui ne peuvent songer à en accueillir de nouveaux sans élargir leur campus? L'AUCC l'indique clairement: augmenter l'entrée de nouveaux effectifs n'est pas qu'affaire de chiffres ou de ressources matérielles.
Là où l'on investira massivement pour construire, on ne pourra en effet pas regarnir le corps professoral; l'Université du Québec à Montréal nous en fournit un bien triste exemple.
Sous le défi de la capacité se camoufle donc celui de la qualité. Les étudiants étrangers, on le sait, sont davantage attirés par les cycles supérieurs, des niveaux d'étude où le Québec a justement encore fort à développer. Mais c'est là où la présence des professeurs est la plus capitale. Dans le meilleur des mondes, il faudrait développer et embaucher à la fois. L'heure des choix a sonné.
machouinard@ledevoir.com


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