De l'inconvénient de vivre au présent

À la conquête de soi



Dans un commentaire de Jérôme Guay paru dans Le Devoir du 27 octobre, l'auteur écrit avec beaucoup de conviction: «Le Québec réel est un Québec qui s'est toujours défini par sa survie, à un point tel qu'il a toujours refusé de considérer l'hypothèse de sa disparition, pourtant inéluctable.» Suit un essai de démonstration de ce qu'il croit être inéluctable.

Si l'on s'arrêtait aux tendances actuelles de la démographie du Québec, sur lesquelles se fonde Jérôme Guay, sa démonstration serait acceptable, mais l'histoire de la démographie dans le monde est pleine de rebondissements inattendus, comme l'histoire en général, d'ailleurs. [...]
Dans le cas précis du Québec, par exemple, on ne peut ignorer les fissures sous-jacentes à la partie anglaise de la fédération. Qui peut assurer que la Colombie-Britannique et l'Alberta accepteront de rester dans la fédération lorsque leur puissance économique aura dépassé celle de l'Ontario? Et comment ne pas tenir compte des nombreuses sécessions récentes: la Tchécoslovaquie, la Malaisie, le Pakistan, etc.
Plus encore, qui pourrait affirmer que l'unité des États-Unis se tirera indemne de sa rétrogradation historique devant la Chine, dans quelques années? [...] Certes, les nations européennes semblent s'être groupées en une organisation unique. Mais l'unité politique en Europe tarde à se concrétiser.
Seule la maintient pour le moment en place la rivalité souterraine que l'Europe entretient avec les États-Unis, mais d'importantes divergences culturelles couvent, avec la Pologne, la Grande-Bretagne, etc. Elle pourrait bien sauter à son tour lorsque la Chine aura terminé son asphyxie du colosse américain, dont le déclin est en route.
Déconcentration du pouvoir
Pourtant, peu de personnes sont disposées à l'admettre. Surtout pas aux États-Unis, les moins bien placés pour le comprendre. Tous ces mouvements géopolitiques dessinent un orbe continu de déconcentration du pouvoir politique autour de la planète. Il est difficile de le nier, et il est probable qu'à son terme, un nouveau cycle de reconcentration interviendra à nouveau, peut-être bien sous la férule doucereuse de la Chine. Mais ce sera seulement pour après-demain.
Il est cependant vrai que beaucoup de Québécois pensent qu'il leur sera possible de parvenir à l'indépendance par leurs propres moyens. En effet personne ne semble avoir pensé que ce pourrait être des événements extérieurs, indépendants de leur volonté et de leur initiative, qui leur ouvriraient la porte du large toute grande. Aujourd'hui, nous ne sommes pas capables de seulement imaginer ce que pourraient être de tels événements.
Alors taisons-nous et laissons l'histoire se dérouler à son aise. Elle est en marche et aucun homme jusqu'ici, aucun monarque, dictateur ou prophète n'a réussi à la faire dévier de ses tendances souterraines. Pour ma part, je pense que l'indépendance du Québec est inscrite dans la tendance historique de ce pays, comme elle l'était pour tous les peuples qui y sont parvenus au cours de chaque cycle de déconcentration politique de l'histoire humaine. La mondialisation politique n'aura pas lieu.
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André Serra, Montréal
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2 commentaires

  • Jacques A. Nadeau Répondre

    19 novembre 2007

    Sur le mode caricatural et simpliste (pardonnez-moi svp!), je résumerais la conclusion de M. Serra en un «Oh, que la hasard fait bien les choses !» et celle de M. Lapointe par la formule «Encore pouvons-nous l'aider» alors qu'en hommes libres, volontaires et responsables nous devons agir tout en nous adaptant aux conditions du moment et, «au diable le hasard !».
    Jacques A NADEAU

  • Jean Lapointe Répondre

    19 novembre 2007

    C'est sûr que le Québec pourrait devenir indépendant grâce à des événements extérieurs.Tant mieux si cela se produit. Mais on aurait tort de compter là-dessus parce qu'on risquerait alors tout autant de disparaître pour de bon dans le grand tout canadien. Ce serait complètement irresponsable de notre part.
    Sans doute y a-t-il des tendances lourdes dans le monde, tendances qu'il peut nous être utile de tenter de déceler pour être en mesure de les utiliser à notre avantage. Mais ce n'est pas une raison de se taire et il ne faut pas laisser l'histoire se dérouler à son aise, comme le dit monsieur Serra.
    Moi je ne pense pas que l'indépendance du Québec soit inscrite dans la tendance historique de ce pays. Je pense plutôt que c'est le contraire qui existe. Dans l'état actuel des choses le Québec risque de ne jamais devenir un pays indépendant à moins qu' un nombre suffisant de Québécois en décident autrement. Ils devront aller alors à l'encontre de la tendance présente.
    La raison en est bien simple à mes yeux. C'est que, malgré les déterminismes existants, ce sont les hommes qui finalement peuvent faire l'histoire. Ils l'ont toujours faite jusqu'à un certain point, à des degrés divers bien sûr, mais je suis d'avis qu'ils pourraient y jouer un rôle de plus en plus important s'ils s'y mettaient davantage. Il faut donc toujours tenter de les en convaincre.
    Il y a des déterminismes c'est évident. On ne peut pas ne pas en tenir compte mais on n'a pas le droit non plus de s'y résigner complètement si on veut un monde plus humain. Il est possible d' agir en ayant comme but d'orienter les choses autrement. Ce qui est certain en tout cas c'est qu'il est peu probable que les choses aillent dans le sens que nous désirons si nous nous contentons de donner un coup de pouce à l'histoire de temps en temps.