Ce oui qui vient d'ailleurs

Boisclair à Paris

Sans doute l'ignore-t-elle, mais il y a quelque chose de québécois chez Ségolène Royal. Après qu'elle eut, entre deux portes -- on avouera que c'est moins spectaculaire que sur un balcon devant la foule --, pris fait et cause pour la souveraineté du peuple québécois, voilà que 24 heures plus tard, elle ajoutait un ou deux bémols à sa déclaration, ce qui constitue une espèce de «oui, mais...».
Il ne faut pas oublier que malgré l'appui officiel de quelques ténors socialistes, on est en campagne présidentielle là-bas, donc on fait front, son entourage s'inquiète par-derrière de ses improvisations sur le plan international. Après la Chine et Israël, voilà que le Canada s'ajouterait à ses bourdes, car bourde il y a pour un candidat à la présidence française de mettre en lumière son amateurisme de la pratique diplomatique. Pour être clair, Mme Royal ne gagnera pas un vote en France là-dessus. Le Québec devrait se méfier de quelqu'un qui lui déclare son amour un jour et cherche à nuancer le lendemain, et le Canada sait déjà que dans ses relations avec une France dirigée par Mme Royal, la méfiance sera de mise. Bref, il y a couac en la demeure.
Répétons-le ici: il y a en France un énorme capital de sympathie, voire d'affection pour le Québec. Dans le cas d'un oui à un éventuel référendum, la France sera la première à aider la province à accéder au concert des nations. Depuis de Gaulle, la gauche, d'abord insensible aux revendications autonomistes, a progressivement évolué jusqu'à la théorie mitterrandiste de l'accompagnement du Québec, quelle que soit son évolution politique. Les offensives pour convaincre les autorités françaises du bien-fondé de l'indépendance, telles qu'elles ont existé par le passé, sont en quelque sorte devenues inutiles. Et il ne faut pas sous-estimer le désenchantement français devant l'échec des deux référendums. Les Français n'ont pas compris ces résultats, au point où, chez certains leaders politiques et journalistiques, on sent de l'irritabilité à se faire répéter encore et encore par des chantres de la souveraineté de passage à Paris l'importance de l'indépendance. «Faites-la et, en attendant, parlons d'autre chose» est devenu leur message. Qui leur donnerait tort?
La déclaration de Ségolène Royal, même si elle a occupé l'avant-scène médiatique cette semaine au Québec, n'a pas suscité d'émotions fortes, ni dans l'opinion, demeurée relativement indifférente, ni chez les militants souverainistes. D'abord, l'opinion publique n'apprécie pas de se faire dire de l'extérieur ce qui est bon pour le Québec.
Quant aux militants qui avaient vibré au cri du grand général, la génération des baby-boomers pour faire court, ils savent d'abord que les appuis français leur sont acquis. Mais surtout, ils n'ont pas le coeur à la réjouissance. La grogne sourde au sein du parti, mise en lumière dans la presse, témoigne du désarroi de plusieurs péquistes qui assistent impuissants à ce qu'ils croient être une défaite inévitable de leur parti sous la gouverne d'André Boisclair. Celui-ci partage sans doute avec la candidate socialiste une légèreté de contenu qui n'augure rien de bon lorsqu'il s'agit de diriger un grand pays doté de l'arme nucléaire, ne l'oublions pas, ou de mener un peuple à l'indépendance avec tous les heurts et les bouleversements géopolitiques que cela entraînerait à court terme. Le manque d'expérience, l'improvisation et la méconnaissance de la complexité des relations internationales peuvent être néfastes. Par exemple, en ridiculisant les dirigeants de nos deux principaux partenaires, les États-Unis et le Canada, le chef du PQ a semblé ignorer qu'en cas de sécession du Québec, il lui faudrait négocier avec eux.
Légitimité
Par le passé, les appuis étrangers à la cause souverainiste, essentiellement français à vrai dire, ajoutaient à sa légitimité. Deux référendums plus tard, alors que la tristesse, le découragement et l'inquiétude à propos du leadership péquiste habitent de si nombreux militants et supporters, ce oui venu d'ailleurs, oui flottant, donc affaibli, a quelque chose de dérisoire. Entre l'excitation médiatique des deux côtés de l'Atlantique et les dures réalités politiques, le fossé est grand. Mme Royal a appris pour la vie que le fait de parler à des cousins québécois sans garde-fou est source de problèmes pour un politicien français, surtout en campagne présidentielle, et M. Boisclair, dont la visite en France se déroule sans faute, devrait savoir qu'il ne retrouvera pas à son retour au Québec l'accueil que lui a témoigné la classe politique française.
Difficile pour un représentant du Québec de ne pas céder à la griserie devant les hommages multiples rendus par ce qu'on a longtemps appelé la mère patrie. Atterrir au Québec et retrouver un PQ en grincements, en rage et en découragement a de quoi dégriser son homme.
denbombardier@vidéotron.ca


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