Castro, la fin d'un monde

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L'Histoire l'absoudra





Plusieurs finissaient par croire qu’il n’allait jamais mourir tant sa survie était incompréhensible. L’Union soviétique a explosé, la Chine s’est convertie au capitalisme, mais le Cuba de Fidel Castro restait en vie. Pas mort, mais pas fort. Il n’était pourtant pas éternel.


Fidel Castro incarnait une espèce d’anomalie à l’ère du capitalisme mondialisé. À l’ère de l’individualisme généralisé et de la recherche pathologique de la consommation, son régime appelait au sacrifice de tous et chacun. À l’heure où la politique se construit autour de la « ligne de communication » accrocheuse, Castro préférait plutôt les longues allocutions de six heures. Sans compter un modèle économique n’ayant rien à voir avec celui qui est en vogue sur la planète, le tout dans un pays où roulent encore des voitures des années 50 alors que l’obtention du plus récent gadget fait office de religion mondiale.


Il y a quelque chose de profondément héroïque dans l'aventure des quelques combattants qui ont attaqué la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba le 26 juillet 1953. Après une condamnation et un exil, les quelques centaines de castristes sont revenus à Cuba, pour être des milliers le 1er janvier 1959 alors que Fidel Castro devenait le nouveau maître de La Havane. Pour ajouter à la légende, une colombe était venue se posée se l’épaule du nouveau Lider Maximo lors de son discours de victoire.


Lors de son procès en octobre 1953, Fidel Castro a lancé ces mots, aujourd’hui mythiques : « Condamnez-moi, ça n’a pas d’importance, l'histoire m'absoudra. » En 2016, que faut retenir-il de Fidel Castro ?


Bilan du castrisme


Le régime de Fidel Castro aura duré près de soixante ans, résistant tant à l’invasion de la baie des Cochons qu’à de multiples tentatives d’assassinat et à un embargo brutal imposé par les États-Unis. Le jeu en aura-t-il valu la chandelle ? Pendant ce demi-siècle, la barbe a pâli, à l’instar de la légende.


Une certaine fierté nationale a été rétablie. Cuba n’est plus le « bordel de l’Amérique » où la mafia impose sa loi à travers les casinos et la prostitution, pour le plus grand bonheur des riches touristes américains. Une quasi-égalité des salaires a été établie, les conditions de vie des retraités ont été considérablement améliorées, l’écart entre les villes et les campagnes s’est résorbé et la sécurité sociale universelle a été instaurée. Dans une région du monde où les catastrophes naturelles sont fréquentes, Cuba a mis en place des mécanismes de prévention et d’intervention des plus efficaces.


Mais les deux pans les plus importants de l’héritage castriste sont, bien évidemment, la santé et l’éducation. Le système de santé cubain, qui coûte pourtant peu cher à l’État, est tout simplement exemplaire.


Quant à l’éducation, elle est tout aussi remarquable, surtout quand on constate le fossé qui sépare le Cuba de Castro de celui du régime précédent, celui, corrompu jusqu’à la moelle, de Fulgencio Batista. Les campagnes d’alphabétisation ont inspiré le monde entier, dont l’Unesco. Il y a cependant une ombre majeure au tableau : on ne peut parler d’un système d’éducation impeccable quand autant de livres sont censurés ou interdits.


Cette dernière nuance n’est pas négligeable. Une dictature, Cuba en est bel et bien une. Les fusillades débutèrent dès la première année de la révolution. Les plus grands excès du régime sont impardonnables, et ce, peu importe qu’on évoque la nécessité d’une certaine répression quand une forteresse est assiégée. Qu’il s’agisse des arrestations de dissidents, de journalistes, de poètes (ce qui peut expliquer l'amitié entre Castro et Trudeau père...) ou d’homosexuels, les abus contre les droits humains n’étaient aucunement justifiables. Sans compter le procès, dans la plus pure tradition stalinienne, du général Arnaldo Ochoa Sánchez en 1989, qui s’est terminé par son exécution pour « haute trahison à la patrie » alors que le régime cubain cherchait une manière de se laver les mains d’une affaire de trafic de drogue à laquelle il n’était pas étranger.


On ne saurait oublier non plus la misère que vivent les Cubains au quotidien, plusieurs d’entre eux choisissant de fuir sur un radeau même si cela implique d’affronter les requins. Si l’embargo américain y est pour quelque chose, les choix du régime sont en cause, à commencer par l’obsession du gouvernement cubain pour la canne à sucre au début de la décennie 1960, une erreur économique majeure.


Un monde finit, un autre commence ?


Fidel Castro n’était pas communiste pendant la révolution, se réclamant non pas de Lénine mais de José Marti, le héros national cubain. Il n’a annoncé son adhésion au socialisme soviétique qu’une fois au pouvoir, en plus de rendre Cuba très dépendante de Moscou. Comme ailleurs au XXème siècle, le socialisme s’est construit par la contrainte et par la croyance que l’on peut organiser l’être humain en faisant fi de sa nature profonde. Les décisions émanaient de la bureaucratie, pour être tout bonnement imposées.


La mort de Fidel Castro devrait nous faire réfléchir à l’expérience cubaine. S’il est nécessaire de penser une alternative au système économique mondial actuel, celle-ci ne pourra passer par une dictature planificatrice qui fasse fi du peuple réel.



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Simon-Pierre Savard-Tremblay179 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).





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