GRAND REMPLACEMENT

CAQ et immigration: les masques tombent

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Frédéric Bastien : « Avec la situation économique actuelle, l’immigration devrait être réduite radicalement. »


Le 16 août dernier, la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, a déclaré qu’elle allait à nouveau augmenter les seuils d’immigration, malgré la crise de la COVID-19 et surtout le chômage qui frise les 11%. Elle démontre ainsi que la question du manque de main-d’œuvre a toujours été un prétexte pour faire venir au Québec toujours plus d’immigrants.


Qui veut hausser l’immigration?


Au cours des dernières années, avec le taux de chômage faible que notre économie affichait, le refrain suivant lequel le Québec devait importer des travailleurs qui faisaient défaut ici était entonné régulièrement. Évidemment, les chambres de commerce n’ont jamais cessé de le dire, car elles savent que l’arrivée de cette main-d’œuvre déprécie les salaires que les patrons doivent payer, surtout dans les emplois au bas de l’échelle.  


Par ailleurs, les partisans du multiculturalisme canadien voient dans une forte immigration l’occasion de faire valoir leur doctrine, c’est-à-dire nier que les Québécois forment l'un des peuples fondateurs du Canada. Plus il y a d’immigrants, plus il est facile de soutenir que nous ne formons qu’une minorité culturelle parmi d’autres. 


Pour toutes ces raisons, et aussi probablement en fonction d’un calcul électoraliste, le Parti libéral, quand il était au pouvoir, a fortement augmenté l’immigration. Bien sûr, les motifs réels de cette politique ne pouvaient être dits publiquement. C’est ainsi que Jean Charest a inventé le mythe du manque de main-d’œuvre. Il fallait, disait-il, faire venir des immigrants pour pourvoir les postes qui ne trouvaient pas preneur et on allait ainsi régler le problème. 


Ceci est faux pour deux raisons. D’abord, les immigrants n’ont pas toujours les compétences exactes pour occuper tel ou tel emploi au Québec ni les diplômes reconnus. De fait, le taux de chômage des immigrants est plus élevé que celui des natifs. Deuxièmement, même en supposant que les nouveaux venus occupent tous un travail vacant, le problème du manque de main-d’œuvre n’est pas réglé pour autant. La population immigrée doit consommer des biens et services, avoir un médecin, des professeurs pour leurs enfants, etc. Cette demande doit être comblée et cela entraîne donc à nouveau une «une pénurie de main-d’œuvre». Il faut donc faire venir une nouvelle vague migratoire, et on recommence.


Suivant cette logique, avec la situation économique actuelle, l’immigration devrait être réduite radicalement. Or, comme on vient de le voir, rien de tel ne se produit. Pourquoi? Parce que cette théorie du manque de main-d’œuvre n’a jamais été autre chose qu’une ruse pour justifier la venue chez nous d’une immigration toujours plus nombreuse. 


Recul dramatique du français


Par ailleurs, la ministre Nadine Girault a reconnu que de moins en moins d’immigrants parlent français et qu’il n’y a aucune obligation pour eux de le faire. Ceci rend son approche encore plus irresponsable. Alors que nous sommes une simple province et que nous formons 2% de francophones en Amérique du Nord, nous recevons presque deux fois plus d’immigrants par habitant que les États-Unis, et presque deux fois et demie plus d'immigrants que la France. Avons-nous une capacité d’intégration deux fois plus grande que ces deux pays? Comme dit le proverbe, poser la question c’est y répondre.


Le gouvernement caquiste est-il conscient du recul dramatique du nombre de locuteurs de langue maternelle française au Québec? En 1996, ce chiffre était de 82%. Il a baissé aujourd’hui à 75%. Il sera à 70% en 2030 et à 50% en 2100, suivant les données de Statistique Canada. Nos politiques d’immigration expliquent cette situation.


Voilà pourquoi, dans le cadre de la course à la chefferie du Parti québécois, je suis celui qui propose la réduction la plus grande de l’immigration, soit entre 25 000 et 30 000 immigrants par année. Les nouveaux venus devront aussi connaître le français et avoir un haut niveau d’éducation puisque, en général, les immigrants éduqués partagent nos valeurs laïques. L’immigration comme je la conçois sera mise au service de notre intérêt national. 


Ces cibles incluent les quelque 20 000 personnes qu’Ottawa fait entrer au Québec annuellement, un processus sur lequel nous n’avons aucun contrôle. Voilà pourquoi, entre autres, je veux forcer une négociation constitutionnelle avec les fédéraux, dans le but d’accroître nos pouvoirs en immigration. François Legault a parlé de cette revendication durant les élections, mais il s’est écrasé depuis.


En fait, la politique de son gouvernement ressemble désormais à s’y méprendre à celle de Philippe Couillard. Étant donné leur mauvaise foi, j’ai toujours pensé que les libéraux seraient éternellement en faveur d’une hausse de l’immigration, quel que soit le taux de chômage. Ce que je n’aurais jamais imaginé cependant, c’est que la CAQ adopte à son tour une politique complètement alignée sur le multiculturalisme canadien.


Frédéric Bastien

Candidat à la chefferie du Parti québécois



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Titulaire d'un doctorat en relations internationales de l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, Frédéric Bastien se spécialise dans l'histoire et la politique internationale. Chargé de cours au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal, il est l'auteur de Relations particulières, la France face au Québec après de Gaulle et collabore avec plusieurs médias tels que l'Agence France Presse, L'actualité, Le Devoir et La Presse à titre de journaliste. Depuis 2004, il poursuit aussi des recherches sur le développement des relations internationales de la Ville de Montréal en plus d'être chercheur affilié à la Chaire Hector-Fabre en histoire du Québec.