California Split

(Traduction française)

17. Actualité archives 2007

Voici une traduction [du texte publié dans le NY Times du
10 février dernier->5188] au sujet de la déclaration d'Arnold Schwarzenneger sur le contexte géopolitique de la Californie actuelle. Je prends pleine responsabilité pour les erreurs de même que les quelques commentaires que je me suis permis d'ajouter au texte, d'ailleurs très difficile à traduire parce qu'il est écrit, non en anglais classique mais en américain.
René-Marcel Sauvé


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Quelque chose d'intéressant est en train de se produire en Californie. Le gouverneur Arnold Schwartzenegger semble avoir compris cette vérité essentielle qu'aucune nation, y compris les États Unis - ne peut être gérée avec succès à partir du centre lorsqu'elle a atteint (on dirait dépassé) une certaine échelle (matérielle s'entend).

De plus, les propositions audacieuses de Mr Schwartzenegger concernant toutes les activités politiques, du programme universel de soins de santé jusqu'au réchauffement de la planète, pointe vers
une décentralisation des pouvoirs telle que, si elle est entreprise, va durement secouer la structure politique fondamentale de l'Amérique. ( En Américain, America veut dire les États Unis exclusivement).

Le gouverneur Schwartzenegger fait clairement entendre que la Californie n'est pas simplement un autre état (qu'on traduirait par un état comme les autres,mais cette spécification n'est pas nécessaire en anglais):
"Nous sommes l'équivalent moderne des anciennes Cités-États de Spartes et d'Athènes" dit-il récemment. "Nous avons la puissance économique, nous avons la population (35,000,000 d'habitants. NDLT) et nous avons la puissance technologique d'un état-nation" Dans son message inaugural, Mr Schwarzenegger a déclaré: "Nous sommes un bon commonwealth global".

Simple rhétorique politique? Peut-être. Mais le gouverneur de la Californie a mis le doigt sur une faille
dont on parle très peu à propos de la formule constitutionnelle de l'Amérique. (On dirait le modèle).
Les États Unis sont certainement trop gros pour être représentatifs d'une démocratie. (Meaningful veut dire démocratie qui a du sens, qui veut dire quelque chose).
Que veut dire la "démocratie participative" dans un continent? (Il voit les États Unis comme un continent. En géopolitique, on voit depuis longtemps le Canada comme un continent. États Unis et Canada ont chacun presque dix millions de kilomètres carrés de superficie, ce qui veut dire que chacun est aussi étendu que l'Europe. C'est pourquoi les Américains parlent d'America alors qu'ils veulent dire les États Unis. ils se percoivent comme un continent).

Tôt ou tard, une décentralization profonde, probablement régionale, de tout le système fédéral, peut devenir presque inévitable.

Une étude récente par les économistes Alberto Alesina de Harvard et Enrico Spolaore, de Tuft, démontre que, plus la nation est grosse, plus il devient difficile pour son gouvernement de satisfaire les besoins de sa population dispersée. Les régions qui ne se sentent pas bien servies par la distribution des biens et des services par le gouvernement ont par le fait même une incitation à agir indépendamment, notent les économistes. (En géopolitique classique, on sait celà depuis très longtemps, grâce à nos principes).

L'échelle détermine également qui profite d'un accès privilégié aux nouvelles transmises par les média du pays et qui peut donner forme à son discours politique.
(Tiens, on sait ça depuis longtemps, nous). Dans les très grosses nations, le coût de l'accès à la télévision et aux communications politiques peut être extrêmement élevé.
Le Président Bush seul a dépensé $345,000,000 pour sa campagne électorale de 2004. Ceci donne du pouvoir additionnel aux élites, qui jouissent de meilleures connections corporatives et de ressources plus considérables que les non-élites. Les priorités de ces élites diffèrent des priorités des états et des régions.
(Des lapalissades en somme).

James Madison, l'architecte de la Constitution des États Unis, comprenait tous ces problèmes. On voit généralement Madison comme le contructeur de la nation sur une grande échelle. Ce qu'il voulait dire en fait, c'est qu'une nation de taille raisonnable possédait des avantages sur une plus petite. (Encore une vérité de Lapalisse). Mais, écrivant à Jefferson alors que la population des États Unis ne dépassait pas quatre millions, Madison exprima ses inquétudes à l'effet que, si la nation devenait trop grosse, les élites au centre vont diviser et conquérir une population très dispersée, produisant par le fait même de la "tyrannie". (ce qui veut dire tyrannie des élites sur les basses classes).

Peu d'Américains réalizent jusqu'à quel point leur nation est grosse. L'Allemagne entrerait dans les frontières du Montana. La France est plus petite que le Texas. En laissant de côté trois nations dont les territoires sont massivement étendus et leur population faible(Russie, Canada et Australie), les États Unis sont géographiquement plus étendus que toutes les nations industrialisée prise ensemble. Un examen critique montre que la population actuelle des États Unis, d'environ 300 millions d'habitants, devrait atteindre
400 millions au cours du siècle qui commence, et 1,2 milliards vers 2100, selon les estimés du Bureau du Recensement.

Si l'échelle d'un pays le rend ingérable, il existe deux réponses possibles: La première est la fragmentation de la nation; la seconde une décentralization radicale des pouvoirs.
Plus de la moitié des 200 nations du monde actuel résultent de la fragmentation d'anciennes nations après 1946. Aujourd'hui, plusieurs nations, y compris le Brésil, la Grande Bretagne, le Canada(?), la Chine, l'Italie et l'Espagne, pour n'en nommer que quelques unes, dévoluent les pouvoirs vers les régions de diverses manières.
(Notez que le Canada dévolue les pouvoirs vers les régions et non vers les provinces, ce qui revient à laisser tout le pouvoir à Ottawa).

Des décades avant que le Président Bush décide de servir une leçon à l'Irak, George F Kennan s'inquiétait de voir que notre "monstrueux pays", par le désordre de sa taille désordonnée, deviendrait inévitablement une menace, se mêlant trop souvent des affaires des autres nations. "La question qui se pose: Est-ce que la grosseur ne devient pas une menace en soi en politique, indépendamment des politiques entreprises en son nom? (Donc, trop gros pour pouvoir traduire les bonnes intentions en actes).

Kennan propose la dévolution,"qui, tout en conservant les rudiments d'un gouvernement fédéral, pourrait produire une douzaine de républiques constituantes, absorbant non seulement les pouvoirs des états existants, mais une partie considérable des pouvoirs du gouvernement fédéral actuel.(Des États Unis s'entend).

La dévolution régionale serait fort probablement initialement entreprise par un très grand état distinct quant à son identité et ses aspirations, à ce point que Washington ne pourrait le contrôler. Le candidat le plus évident est la Californie, un état dont l'économie est la huitième au monde.

Si un tel état est sérieux lorsqu'il parle de décider de son propre sort, d'autres états
n'auront d'autre choix que de suivre. Une réponse pourrait inclure une région comme la Nouvelle Angleterre, qui a déjà créé plusieurs arrangements entre états, à la suite de l'initiative de la Californie -- notamment pour certaines mesures concernant l'environnement. Et si une ou deux grandes régions commencent à agir, d'autres regroupements d'états dans le Nord-ouest, le Sud-ouest et ailleurs, vont y donner suite.

Une nouvelle vague de dévolutions régionales peuvent également s'échafauder à partir des quelques 200 unités compactes qui permettent à des regroupements d'états de coopérer autour de problèmes environnementaux, économiques et du transport. Il est presque certain que des prises de pouvoirs régionaux ont été populaires, lorsque
la Commission Régionale des Appalaches a été établie en 1965, des sénateurs venus de partout se sont précipités pour demander des commissions pour venir également en aide à leurs régions et à leurs constituents.

Le gouverneur Schwartzenegger n'a peut-être pas poussé jusqu'au bout les implications qui vont continuer d'imposer avec force ses ambitions de "l'État-Nation". Mais il semble avoir un sens aigu des possibilités expansionnelles de cette politique: Après tout, il est le gouverneur qui a emmené le premier ministre Tony Blair de Grande Bretagne venir le rencontrer au Port de Long Beach pour signer un accord entre la Grande Bretagne et la Californie au sujet du réchauffement global. Il est peut-être plus près du but qu'il ne s'EN rend compte avec son rêve de faire de la Californie un "État-Nation", harmonieux et prospère, l'état qui coupe au travers les étapes, devenir un modèle, non seulement pour la société américaine du 21e Siècle mais pour un monde plus élargi.

Gar Alperovitz, professeur d'économie politique à College Park, Université du Maryland, est l'auteur de: American Beyond Capitalism.

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Gar Alperovitz, a professor of political economy at the University of Maryland, College Park, is the author of “America Beyond Capitalism.”





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