Ça va mal finir

Nicolas Sarkozy - une caricature

Astreint par le prince de l'Élysée au rôle d'intendant qu'on agite seulement lorsqu'il peut servir de faire-valoir ou que l'on sonne au gré des caprices, des montées de fièvre, voilà que le premier ministre français, par la grâce de sa sobriété, jouit aujourd'hui d'une popularité qui fait de l'ombre à Sarkozy. Fait inusité dans l'histoire de la Ve République, à l'exception des périodes de cohabitation, la popularité de François Fillon est de 20 % supérieure à celle du président Sarkozy.
Cet écart, énorme il va sans dire, a ceci de bizarre que la désaffection des Français se conjugue presque exclusivement avec la personne Sarkozy. Avec sa manière d'être, d'agir, et non avec l'administration de la chose publique par le gouvernement Fillon. Plus enclin que tous ses prédécesseurs à la personnalisation du pouvoir par l'entremise des médias appartenant à ses amis milliardaires, Sarkozy est aujourd'hui victime de la mise en scène voulue, consciente, de sa vie privée ainsi que de sa propension à annoncer des politiques en lieu et place des ministres concernés par ces dernières. Bref, Sarkozy était et demeure l'agité du bocal.
Cet écart (bis) révèle également un paradoxe: le président sert, en quelque sorte, de paravent au premier ministre alors que traditionnellement c'était l'inverse. Sous de Gaulle, Mitterrand et consorts, le locataire de Matignon servait toujours de fusible dès que la rue s'agitait trop. En clair, le président fixait une ligne, une direction, et arbitrait ensuite entre les uns et les autres. À l'encontre de la culture présidentielle qui a prévalu de 1958 à Jacques Chirac, Sarkozy passe son temps, voire prend un plaisir à s'exposer à tout va, pour ne pas dire quotidiennement. Il ne se passe guère une journée sans qu'il annonce une nouvelle politique, un changement de programme, une modification juridique. Certains se demandent si cette fébrilité ne serait pas attribuable aux gaffes qu'il commet. Comme si l'annonce du jour devait servir à cacher la gaffe d'hier.
Passons sur les gros mots lancés à un quidam lors du Salon de l'agriculture pour mieux retenir qu'au cours des derniers jours, le président a excellé à s'aliéner tous les historiens de France, tous les pédagogues, tous les juristes et surtout tout ce que le pays compte de républicains attachés notamment à la séparation de l'Église et de l'État. Entre l'adoption par un gamin d'aujourd'hui d'un enfant victime de la Shoah, l'affirmation, d'ailleurs imbécile, par sa directrice de cabinet que les sectes du type Église de scientologie ne sont pas un problème en France, la requête effectuée par Sarkozy auprès de la Cour de cassation pour détourner le Conseil constitutionnel, la suppression inattendue des publicités à la télévision publique et autres, tout ce qui vient de l'Élysée depuis quelque temps se dégonfle aussi rapidement qu'un soufflé au fromage.
Résultat net: la grogne s'est installée dans son propre camp. Dernier exemple? Ex-ministre de Chirac, ex-patron de l'UDF, François Léotard vient de publier un pamphlet au titre témoignant avec force du malaise qui traverse tout le pays: Ça va mal finir. Le contraire serait étonnant.


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