Au diable la dette, place à l'innovation

Jacques Parizeau en appelle à l'accroissement de la compétitivité du Québec

17. Actualité archives 2007

«C'est la capacité à exporter, donc la productivité et l'innovation, qui détermine le niveau de prospérité».
Le Québec ferait mieux d'arrêter de tant s'en faire avec son prétendu problème de dette publique et de s'attaquer au plus tôt à l'accroissement de sa compétitivité économique, estime Jacques Parizeau. En cette ère de mondialisation, «c'est la capacité à exporter, donc la productivité et l'innovation, qui détermine le niveau de prospérité», a affirmé mercredi soir l'ancien premier ministre dans un discours à HEC Montréal. L'impact désastreux sur les exportations québécoises de la forte appréciation du dollar canadien des dernières années est révélateur, selon lui, de l'ampleur du retard accumulé par le Québec en matière, notamment, d'éducation et de politiques de développement.

Malheureusement, depuis 25 ans, les politiques d'encouragement à l'innovation et à la productivité n'ont été faites que d'une multitude de petites mesures sans grandes ambitions rapidement remplacées par d'autres, a déploré Jacques Parizeau dans sa conférence intitulée «Entre l'innovation et le déclin: l'économie québécoise à la croisée des chemins», donnée devant plus de 200 personnes dans le cadre des Conférences Gérard-Parizeau. Cela a commencé avec le virage technologique de Bernard Landry, en 1981-82, et se voit encore dans la Stratégie de la recherche et de l'innovation annoncée par Raymond Bachand en décembre. «Entre les deux, j'en ai vu passé je ne sais plus combien. Cela ne donne jamais ce que cela devrait donner.»
«On ne fera pas face à la mondialisation avec l'éparpillement de petites mesures fiscales à chaque discours sur le budget», a dénoncé l'économiste. «À problème majeur, solution majeure», a-t-il dit.
On ne pourra pas réussir tant que l'on «ne se mettra pas dans l'idée que c'est une tâche énorme [et] qu'il faudra mobiliser les ressources nécessaires», a-t-il précisé en rappelant que la révolution du système scolaire québécois des années 60 avait aussi «coûté les yeux de la tête» et qu'au moment de son adoption, «la loi 101 n'avait pas de parallèle ailleurs et introduisait des contraintes inédites».
Lorsqu'on parle de ressources supplémentaires, il n'est pas seulement question d'argent. La principale tâche du gouvernement sera même, d'abord et avant tout, de regrouper les experts en technologies et les entrepreneurs afin d'établir des cibles et des mesures pour les atteindre. «Et puis, une fois que l'on a établi un plan, on le tient, a insisté Jacques Parizeau. On le tient plus longtemps que seulement deux ans.»
Priorité à l'éducation et à la science
Une des priorités d'action devrait être, selon lui, la formation de la main-d'oeuvre. «Dans une économie aussi technologique que la nôtre, l'innovation s'appuie fondamentalement sur un système d'éducation de qualité et diffusé dans l'ensemble de la population», a souligné Jacques Parizeau. De ce point de vue, des problèmes comme le décrochage scolaire et le manque d'effectif dans les programmes de formation technique tiennent du véritable «gaspillage» des ressources humaines. Autant que faire ce peut, les cégeps et les universités devraient également aider les étudiants à se diriger dans les secteurs où les besoins sont les plus grands. «La recherche scientifique est l'un des leviers majeurs de l'innovation et donc de la croissance. Il faut que les ressources supplémentaires, dont on a besoin de façon urgente, soient essentiellement consacrées à la recherche, au génie, à la médecine, aux biotechnologies, à l'informatique, à ces secteurs qui aujourd'hui sont les principaux vecteurs de l'innovation et de la productivité.»
Cette adaptation de l'économie québécoise ne se fera pas sans heurt. Certains secteurs manufacturiers en difficulté ont beau chercher à réduire leurs coûts de production face à la concurrence des pays à faible coût de main-d'oeuvre, «il y a une limite à couper». Le rôle de l'État est évidemment de les aider autant que possible à se transformer ou à se reconvertir. «Mais l'on ne doit pas se faire d'illusion. Certains secteurs sont, à terme, condamnés.»
La hantise de la dette publique
Et qu'on ne vienne pas lui parler du problème de la dette, qui devrait, au contraire, inciter le gouvernement à restreindre, voire à réduire son action. Cette dette du secteur public au Québec n'augmente pas mais recule en proportion de la taille de l'économie québécoise tout entière, a dit Jacques Parizeau. Elle se révèle inférieure à celle de la moyenne des pays de l'OCDE ainsi qu'à celle de quatre pays du G7, même si on y ajoute la part de la dette du gouvernement fédéral qui reviendrait normalement au Québec.
«Répandre la hantise de la dette publique fait maintenant partie de la psychologie collective, a déploré le professeur honoraire de HEC Montréal. Cela passera, on l'espère, parce qu'il pourrait y avoir là un frein aux investissements dans l'éducation et la compétitivité des entreprises.»
Il a dit ne pas trop craindre non plus le choc démographique annoncé par plusieurs experts. Les fonds de retraite québécois ont fait preuve de plus de prudence que dans bien d'autres pays. L'année 2006 a montré que le taux de natalité pouvait remonter à un niveau plus souhaitable, probablement sous l'effet des nouvelles politiques familiales adoptées ces dernières années. Rien n'empêcherait non plus d'accueillir au besoin plus de travailleurs qualifiés étrangers si les mécanismes d'intégration fonctionnent bien.
L'ancien chef du Parti québécois s'est gardé de formuler le moindre commentaire sur les dernières élections comme sur l'avenir de son parti. Il n'a toutefois pu s'empêcher de conclure son discours par un clin d'oeil à la cause qui a animé toute sa carrière. «Je reste convaincu qu'il n'y a pas de pays trop petit pour se développer séparément à deux conditions: la première est qu'il appartienne à un grand marché. La seconde est qu'il soit compétitif.»
«Il y a de plus en plus de pays, pas de moins en moins, a-t-il ajouté. Ils sont économiquement plus intégrés les uns aux autres qu'ils ne l'ont jamais été. Mais cette intégration n'empêche pas les citoyens de se tourner vers leur État pour les protéger contre les dérives réelles ou appréhendées de la mondialisation. Il doit en conséquence se dessiner un nouveau sens de l'action l'État, ou plutôt de ses responsabilités.»


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