Au-delà d'Hérouxville

Par Réal Boisvert

Hérouxville - l'étincelle



Bien des gens ont été prompts à lancer des pierres aux citoyens d'Hérouxville récemment. Les ayatollahs de la rectitude politique en particulier s'en sont donné à coeur joie contre les gens des régions. Taxés d'aborder des questions qu'ils maîtriseraient mal, ces gens n'auraient, semble-t-il, qu'une chose en commun, soit la déficience de ne pas vivre à Montréal.
Il est vrai que le code de conduite d'Hérouxville s'en prend à des pratiques dont la survenue est improbable, dont les assises juridiques sont pour le moins douteuses et met sur le même plan des choses disparates.
Mais l'ampleur des réactions que la publication du document a suscitées montre bien qu'il soulève, quoique maladroitement, un problème réel, celui de l'intégration des immigrants et, plus généralement, celui de la coexistence harmonieuse entre différentes communautés dans un même territoire.
Plus particulièrement, le Québec est une société francophone d'environ 7 millions d'habitants ayant une culture distincte dans un continent qui compte 325 millions d'anglophones.
Voici au surplus un peuple minoritaire dans un État fédéral dont les politiques d'immigration ont longtemps servi à réduire sa place et son importance. Ce même État fédéral prône aussi un multiculturalisme qui réduit les francophones au rang d'une minorité quelconque dans une mosaïque de communautés d'origines diverses.
Malgré cette fragilité de leur culture et en dépit des efforts qu'il leur a fallu consentir et des combats qu'ils ont dû livrer pour en assurer la survie, les Québécois n'ont pas à rougir de l'accueil qu'ils ont jusqu'ici réservé aux nouveaux arrivants.
C'est aussi le cas en dehors de Montréal où, quoiqu'on pense, on retrouve aussi des immigrants et des communautés issues de l'immigration ainsi que des gens d'obédiences religieuses diverses.
Cependant on en parle peu parce qu'ils sont moins nombreux et qu'en conséquence ils sont amenés à s'intégrer davantage, mais aussi parce qu'en dehors de cas isolés, leur présence et leurs pratiques sont bien acceptées et que, hormis de rares exceptions, il n'est pas nécessaire, contrairement à Montréal, de leur parler anglais pour que ces derniers nous comprennent.
Mais, surtout, le fait que le code de conduite d'Hérouxville se retrouve aujourd'hui au coeur des débats est révélateur des défaillances de nos institutions, ces institutions sur lesquelles on devrait compter pour nous éclairer sur nos enjeux de société et les débats qu'ils soulèvent.
À quoi avons-nous en effet assisté ces derniers mois? Nous avons vu certains médias monter en épingle divers incidents concernant des revendications discutables et la complaisance de certaines gens face à elles. Souvent les mêmes ont organisé des débats où on ne se donnait même pas la peine de préciser de quoi on parlait.
On nous a servi des sondages mal conçus qui ont contribué à semer la confusion plutôt qu'à la dissiper. On a souvent eu l'impression que pour ces médias il y avait là davantage un filon à exploiter qu'une situation à éclairer.
Quant à nos politiciens, ils ont été bien en deçà de ce dont on se serait attendu d'eux. Au lieu du leadership politique sur lequel on aurait pu compter, on a eu droit tantôt à la "langue de bois", tantôt à des silences embarrassés ou pire encore à des slogans électoralistes.
Maintenant, au-delà d'Hérouxville, il nous reste à distinguer l'essentiel de l'accessoire. L'idée consiste à voir, en respect des us et coutumes des Québécoises et Québécois de toutes origines, quelles sont les valeurs communes auxquelles nous souscrivons. Il y a là matière à hausser, pour le Québec tout entier, l'intelligence collective qui nous permet de vivre ensemble dans le respect et la cohésion nationale.
L'auteur, Réal Boisvert, est le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie.

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Chercheur affilié à l'Unité de développement des communautés de l'Institut national de santé publique (Agence de santé de la Mauricie)

président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie.





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