Au cas où

Référendum III



Les fonctionnaires du Conseil privé sont allés un peu vite en affaires quand ils ont prédit la victoire du PQ aux prochaines élections et la tenue d'un autre référendum.

Le cahier d'information destiné au nouveau ministre des Affaires intergouvernementales, Michael Chong, dont La Presse a fait sa manchette mardi, reflétait la situation qui prévalait avant l'arrivée des conservateurs au pouvoir, alors que les libéraux de Jean Charest étaient au plus bas dans les sondages.
Les choses ne se sont peut-être pas améliorées au point où M. Charest pourrait prendre le risque de déclencher des élections dès cet automne, mais rien n'est encore joué. D'ailleurs, même si le PQ reprenait le pouvoir, rien n'assure qu'André Boisclair serait en mesure de tenir un référendum, peu importe ce que dit le programme. Si le PQ l'emportait avec les 37 % dont le créditait le dernier sondage CROP, il serait bien embêté.
Quoi qu'il en soit, les gens du Conseil privé sont payés pour prévoir le pire. Après la frousse qu'ils ont eue en 1995, ils ne se laisseront plus jamais prendre au dépourvu. Un nouveau référendum fait certainement partie des scénarios envisagés dans les officines fédérales.
On a déjà une idée de la façon dont pourrait réagir le gouvernement Harper si on devait en arriver là. Dans son livre intitulé Le Vrai Visage de Stephen Harper, publié le printemps dernier, Pierre Dubuc a rappelé qu'avant même que Stéphane Dion ne présente sa loi sur la clarté, l'actuel premier ministre prônait déjà la plus grande intransigeance.
Le 20 octobre 1996, M. Harper avait présenté à la Chambre des communes son propre projet de loi (C-341), qui autorisait Ottawa à tenir son propre référendum le même jour que celui décrété par le gouvernement du Québec. Il proposait l'inscription des deux questions suivantes sur les bulletins de vote :

«a) le Québec devrait-il se séparer du Canada et devenir un pays indépendant sans lien juridique spécial avec le Canada, oui ou non ?
b) si le Québec se sépare du Canada, ma municipalité devrait-elle se séparer du Québec et continuer de faire partie du Canada, oui ou non ?»
Jusqu'à présent, le premier ministre s'est fait un devoir de faire ce qu'il avait dit, que cela plaise ou non. S'il décidait d'appliquer ce qu'il proposait en 1996, la situation deviendrait pour le moins explosive. S'il fallait en plus que Michael Ignatieff devienne chef du PLC...
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Le lieutenant québécois de M. Harper, Lawrence Cannon, estime que l'élection des conservateurs et la mise en oeuvre du «fédéralisme d'ouverture» ont rendu caduc le document du Conseil privé. De toute manière, tout bon conservateur sait bien qu'il est peuplé de dangereux paranoïaques, qui voient une menace séparatiste partout.
Bien sûr, le gouvernement Harper souhaite vivement la réélection des libéraux au Québec pour éviter un autre référendum, et il fera tout en son pouvoir pour que Michel Audet soit en mesure de présenter le budget le plus séduisant possible au printemps prochain. Après trois ans de mécontentement, il n'est cependant pas certain que cela suffira. Cela fait des mois qu'on distribue les milliards sans que les intentions de vote en faveur du PLQ aient augmenté d'un seul point.
Paradoxalement, M. Harper pourrait même rendre un immense service au camp souverainiste en réglant le problème du déséquilibre fiscal au profit d'un gouvernement péquiste, qui bénéficierait alors d'une marge de manoeuvre financière inespérée à la veille d'un référendum.
Il est impossible d'évaluer l'impact que les compressions budgétaires du printemps 1995 ont pu avoir sur les résultats du 30 octobre suivant. Le déficit zéro n'était pas encore à l'ordre du jour, mais Lucien Bouchard avait été très irrité de voir le gouvernement Parizeau choisir ce moment pour annoncer la fermeture d'hôpitaux.
Même si le programme adopté au congrès de juin 2005 prévoit la tenue d'un référendum le plus rapidement possible après l'élection d'un gouvernement péquiste, André Boisclair a clairement indiqué qu'il entendait présenter au moins un budget «provincial» avant le référendum. Plutôt que de démontrer les mérites du nouveau fédéralisme, le nouveau partage pourrait être présenté comme un aperçu des avantages que comporterait le rapatriement de tous les impôts payés à Ottawa.
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Après avoir reproché aux libéraux fédéraux d'avoir attisé la flamme souverainiste en demeurant sourds aux récriminations du Québec, il serait assez ironique que les conservateurs soient à leur tour accusés d'avoir donné au PQ les moyens de ses ambitions.
Déjà, leurs ardeurs guerrières commencent à alourdir le climat. Le sondeur Allan Gregg, proche du Parti conservateur, s'inquiète sérieusement de l'envoi des Vandoos du 22e régiment pour l'Afghanistan. Dès le départ, c'est au Québec que l'intervention de l'armée canadienne a été la plus vivement contestée, mais le pire reste à venir, craint M. Gregg. «Quand les "body bags" vont commencer à arriver marqués d'une fleur de lys, ça sera beaucoup plus douloureux», a-t-il expliqué dans une entrevue au Globe and Mail.
Il s'inquiétait surtout de voir s'envoler les chances d'une majorité conservatrice à la Chambre des communes, mais tous les partis fédéralistes devraient se préoccuper de voir l'opposition à l'intervention en Afghanistan se transformer en un ressac anticanadien que les souverainistes ne manqueraient pas d'exploiter.
En rétrospective, les fonctionnaires du Conseil privé finiront peut-être par avoir raison. Si M. Harper arrivait à surmonter son aversion naturelle pour les mandarins fédéraux, ils auraient sûrement quelques suggestions à lui faire. Juste au cas où.
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mdavid@ledevoir.com


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