Athéisme et laïcité

Peut-on choisir de ne pas être libre?

Tribune libre

Étant entendu que pour un athée tel que moi, la religion constitue un obstacle majeur à l’exercice de la libre-pensée, je me vois dans l’obligation d’appuyer la charte de la laïcité proposée par le Parti québécois. Comment faire autrement?
À ceux préconisant la liberté de religion, j’aimerais rappeler qu’ils nous placent devant un étrange paradoxe. En effet, si nous partons du principe que la plupart des religions restreignent les libertés des gens, cela signifie que plusieurs croyants s’opposant à la charte de la laïcité réclament la liberté de ne pas être libres en s’appuyant sur des systèmes de croyances et des dogmes.
Comment est-ce possible? Sommes-nous libres de ne pas être libres? Pouvons-nous revendiquer la liberté d’aliéner nos libertés au nom de croyances pratiquement sans fondement? Il y a là quelque chose de profondément déraisonnable.
Je ne sais pas comment résoudre cet illogisme. Selon moi, il s’agit d’un artifice rhétorique sur lequel s’appuient machiavéliquement plusieurs autorités. Est-ce trop demander à ces dernières de faire preuve d’un peu d’honnêteté intellectuelle envers la population?
Je dis bravo aux élus péquistes, car ils ont à tout le moins le courage d’essayer de moderniser l’État. Personnellement, j’irais beaucoup plus loin qu’eux, mais je comprends pourquoi ils procèdent par étapes. Une évolution trop rapide serait perçue comme une révolution : ce qui est inadmissible au sein d’un État bourgeois remplaçant presque toujours la démocratie directe par une démocratie représentative et une hiérarchie pyramidale ou verticale.

Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que triomphent la raison et la démocratie directe dans notre belle société. Je crois que la charte des valeurs constitue un pas dans la bonne direction. Autrement, il y a des problèmes culturels beaucoup plus urgents à régler, notamment dans le secteur des sciences de la gestion, là où certains professeurs enseignent toujours aux apprenants que dans le vaste monde du « business as usual », un dégât environnemental énorme peut se réduire à une simple externalité touchant quelques victimes collatérales. Ce qui importe en fin de compte, c’est la capacité de payer (« money talks »).
Quand et comment devrons-nous nous y prendre pour cesser de former et de légitimer des menteurs, des sociopathes et des fanatiques? Pour le moment, je n’ai pas de réponses savantes à ce genre de questions, mais j’ai l’intime conviction qu’une réforme de notre culture et de notre éducation s’impose, parce que la raison et le civisme sont presque absents du débat et de l’équation en ce moment. Les normes sociétales doivent évoluer autant que possible vers une neutralité axiologique.


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6 commentaires

  • Luc Benoit Répondre

    12 septembre 2013

    Je vous invite tous et toutes à lire la déclaration de principes de l'association des libres penseurs athées (LPA) : http://lpa.atheisme.ca/manifeste_fr.html

  • Denis Julien Répondre

    11 septembre 2013

    Ils nous aiment lorsque nous sommes bien à quatre pattes et leur lèchant les bottes, ces mêmes bottes de leur Canadian Army qu'on a entendu lors qu'ils débarquèrent sur notre sol en octobre 1970.

  • Archives de Vigile Répondre

    11 septembre 2013

    Les Canadiens nous aiment pas mal moins en ce moment que ce qu'ils sont venus nous dire lors de leur "love-in" d'octobre 1995 n'est-ce-pas, alors que nous nous débattions corps et âme pour aller chercher démocratiquement, après notre journée de travail, porte par porte, maison par maison, personne par personne, la majorité dont nous avions besoin au referendum.
    Où est donc passé l'amour à notre égard de ces si grands démocrates?

  • Denis Julien Répondre

    11 septembre 2013

    Lorsque le Globe ans Mail affirme ce matin qu'ils ne voteront pas pour nous, depuis quand votent-ils pour nous? Je voudrais bien le savoir! Ils votent libéral et NON aux référendum à plus de 95%.

  • Denis Julien Répondre

    11 septembre 2013

    Tous les ennemis du Québec sortent présentement comme en 1977 lors du dépôt de la loi 101. Ils sont en grosse panique puisqu'on risque de devenir une vraie nation plutôt qu'une communauté culturel comme les autres. Ce principe communautariste qui les a toujours bien servis et permit de nous angliciser. Là, ils sont fourrés!

  • Archives de Vigile Répondre

    11 septembre 2013

    C'est comme vouloir imposer la démocratie à des nations où c'est la tribu qui importe.
    La laïcité ferme est une façon d'imposer l'athéisme. C'est historiquement relié au culte de la Raison.
    Ô combien de têtes ont roulé en victimes sacrificielles du culte de la Raison. Des guerres pour répandre la Philosophie.
    Vous parlez de liberté. Ce concept est né suite aux querelles religieuses. La première liberté est la liberté de conscience.
    Avec cette conscience libérée, vous pouvez vous trouver des buts pour votre vie. La religion à laquelle votre conscience adhère vous fournit un ensemble de valeurs.
    Le culte civique peut aliéner, mais il est le ciment de la société qui a une identité propre.
    Quand Marois parle de laïcité et de valeurs "québécoises", elle importe un culte civique de la France républicaine.
    Nous n'avons pas fait de Révolution. Notre drapeau est toujours un drapeau royaliste. Et nous pouvons légitimement être fier de ne pas avoir connu la République sanguinaire.
    François-Athanase Charette de La Contrie à ses officiers de la révolte des Vendéens:
    "Notre patrie à nous c'est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre patrie, c'est notre Foi, notre Terre, notre Roi."
    Bref, la liberté de s'identifier nationalement. Un libéral comme Pierre Trudeau peut trouver cela aliénant et il nous demandait de passer par dessus pour réaliser autre chose.
    Cette autre chose étant "son Canada".
    Doit-on sacrifier notre identité collective pour réaliser soi-même ? Il faudrait que vous définissiez votre soi, lequel n'est qu'une construction sociale au même titre que le groupe d'appartenance comme l'ont réalisé ceux qui se sont intéressés au bouddhisme et au zen.
    La femme musulmane en sol québécois prend la liberté de se démarquer en portant le voile, quoique c'est plutôt un châle dans la plupart des cas. Il ajoute à la mystique de la femme musulmane. Les femmes des pays bordant la mer Morte portent généralement un châle ou un fichu. C'est le résultat de la domination ottomane. Le châle est devenu une coiffure traditionnelle et fait partie de l'identité.