Après Lucien, Gérard

C'est un procès injuste et cruel qu'on fait à des Québécois aussi éminents, authentiques et dévoués que Lucien et Gérard Bouchard.

Après les seins de Julie, les saints de GESCA...


Gérard Bouchard a longtemps été admiré par les souverainistes québécois pour l'originalité et la profondeur de ses travaux, pour sa compréhension fine de l'âme québécoise, pour sa maîtrise remarquable de l'écrit et de la parole et, bien sûr,pour ses convictions indépendantistes. Voici que, depuis la publication du rapport qu'il a cosigné avec Charles Taylor, M. Bouchard voit sa «famille» se tourner contre lui.

C'est un homme blessé autant qu'un intellectuel courroucé qui a pris la plume cette semaine pour répliquer à la pluie de critiques ayant accueilli le rapport. Des critiques qui viennent surtout du courant auquel il appartient, où on l'accuse d'avoir minimisé les menaces qui pèsent sur la culture québécoise et d'avoir proposé des mesures beaucoup trop timides. Chez les politiciens indépendantistes, on est visiblement déçu, sinon furieux, qu'un des leurs ait ainsi sapé ce qui leur sert ces temps-ci de principal argument.
Gérard Bouchard est peut-être en train de vivre la première étape d'un exil involontaire comme celui qu'a subi son frère Lucien, désormais honni par les souverainistes au point que son nom a été hué lors d'un congrès du PQ en 2005. Peu importe que le fondateur du Bloc ait mené le OUI à un cheveu de la victoire 10 ans plus tôt; aux yeux des militants péquistes, il a commis le crime de ne pas s'acharner ensuite sur cette fleur qui s'obstinait à ne pas pousser.
Les souverainistes ont de la même façon envoyé au banc des accusés tous ceux qui ne se montraient pas assez déterminés à leur goût à combattre pour la cause. C'est même arrivé à René Lévesque, ce qu'on tend à oublier depuis qu'il a été canonisé.
Qu'a donc écrit de si effroyable M. Bouchard dans son rapport? Il a osé dire que le malaise des Québécois à l'égard des accommodements raisonnables s'explique davantage par des perceptions erronées que par les faits. Il a constaté aussi que la langue de la majorité n'est pas en état de crise. Ce faisant, le rapport Bouchard-Taylor tend à éteindre une braise que le PQ, le Bloc et l'ADQ s'échinent depuis des mois à alimenter.
Dans cette braise où les politiciens voyaient un potentiel tactique, le sociologue a plutôt vu un motif d'inquiétude: «Voilà exactement le genre de discours propre à affaiblir la nation québécoise en la divisant et à la ramenant en arrière, au temps de la survivance frileuse et peureuse dont chacun, dont chacune, avec raison, veut prendre congé.»
Tout en étant conscient comme pas un de la fragilité qui sera toujours notre lot, M. Bouchard voit les Québécois d'aujourd'hui comme une majorité moderne et confiante. Il ne perçoit donc pas les avantages et au contraire conçoit les risques de mesures coercitives supplémentaires. Au grand dam des dirigeants souverainistes, qui rêvent de loi 101 renforcée et de constitution québécoise.
Comme son frère aîné, Gérard Bouchard est un homme passionné mais sage, un souverainiste convaincu mais éminemment respectueux des Québécois tels qu'ils sont, tels qu'il les aime. Chez les indépendantistes les plus militants, on voit cette sagesse comme de la mollesse, voire une trahison de la cause. C'est un procès injuste et cruel qu'on fait à des Québécois aussi éminents, authentiques et dévoués que Lucien et Gérard Bouchard.

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André Pratte878 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    12 juin 2008

    Oui, c'est un procès un peu cruel qu'on fait à M. Bouchard !
    Au-delà de l'interculturalisme, la culture québécoise persistera. Elle l'a fait malgré le multiculturalisme canadian ... avec des efforts colossaux on en convient.
    La culture québécoise prend de l'expansion, tant mieux ! L'interculturalisme est un mot pour un autre désignant une culture matricielle qui accueille aussi l'immigrant.
    M. Bouchard l'a dit : l'indépendance du Québec faciliterait l'intégration des immigrants. Que faut-il de plus aux plus acharnés indépendantistes ??? Il l'a dit. Cessez de vous attaquer à M. Bouchard mais aux derniers chefs fédéralistes, c'est tout ! On nuit à la cause qu'on croit défendre ... et la fait même régresser peut-être !
    J'aurais jamais cru abonder le même sens que Pratte !!???

  • Archives de Vigile Répondre

    11 juin 2008

    C'est fou ce que Pratte réussit à jeter de lapoudre de perlimpinpin à pleine poignée. Le sophisme lui tient lieu de raisonnement. Comme d'habitude.
    Il n'y a pas que les souverainistes militants qui sont offusqués de ce rapport monsiur Pratte. 58 % des québécois sondés le rejettent.
    Des collaborateurs importants de la Commission dénoncent la manipulation de leurs avis.
    Et y faudrait fermer sa gueule parce que Pratte a décidé d'ouvrir le martyrologue !
    Gérard Bouchard sait très bien ce qu'il a écrit. Qu'il vive avec les conséquences de ses décisions.

  • Archives de Vigile Répondre

    11 juin 2008

    Monsieur André Pratte, ce triste sire, essaie de semer la discorde et la division chez les indépendantistes. Le rapport Taylor-Bouchard a au moins le mérite de faire l'unanimité contre lui-même et, par ricochet, de ré-énergiser le mouvement indépendantiste. C'est une bonne nouvelle qui donne un dynamisme nouveau à la famille indépendantiste québécoise.
    Voilà la raison pour laquelle le petit journaliste de Gesca, sentant ce souffle nouveau, s'empresse de semer la bisbille.
    Cette vieille technique, usée à la corde, des journalistes
    "Gescaïens" fonctionne de moins en moins parce qu'elle empeste 100 kilomètres à la rondes.
    Tant que les liens qui unissent les indépendantistes sont plus forts que ceux qui pourraient les diviser, tout ira bien dans leur marche vers l'indépendance.
    Vive le Québec !!!
    Jacques L. (Trois-Rivières)

  • Robert Bertrand Répondre

    11 juin 2008

    Notre Gérard « national » nous voit « réagir » et il nous dit qu'il y avait un fédéraliste et un indépendantiste à la barre de leurs résolutions.
    LES DEUX SOLITUDES sont à la base même de ce rapport.
    Il ne pouvait pas tout dire... tout faire à sa guise. Et parce qu'il y a des interventions qui viennent dire ce que lui n'a pas osé ou n'a pas voulu dire, il s'offusque.
    Monsieur Gérard a besoin de la plume de Monsieur Pratte. Ce dernier nous apprend : «C’est un homme blessé autant qu’un intellectuel courroucé qui a pris la plume cette semaine pour répliquer à la pluie de critiques ayant accueilli le rapport.»

    Pauvre Gérard. Que faut-il faire alors ? Se taire et vous laisser ré-organiser la manoeuvre de votre confrère qui lui, aurait été capable de dire ce qu'il voulait dire ?

    Ne pourrait-on pas vous suggérer de ré-écrire la partie manquante de votre rapport ? Possiblement, alors, pourrions-nous tous se joindre à votre voix ?

    Si vous n'acceptez pas d'écrire la partie manquante, d'autres n'auraient-ils pas le devoir, sinon l'obligation de remettre les pendules à l'heure ?

    Ce ne sont pas les millions de dollars qui ont manqué pour vous laisser toute la marge de manoeuvre nécessaire pour l'élaboration de votre pensée.
    Vous n'avez pas voulu blesser l'autre partenaire... Mais est-ce bien cela que l'on vous demandait ? Votre partenaire ne vous a pas laissé libre-cour à l'exercice de votre pensée ? Et vous voudriez que l'on reste coit et immobile ?

    Le peuple du Québec ne pouvait-il pas s'attendre au respect de sa propre reconnaissance ?

    Au Fédéral, on a accepté de reconnaître la « nation » québécoise mais à l'intérieur de leur Canada. Mais vous, ami Gérard, l'indépendantiste « officiel » dans ce duo, qu'avez-vous fait de plus pour la reconnaissance factuelle, implicite, nécessaire du peuple dont vous « faites » parti ?

    Faut-il fermer le couvercle parce que vous vous seriez officiellement prononcé sur des éléments secondaires ? Les autres n'auraient plus de voix parce que « ex-cathedra » aurait dit son mot ?

    Soyez bon joueur, ami Gérard.

    L'Assemblée nationale voudrait vous entendre défendre et argumenter votre point de vue. Auriez-vous fait des pressions pour accepter cette tâche de parler avec des « éluEs » de notre société québécoise de « nationalité canadienne-française » ? Pourquoi la « nation » québécoise aurait-elle été reconnue officiellement alors ?

    La boîte de pandore est ouverte. L'exigence actuelle c'est de bien se comprendre pour cheminer jusqu'à terme les uns et les autres pour parfaire notre entité propre qui est celle du Peuple Québécois, qui est celle de la Nation Québécoise dans un Pays du Québec qui serait à lui pour s'épanouir dans l'ensemble du concert des Nations de la terre.
    Vous avez préféré gardé votre solitude et vous sollicitez que nous nous taisions pour laisser l'ambivalence poursuivre son chemin.
    La Voix québécoise a un nom : le Pays du Québec.
    Robert Bertrand, rédacteur,
    Québec un Pays
    http://cf.groups.yahoo.com/group/Pour-le-Pays-du-Quebec/

  • Gaston Boivin Répondre

    11 juin 2008

    Si j'avais pour prénom et nom celui de Gérald Bouchard ou encore celui de Lucien Bouchard, ce matin, à la lecture du texte de monsieur Pratte, je ressentirais un malaise certain, une certaine gêne, d'être ainsi élevé au rang de ""victime" de la famille souvrainiste et déclaré, sinon béatifié, en même temps, du titre de "sage" et "de modèle de respect" par celui-là même, dont le passe-temps favori est de dénigrer, souvent dans le plus total irrespect et la pire démagogie, la cause indépendantiste et ses promoteurs, notamment les plus ardents. Je me poserais des questions sur les raisons d'être ainsi louangé par ce fantassin fédéraliste!
    Personnellement, je suis convaincu que le respect que monsieur Pratte apprécie chez certains indépendantistes, c'est celui, dont l'abnégation est telle, qu'il va, parfois, bien naivement, et en toute inconscience et bonne foi, jusqu'à manquer, d'une certaine manière, de respect pour soi-même et les siens.