Anglade: «Son problème, c’est qu’elle est mal connue dans les régions»

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L'inévitable racialisation du débat autour de la candidature d'Anglade


Ce n’est pas la couleur de sa peau, mais la perception qu’elle est trop « montréalaise » qui risque de nuire à Dominique Anglade en région, estiment deux ex-politiciens noirs joints par La Presse.


Au cours des derniers jours, des commentateurs ont fait état d’un sentiment « anybody but Anglade » au sein du Parti libéral du Québec. Ceux qui y adhèrent craignent que le Québec des régions n’appuie pas la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne parce qu’elle est issue de la diversité.


La principale intéressée a convenu dimanche que sa candidature pouvait susciter des « réticences ». Mais elle s’est dite convaincue que les Québécois étaient « absolument prêts » à être dirigés par une première ministre noire.


Michel Adrien est du même avis.


 

« L’électorat québécois, francophone dans les régions, peut voter pour quelqu’un, peu importe la couleur de sa peau, a-t-il dit. J’en suis la preuve vivante. »


Cet immigrant haïtien, un ami personnel de Georges Anglade, père de la candidate, a en effet été pendant près de 15 ans maire de la municipalité de Mont-Laurier, dans les Laurentides.


Lors de sa première campagne en 2003, un adversaire a proposé un slogan explicite aux électeurs : « Votez pour quelqu’un qui rassemble et qui vous ressemble ».


Malgré cette allusion claire à la couleur de sa peau, Michel Adrien a recueilli plus de 70 % des suffrages. Il a été réélu à plusieurs reprises.


L’ancien élu souligne que Mme Anglade a toutes les qualités requises pour diriger le Québec. Selon lui, son principal obstacle n’est pas la couleur de sa peau.


« Sans lui enlever quoi que ce soit, c’est clair à mon avis qu’il y aura une certaine perception que c’est une Montréalaise qui n’a pas une connaissance fine des enjeux régionaux », a-t-il dit.




Les gens des régions sont capables d’apprécier la personne en elle-même, l’investissement de cette personne au profit de la communauté. C’est ça qui importe. Mais le problème de Mme Anglade, c’est qu’elle est à mon avis mal connue dans les régions du Québec. Pour pouvoir compter sur l’appui de ces régions, il va falloir qu’elle travaille énormément.



Michel Adrien, ex-maire de Mont-Laurier



Maka Kotto abonde dans le même sens. Cet immigrant camerounais a été élu cinq fois député, d’abord au fédéral, puis au provincial. Il a dirigé le ministère de la Culture dans le gouvernement péquiste de Pauline Marois.


Bien qu’il ait été adversaire politique de Dominique Anglade à l’Assemblée nationale, il la décrit comme une « amie ». Il s’est dit « surpris » et « dubitatif » d’apprendre que certains libéraux craignaient que la couleur de sa peau passe mal dans le Québec des régions.


« Je crois difficilement à cette hypothèse », a-t-il résumé.


Selon lui, Mme Anglade pâtira bien davantage de sa prise de position à propos de la Loi sur la laïcité de l’État. Rappelons que la députée a proposé de maintenir la loi qui interdit le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité, mais d’abolir la clause dérogatoire qui y est rattachée. Cela ferait en sorte que la loi ne tomberait que si les tribunaux la jugeaient contraire à la Charte des droits et libertés.


« Ça va à l’encontre de la majorité des Québécois qui appuient cette loi », observe M. Kotto.


« Décevant »


Le président de la Ligue des Noirs, Dan Philip, juge « décevant » que des libéraux craignent la candidature d’une femme noire. Car selon lui, les Québécois sont très ouverts à élire une personne issue de la diversité.


« Si Mme Anglade a les capacités, qu’elle est compétente, je ne vois pas comment ce serait un obstacle pour elle », a-t-il dit.


L’historien et rappeur Aly Ndiaye, alias Webster, estime que le gouvernement caquiste de François Legault a joué sur la peur de l’immigration pour être élu. Mais il ne croit pas pour autant que les origines de Dominique Anglade soient un handicap.


« Si les gens ne sont pas prêts à avoir une première ministre noire, on a un sérieux problème, a-t-il dit. Ça ne devrait même pas être une question. »


— Avec la collaboration de Gabriel Béland, La Presse