Votez libéral et évitez la partition

Du fédéralisme de chantage, clame Boisclair - Charest n'est pas capable de gouverner le Québec, dit Dumont

Québec 2007 - Après un OUI - Charest et la partition



Après avoir commis son «lapsus» mardi au sujet de la partition du Québec advenant une victoire du OUI, le chef libéral, Jean Charest, a refusé hier de s'engager, quoi qu'il advienne, à se porter à la défense de l'intégrité du territoire québécois. En fait, il a évité de répondre à la question, même si elle lui a été posée plusieurs fois en matinée et en après-midi, au massif de la Petite-Rivière-Saint-François et à l'Université Laval, où il a fait des annonces sur les «saines habitudes de vie». Il a toutefois admis qu'il ne «condamnerait» pas ceux qui plaideraient pour la partition.

Selon Jean Charest, la meilleure façon d'éviter la partition est pour les Québécois de voter libéral le 26 mars. Il a aussi repoussé les questions sur le sujet en les qualifiant d'«hypothétiques». Les Québécois préféreraient ne pas «faire ces débats», a dit le chef libéral, qui fera campagne dans l'ouest de l'île de Montréal aujourd'hui. «Le 26 mars prochain, on décidera ensemble si on veut [consacrer] nos samedis soir à cette question-là pour les quatre prochaines années ou si l'on veut plutôt s'occuper de [nos] systèmes de soins, de santé et d'éducation, de nos universités et de nos collèges», a-t-il répété plusieurs fois en reprochant aux médias de s'intéresser à cette question. «C'est vous qui soulevez les questions là-dessus.» Semblant exaspéré en après-midi à l'Université Laval, le chef libéral a déclaré: «J'ai dit que le Québec est indivisible. Ça règle le problème.» Se ravisant par la suite, il a opté pour l'ironie, affirmant qu'il était au fond enchanté qu'on lui pose encore et toujours cette question puisque cela inciterait les Québécois à voter pour les libéraux.
Fait cocasse, lorsqu'il a voulu réitérer sa correction de mardi, Jean Charest a de nouveau bafouillé, dans un point de presse à l'extérieur, au sommet du massif, par un temps glacial: «En réponse à une question en anglais, j'ai employé le mot "divisible" alors que j'aurais dû employer le mot... euh... J'ai utilisé le mot "indivisible" alors que j'aurais dû utiliser le mot "divisible". Ou le contraire.»
The Gazette rappelait mardi qu'en 1996 Jean Charest avait déclaré que, «si les séparatistes ont un droit à la dissidence, ils ne peuvent nier ce même droit aux autres», reformulation de la célèbre phrase de Pierre Elliott Trudeau: «Si le Canada est divisible, le Québec l'est aussi.»
Hier, il a répété que la question de la partition sera soulevée de manière «inévitable» après un OUI. «Ça, c'est la réponse honnête», a-t-il soutenu. Mais qui la posera? En 1996, M. Charest, qui était le chef du Parti conservateur, avait affirmé: «Il est loin d'être clair que le Québec n'est pas divisible. Je crois que les Cris et les Inuits auraient une très bonne cause» devant les tribunaux. Hier, il a précisé: «Je voyais et je constatais en 1995 qu'il y avait des groupes autochtones qui allaient potentiellement poser la question, mais ça, c'est très hypothétique.» Un autre journaliste lui a demandé s'il n'avait pas affaibli la position du Québec en livrant sa réponse «honnête» évoquant la possibilité d'une partition. «Non», a-t-il répondu, laconique.
Cadeau aux souverainistes
Estimant que les propos sur la partition révélaient un «fédéralisme de chantage», le chef péquiste, André Boisclair, a soutenu en matinée qu'une telle position ne fera qu'alimenter la ferveur souverainiste. Le chef péquiste a aussi réagi au point de vue exprimé en 1995 par Stephen Harper, alors député réformiste. Seuls les Québécois «pure laine» formaient un peuple et, à ce titre, eux seuls pourraient se séparer, ce qui conduirait à la partition du Québec, avait-il dit.
Selon M. Boisclair, le territoire du Québec, en vertu du droit constitutionnel canadien, est indivisible et ses frontières ne peuvent pas être modifiées sans le consentement de l'Assemblée nationale. Il a accusé Jean Charest d'être «totalement irresponsable» d'avoir soulevé la question de la partition advenant un Oui au référendum sur la souveraineté et d'«avoir manqué de jugement».
«Sa job comme premier ministre, ce n'est pas de poser des questions sur l'intégrité du territoire québécois, sa job, c'est de la défendre [...] comme ses prédécesseurs l'ont fait», a dit M. Boisclair. «La vérité a ses droits. Le premier ministre doit être transparent. Il doit assumer ses responsabilités. Jamais la question de l'intégrité du territoire ne fera partie des discussions, des négociations ou de quelconques échanges qu'on pourra avoir avec le gouvernement fédéral» après un référendum victorieux, a avancé M. Boisclair.
Dans une entrevue accordée au Soleil en juin 2006, André Boisclair affirmait ne pas être un «kamikaze» de la souveraineté. Désormais pourtant, un seul scénario lui sied: tenir un référendum rapidement au cours du premier mandat. Or le candidat-vedette de Borduas, Pierre Curzi, a formulé des doutes sur la stratégie arrêtée par le PQ en 2005, dans une interview accordée à l'émission Les Francs-Tireurs de Télé-Québec, diffusée hier, dont Le Journal de Montréal faisait état.
Ces réserves n'ébranlent pas le chef péquiste, qui assure que le prochain référendum sera assurément gagnant. Un gouvernement du PQ dépensera des fonds publics «de façon raisonnable» afin de préparer le référendum, comme le stipule la plateforme électorale du parti. «Nous allons mobiliser les régions derrière un nouveau projet de gouvernance. Nous allons bâtir une coalition qui fera appel aux souverainistes de tous les horizons», a-t-il indiqué. Il s'est montré vague sur les sommes qui seraient allouées à cette démarche. «Je vais mettre au moins autant d'argent que M. Charest en a mis dans son Conseil de la fédération», a-t-il indiqué. Selon le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC), le gouvernement québécois dépense 580 000 $ par an pour les activités du Conseil de la fédération, un budget qui sera porté à 830 000 $ en 2012.
Quant au chef adéquiste Mario Dumont, il estime que Jean Charest a commis l'erreur de parler de la partition du Québec parce qu'il rêve de devenir premier ministre du Canada. «Après quatre ans comme premier ministre du Québec, [Jean Charest est] plus populaire à Winnipeg qu'à Montmagny. Avec des déclarations comme celles-là, l'écart va se creuser», a lancé le chef adéquiste. «S'il n'est pas à la hauteur de défendre l'intégrité du territoire, M. Charest n'est pas à la hauteur d'être le premier ministre du Québec», a-t-il martelé hier, tant en Beauce qu'en Estrie.
Il n'a toujours pas été possible hier de joindre Benoît Pelletier, ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes. Il a rencontré très discrètement la presse hier, à Sherbrooke, aux côtés de sa collègue Monique Gagnon-Tremblay, pour dresser le bilan des réalisations libérales depuis quatre ans en matière d'affaires internationales. Un seul journaliste a participé à cette conférence de presse, qui n'avait pas été convoquée par les voies habituelles. En 1997, avant d'entrer en politique, Benoît Pelletier, alors professeur en droit constitutionnel à la faculté de droit de l'Université d'Ottawa, avait soutenu que «l'action des partitionnistes pourrait faire échouer le projet de sécession du Québec» (Le Droit, 24 février 1997).
Le Devoir
Avec la Presse canadienne


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