ÉNERGIE EST

Victoire des bélugas

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Donnons le droit de vote aux bélugas !

La décision de reconnaître les bélugas du Saint-Laurent comme «espèce en voie de disparition» rend plus qu’improbable la construction du port pétrolier envisagé par Énergie Est à Cacouna, en pleine zone de reproduction de cette espèce. Dès que Pêches et Océans Canada aura signé le décret confirmant ce statut, le promoteur n’aura d’autre choix que de chercher un autre site.

Le premier à baisser les bras aura été le premier ministre Philippe Couillard. Pourtant un chaud partisan du projet de pipeline, il constatait mardi le cul-de-sac et incitait Énergie Est à repenser son projet. Persister ne ferait que rendre encore plus impopulaire le projet de pipeline qui lui est associé et qui ne reçoit l’appui que du tiers des Québécois.

TransCanada a pu ces dernières semaines mesurer à travers les manifestations à répétition contre son projet la sensibilité d’une très large portion de l’opinion publique à l’égard des bélugas. Cet animal emblématique de l’estuaire du Saint-Laurent jouit d’une cote de sympathie sans pareil. Le montre bien le mouvement d’adoption symbolique de bélugas auquel s’est joint le ministre de l’Environnement, David Heurtel, pour rehausser sa crédibilité.

L’annonce rapide de la suspension de tous travaux à Cacouna n’est ni plus ni moins qu’une reconnaissance par TransCanada de sa défaite. Elle calme le jeu ici et évite par ailleurs que la bataille pour les bélugas ne se propage en Europe, où elle vise à exporter son pétrole.

L’abandon prévisible du projet de Cacouna fera diminuer la pression sur le projet de pipeline. Le site de remplacement le plus probable, Baie-des-Sables, près de Matane, ne pose pas de contraintes environnementales particulières, si bien que les opposants au projet Énergie Est devront revenir à l’argument de la lutte contre les gaz à effet de serre qui tient, non pas au mode de transport du pétrole bitumineux albertain, mais à son mode de production qui générera plus de 30 millions de tonnes de GES chaque année, selon les estimations de l’Institut Pembina. C’est plus que les émissions produites par les véhicules routiers québécois.

La façon dont le gouvernement Couillard a traité ce dossier depuis le début laisse entrevoir un énorme préjugé favorable à Énergie Est. Le premier ministre Philippe Couillard a donné le ton au point de départ en évoquant l’obligation pour le Québec de retourner l’ascenseur à l’Alberta pour la péréquation reçue grâce à l’exploitation du pétrole albertain. Puis est venue cette autorisation à TransCanada pour les travaux exploratoires à Cacouna accordée les yeux fermés. Bien sûr, le ministre de l’Environnement, David Heurtel, mis au pas par un tribunal, se reprit. Des conditions ont été énoncées que devra respecter le promoteur d’Énergie Est dont le projet sera soumis à un examen par le Bureau d’audiences publiques en environnement. Mais on sent l’hésitation venant du premier ministre lui-même qui s’interroge publiquement sur la nécessité pour cet organisme de se pencher sur la question des GES.

Il y a une inconsistance dans les positions du gouvernement libéral qui semblent davantage déterminées par la gestion de l’opinion publique que par de véritables convictions environnementales. Les retombées économiques liées à Énergie Est expliquent sans doute l’intérêt porté à ce projet qui demeure par ailleurs fondamentalement en opposition à cette autre politique de du gouvernement sur la réduction des gaz à effets de serre qui l’amenait mardi à annoncer une taxe sur les grosses cylindrées. Ce ne peut évidemment être qu’un coup d’épée dans l’eau si on laisse par ailleurs les GES produits par le pétrole albertain croître. Mais le premier ministre peut avoir bonne conscience. Les bélugas sont protégés.


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