Une relation sans éclat

Il serait temps de redonner aux relations avec la France l'éclat qu'elles méritent

Présence internationale du Québec

Pour la première fois, le premier ministre du Québec rencontrera ce matin le nouveau président français Nicolas Sarkozy à Paris. Est-ce un signe de maturité ou de fin de règne si Jean Charest semble apprécier de plus en plus les séjours en Europe? En juillet dernier, à la même époque, c'est à Paris qu'il avait déclaré sur les ondes de TV5 que le Québec avait tous les moyens économiques pour être un pays indépendant. L'hiver dernier, il avait participé à la conférence internationale organisée par le président Chirac sur le réchauffement climatique et en avait profité pour rencontrer Nicolas Sarkozy, alors simple candidat à la présidence. Aujourd'hui, Jean Charest dînera avec le nouveau président et rencontrera son premier ministre, François Fillon. Lundi, il dînera aussi avec le nouveau ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avant de s'envoler pour Munich, où il doit s'entretenir avec les dirigeants de la Bavière. Cette rencontre est donc la première avec le nouveau président et son équipe gouvernementale. Elle revêt en ce sens un caractère déterminant qui influencera l'avenir des relations entre la France et le Québec. Rappelons que Paris est la seule capitale du monde où le Québec a un statut diplomatique et où il peut tenter de s'asseoir à la table des pays souverains. Or la diplomatie québécoise en France est aujourd'hui aux prises avec un changement de garde. Les amis traditionnels du Québec, comme les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, ne font plus partie du gouvernement. Quant à Nicolas Sarkozy, il n'a jamais manifesté de penchant particulier pour la francophonie, au point d'envisager récemment un transfert de cette responsabilité des Affaires étrangères au nouveau ministère... de l'Immigration! *** Avouons-le, notre relation avec la France est loin d'avoir l'éclat qu'elle a déjà eu. Est-ce à cause du déclin des rivalités Québec-Ottawa, attribuable à l'éloignement de la menace souverainiste? Faut-il montrer du doigt l'action un peu terne de la délégation parisienne ou la récente fièvre électorale française? Toujours est-il que le Québec semble aujourd'hui bien loin d'être une priorité pour la France. Il n'y a qu'à constater la disparition depuis quatre ans des visites annuelles alternées entre premiers ministres français et québécois pour s'en convaincre. Le dernier voyage officiel d'un premier ministre français au Québec remonte à mai 2003. Il y a d'ailleurs quelque chose d'humiliant à voir les premiers ministres québécois multiplier les «rencontres de travail» en France alors que le gouvernement français ne semble pas pressé d'honorer l'entente signée en 1977 par René Lévesque et Raymond Barre. On se croirait revenu à la triste époque de Robert Bourassa. Le 400e anniversaire de la ville de Québec représente néanmoins une occasion en or de relancer ces relations. Mais encore faudra-t-il y mettre un peu de coeur. On s'étonne pour l'instant du frugal cadeau de la France destiné à commémorer ce qui fut tout de même la fondation de l'Amérique française. La rénovation de deux étages d'un musée destiné à abriter un centre de la francophonie des Amériques est loin d'avoir le prestige que commandait un tel événement. Est-ce à cause de Paris ou de la Ville de Québec, qui a refusé plusieurs propositions françaises? On aurait voulu que la présence de la France passe inaperçue qu'on n'aurait pas fait autrement. Même la famille Simon a fait mieux en offrant au Parlement la magnifique fontaine de Tourny. *** Jean Charest s'entretiendra aussi avec Nicolas Sarkozy d'un éventuel traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Depuis le dernier sommet de Davos, le premier ministre québécois a ressorti des placards ce vieux projet longtemps caressé par Jean Chrétien. Mais les perspectives ne semblent pas radieuses, du moins pour l'instant. Certes, le dernier sommet Canada-Union européenne a accepté de réaliser une étude «visant à examiner et à évaluer les coûts et les avantages d'un partenariat économique plus étroit». Mais Bruxelles refuse catégoriquement de parler de «libre-échange». Tout au plus est-il question d'une certaine «amélioration» («enhancement») des échanges. Pour Bruxelles, ces discussions sont entièrement subordonnées aux négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) amorcées à Doha. «Les accords de libre-échange régionaux ou bilatéraux sont secondaires par rapport à l'importance de Doha», a déclaré l'ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne à Ottawa, Matthias Hopfner. On verra aujourd'hui comment Nicolas Sarkozy réagira à la proposition de Jean Charest. Pour l'instant, le président français a surtout multiplié les déclarations protectionnistes incitant l'Union européenne à mieux protéger les travailleurs français contre les délocalisations. Il avait même évoqué la perspective de taxer les produits des pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto comme... le Canada. Bref, notre pays est loin d'être une priorité pour l'Union européenne, qui s'intéresse beaucoup plus à l'Asie et aux pays de la Méditerranée, auxquels Nicolas Sarkozy a d'ailleurs promis un partenariat renforcé. *** Lundi matin, Jean Charest rencontrera enfin Ségolène Royal. La visite a été ajoutée au programme à la toute dernière minute. Le premier ministre devrait en profiter pour se réconcilier avec l'ancienne candidate qui, lors d'une visite d'André Boisclair, avait évoqué les «valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec». De Davos, en Suisse, Jean Charest s'était alors aligné sur Stephen Harper en reprochant à Ségolène Royal «de tenter d'influencer les Québécois», des mots que n'auraient probablement jamais prononcés ses prédécesseurs. Il est néanmoins surprenant de voir le premier ministre rencontrer une ancienne candidate sans responsabilités officielles plutôt que le véritable «chef de l'opposition», François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste. Il y a longtemps qu'une visite en France n'avait pas revêtu une telle importance. Certes, Jean Charest n'a pas démérité dans le domaine des relations internationales. Au contraire. Mais il serait temps qu'il redonne aux relations avec la France l'éclat qu'elles méritent. crioux@ledevoir.com



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