Une réalité complexe

Géopolitique du Proche-Orient


Il est facile de succomber à la tentation de prétendre que l'administration américaine se soumet aveuglément aux impératifs dictés par Israël, depuis des lustres. La réalité est plus complexe.
Depuis l'indépendance d'Israël, en 1948, les relations entre Washington et Jérusalem ressemblent à un parcours en dents de scie, puisque l'État juif a fréquemment été contraint de se soumettre aux intérêts stratégiques des États-Unis. Durant les présidences de Dwight D. Eisenhower, George Bush père et même Bill Clinton- qui était incapable de s'entendre avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou- les relations ont même été glaciales.
Durant toute cette période, Israël pouvait naturellement compter sur le concours de la communauté juive américaine pour défendre ses prérogatives. Depuis les dernières décennies, elle peut cependant miser sur un nouvel allié, la droite chrétienne. Faisant son entrée dans l'arène politique à la fin des années 80, elle devient rapidement incontournable. En 1994, celle-ci contribue à la victoire des républicains au Congrès. En 2000 et en 2004, ce vecteur politico-religieux contribue largement aux victoires de George W. Bush.
Affaires mondiales
Lorsqu'il est élu, peu d'observateurs prophétisent que George W. Bush passera le plus clair de son temps à plancher sur les affaires mondiales. C'est pourtant ce qui se produit. Chemin faisant, la relation entre Washington et Israël deviendra plus étroite que da
ns le passé. La guerre au terrorisme qui s'amorce, à partir du 11 septembre 2001, voit d'abord l'État juif se démarquer comme étant un allié de premier plan, puisque les Israéliens luttent contre un tel fléau depuis des décennies. En plus, Israël est la seule démocratie véritable et durable du Moyen-Orient, ce qui n'a rien pour déplaire à un président qui se démarque par un profond attachement pour cette valeur et qui souhaite sa propagation de par le monde.
Ne souhaitant pas subir les affronts imposés à Bill Clinton par Yasser Arafat, George W. Bush coupe ensuite les ponts avec le chef de l'Autorité palestinienne. Il se souvient que les pourparlers de Camp David ont avorté suite au refus du chef de l'OLP de concéder quoi que ce soit pour atteindre un accord de paix avec le chef du gouvernement de Jérusalem, Ehoud Barak. De plus, le raïs n'investit aucun effort véritable pour mater les actions terroristes perpétrées par différents groupes palestiniens contre Israël. Les intérêts de Washington et Jérusalem convergent donc pour plusieurs raisons géopolitiques. Mais il y a plus.
Pour tout dire, Israël est aussi un pays cher au coeur des adhérents et dirigeants de la droite chrétienne. Pour les membres de ce mouvement, Israël est la terre de la seconde venue du Christ sur terre. L'État juif revêt donc un impératif religieux significatif. On crédite les évangélistes blancs, les chrétiens born-again et les catholiques conservateurs- qui composent la droite chrétienne- de représenter 37 millions d'électeurs. La grande majorité d'entre eux soutiennent le parti de George W. Bush, qui est justement l'un des leurs. Ils sont efficaces sur le terrain électoral, leur organisation fait la différence dans certains états-clés- les fameux battleground states- et ils forment l'un des piliers de la maison républicaine. Ils n'ont donc pas de difficulté à faire entendre leur voix à la Maison Blanche.
Forte communion
Malgré cette forte communion de vues entre Washington et Jérusalem durant les deux mandats de George W. Bush, il ne faut pas en conclure que les républicains sont les seuls à tenir compte de cette influence pro-israélienne. Récemment, l'ancien sénateur démocrate John Edwards- qui était colistier de John Kerry en 2004 et qui nourrit des aspirations présidentielles- a effectué une visite politique en Israël. Question d'acquérir ses lettres de noblesse auprès de ses potentiels électeurs.
Et ce n'est pas un hasard si Hillary Clinton se range maintenant sans hésitation derrière l'État hébreu. Du temps où le couple Clinton occupait la Maison Blanche, Yasser Arafat était un invité fréquent sur les rives du Potomac. Madame Clinton ne pourrait plus se permettre une telle proximité avec les adversaires d'Israël. Naturellement, l'État de New York- qu'elle représente au Sénat- comporte une population juive importante. Mais comme elle souhaite vraisemblablement briguer la présidence en 2008, elle escompte certainement se ménager les bonnes grâces de l'électorat de la droite chrétienne. Être étiqueté comme étant un adversaire d'Israël pourrait s'avérer très dommageable sur le chemin vers la présidence.
Au fil des ans, les adhérents de la droite chrétienne ont compris que pour avoir de l'influence sur la scène publique, ils devaient devenir indispensables- ou nuisibles selon le cas- sur le chantier électoral. La prédominance d'Israël dans l'agenda de Washington depuis quelques années est notamment redevable à leur importance sur ce terrain.
Forte de ce soutien que lui procure un mouvement qui représente le quart des électeurs inscrits, parions que la relation étroite entre Washington et Jérusalem a de beaux jours devant elle.
Marc Nadeau

L'auteur est étudiant au doctorat à l'Université de Sherbrooke. Ses recherches portent sur la présidence de George W. Bush.

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Marc Nadeau4 articles

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Doctorant à l'Université de Sherbrooke, l'auteur a porté les couleurs du Parti conservateur lors des dernières élections fédérales. Il est présentement coordonnateur du Projet pour l'avenir d'Israël (PAIX).





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