Une élection référendaire

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Conséquence de la défaite de 1995 : la provincialisation de la politique québécoise


De retour à l’Assemblée nationale pour leur dernière session avant le scrutin du 1er octobre, les libéraux vivent-ils sur du temps emprunté ?


Au pouvoir presque sans arrêt depuis 2003, ça sent la fin de régime. Gâchis en santé, scandale de la rémunération des médecins, trois ans d’austérité suivis d’une pluie soudaine de dépenses électoralistes. Les raisons ne manquent pas.


Les campagnes électorales, on le sait, changent tout. Il n’en reste pas moins qu’une 5e victoire des libéraux en 15 ans est possible, mais peu probable. La vaste majorité des électeurs veut du « changement ». En cela, le scrutin du 1er octobre s’annonce déjà comme une élection référendaire. Non pas sur la souveraineté, de toute évidence, mais sur le régime libéral lui-même.


Mais « changer » par quoi ? La question qui tue. En attente de voir les plateformes du PLQ, du PQ, de la CAQ et de QS, une seule chose est sûre. Les visions proposées seront celles d’une gouverne somme toute provinciale.


Hache de guerre


Sur le flanc « gauche souverainiste », Québec solidaire déterre la hache de guerre contre le Parti québécois. À preuve, la candidature de Vincent Marissal dans Rosemont, le comté même du chef péquiste Jean-François Lisée. D’où l’inquiétude, selon plusieurs, de voir le vote souverainiste se diviser entre le PQ et QS.


Or, cette division est moins marquée qu’on le pense. Selon le sondage Léger/Le Devoir/Le Journal publié le 3 mars, chez les francophones, le PQ est en 2e place à 27 % et QS ferme la marche à 11 %. Une part non négligeable des électeurs solidaires étant fédéraliste, le vrai phénomène en jeu n’est peut-être pas tant la division du vote souverainiste que le recul de longue date du vote péquiste et la stagnation du vote solidaire.


Côté « droite fédéraliste », la division est aussi de moins en moins marquée. Chez les francophones, la CAQ rafle 42 % d’appuis face au maigrelet 16 % des libéraux. Du moins, ce sont les tendances depuis plusieurs mois.


La triste province


Qu’est-ce à dire ? Que la vraie division du vote est celle de la majorité francophone : CAQ (42 %), PQ (27 %), PLQ (16 %), QS (11 %). Le vote libéral restant massif chez les anglophones et allophones, une division aussi profonde n’est pas sans conséquence majeure.


La plus lourde étant que le pouvoir politique de la majorité francophone, toutes origines confondues, s’en trouve grandement affaibli. Au Québec et au sein même de la fédération canadienne. Les questions nationale et linguistique en sont les premières sacrifiées.


Sans réforme du mode de scrutin, c’est le prix à payer pour le multipartisme qui s’installe à demeure. Depuis le référendum de 1995, c’est aussi le prix à payer pour le silence du PQ sur son option souverainiste et celui du PLQ sur le fédéralisme renouvelé.


Tant que la seule société francophone d’Amérique ne reprendra pas son droit de parole sur son propre destin politique – l’espoir demeure qu’elle le fasse un jour –, comment s’étonner de sa provincialisation accélérée ?