Un président discrédité

Si la salle était pleine, personne n'écoutait, hier, lors du passage à l'ONU de George Bush

17. Actualité archives 2007


Le président américain George Bush s'est adressé hier à l'Assemblée générale de l'ONU. Si la salle était pleine, personne n'écoutait. Des applaudissements polis ont fermé sa harangue. Les lancinantes tirades du président sur la nécessité d'exporter la démocratie et la liberté n'attirent plus l'attention tellement l'homme est discrédité, aux États-Unis comme à l'étranger. Elles masquent en fait l'échec de la politique américaine au Proche-Orient, particulièrement dans les dossiers de la guerre en Irak, du conflit israélo-palestinien et de la crise du nucléaire iranien.
L'occasion aurait pourtant été bonne de soumettre à la communauté internationale des propositions concrètes sur au moins deux de ces trois questions: l'Iran et la Palestine. En effet, sur l'Irak, trop d'erreurs et trop de mensonges ont sali cette cause, trop d'insultes et de menaces ont été proférées envers les alliés pour espérer attirer la sympathie et l'aide de la communauté internationale. Les Américains ont du sang jusqu'aux genoux et personne, sauf les États payés pour rester en Irak, ne veut rejoindre ce nouveau Vietnam et sombrer avec Washington. Les États-Unis ont installé le chaos et la guerre civile en Irak, à eux d'en assumer l'entière responsabilité.
L'Iran et la Palestine nous préoccupent et nous intéressent au premier plan. La détermination du gouvernement iranien à acquérir l'arme nucléaire, son jeu vicieux au Liban et sa volonté de s'imposer comme la puissance dominante au Proche-Orient soulèvent de vraies inquiétudes. À ce titre, il est absolument nécessaire de poursuivre le dialogue avec Téhéran et la société civile iranienne afin de susciter des changements et de trouver un terrain d'entente. Le président français Jacques Chirac, s'adressant à l'ONU immédiatement après George Bush, a fait une proposition. La France suggère l'ouverture d'une grande négociation avec l'Iran avec, comme entrée en matière, la suspension, par Téhéran, de l'enrichissement de l'uranium accompagnée de la suspension par le Conseil de sécurité de ses discussions sur les sanctions. On attend la réaction de Téhéran et Washington.
Sur la question palestinienne, tant le secrétaire général Kofi Annan que le président Chirac ont appelé à une relance urgente du processus de paix. Annan a rappelé comment le conflit israélo-palestinien perturbait profondément les relations entre les États et, même, entre les individus et alimentait l'extrémisme. " Aucun conflit ne contient une telle charge symbolique et émotionnelle parmi des gens parfois très éloignés du champ de bataille ", a-t-il dit. Jacques Chirac, lui, a plaidé pour l'organisation d'une conférence internationale afin de rétablir les conditions de la confiance entre les deux parties, dans une " région où le feu couve et qui est source première de l'instabilité dans le monde ". La conférence permettrait à la communauté internationale d'offrir des garanties aux parties pour mettre en oeuvre un éventuel accord de paix. Sur l'Iran, comme sur la Palestine, le président Bush, n'avait rien de concret à offrir sinon les éternelles incantations sur la nécessité de lutter contre le terrorisme et de promouvoir la démocratie.
Un principe organisateur?
Le président Bush a fait de la diffusion de la démocratie et de la liberté au Proche-Orient et à travers le monde l'enjeu principal de son deuxième mandat et de sa place dans l'Histoire. Ce thème a été celui de son discours de prestation de serment lors de sa réélection en 2004 et, depuis, façonne toutes ses initiatives de politique étrangère. Or l'exportation de la démocratie et de la liberté ne peut, en elle-même, être sur la scène internationale le seul principe organisateur des relations entre les États.
Des voix s'élèvent aux États-Unis pour réclamer le retour à une diplomatie réaliste et en adéquation avec la défense des intérêts du pays. Ces voix, on les retrouve de plus en plus dans le camp conservateur. Ainsi, dans son dernier numéro, The National Interest, longtemps le canal le plus influent des néoconservateurs américains, consacre un virulent éditorial à dénoncer l'obsession démocratique de la politique étrangère actuelle. Pour la revue, la vraie menace est la combinaison entre le terrorisme et les armes de destruction massive et, pour y faire face, Washington doit cesser, par exemple, de chercher à miner le pouvoir en Russie en appuyant toutes les révolutions démocratiques aux alentours et établir une vigoureuse concertation avec Moscou, comme les Américains le font avec des régimes plus critiquables encore, telles la Chine et l'Arabie saoudite.
Du côté libéral, deux intellectuels influents posent le même constat dans un article affiché sur un site Internet. Intitulé The Folly of Exporting Democracy, les auteurs font essentiellement valoir que l'accent mis sur l'exportation de la démocratie comme remède à tous les problèmes " est une excuse, consciente ou non, pour éviter de penser sérieusement à négocier des solutions de compromis qui résoudraient tout un éventail de conflits au Proche-Orient, et particulièrement, bien entendu, celui qui oppose les Palestiniens et les Israéliens. " Ils appellent, comme tant d'autres depuis maintenant deux ans au sein même des establishments démocrate et républicain, à une révision de la politique américaine au Proche-Orient.
L'auteur est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix et professeur invité au GERSI et au CERIUM de l'Université de Montréal.


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