LA RÉPLIQUE › RÉVOLUTION TRANQUILLE

Un paradigme toujours de «notre temps»

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Pour enrayer la déliquescence de la société québécoise

Le déclencheur
« Aussi, en persistant à concevoir le projet indépendantiste dans ce paradigme de la Révolution tranquille, de nombreux indépendantistes travaillent inconsciemment, et malgré eux, à éloigner le Québec du projet de pays. »
— Danic Parenteau, « La Révolution tranquille et l’idée d’indépendance », Le Devoir, 10 mai.
Dans son texte publié le 10 mai dernier, Danic Parenteau, de la revue Argument, se penche sur la place prépondérante de la Révolution tranquille dans l’imaginaire collectif des indépendantistes québécois au détriment de la saisie de ce qui serait l’époque actuelle, ou « notre temps ». Il se demande notamment pourquoi le paradigme de l’indépendance comme aboutissement de la Révolution tranquille, qui lui apparaît « pourtant de plus en plus dépassé », domine encore le discours indépendantiste. Selon lui, les indépendantistes seraient incapables d’articuler le projet indépendantiste en dehors du paradigme de la Révolution tranquille, devenu avec le temps inactuel et dépassé. Cette fixation nuirait selon lui à l’articulation actuelle d’un projet de pays.

À propos de la notion de paradigme, j’avancerais en premier lieu qu’un changement de paradigme ne s’opère pas en éliminant le paradigme précédent, mais bien en confrontant le paradigme toujours en vigueur à des obstacles nécessitant son incorporation dans un nouveau paradigme plus large qui permette le changement.

Si on peut observer dans l’article de M. Parenteau une longue description du paradigme de la Révolution tranquille et bien peu de choses sur ce que serait un paradigme de « notre temps », c’est, selon moi, parce que le paradigme indépendantiste de l’époque actuelle n’a pas encore été défini et qu’il est faux de penser qu’il doit s’opposer à celui de la Révolution tranquille. Il doit plutôt le contenir et le reconsidérer en le corrigeant et en allant au-delà.

Amnésie collective

En ces temps d’amnésie où les Québécois sont considérés comme des clients ou des bénéficiaires, où ils abandonnent leur patrimoine et démolissent les églises et les maisons historiques, où ils se font imposer des modèles d’aménagement et de développement qui réduisent la vie à la notion de transit entre la maison et le travail — modèles qui gaspillent la nature et l’agriculture et qui n’ont rien à voir avec leurs traditions —, où ils subissent les effets de la mondialisation qui détruit l’économie et les métiers traditionnels, où ils se font traiter d’improductifs, où ils vivent, bref, dans un pays qui se construit sans leur consentement, il m’apparaît réconfortant qu’une majorité d’indépendantistes puissent encore considérer la Révolution tranquille comme un moment révolutionnaire, une des premières grandes réussites de leur évolution politique collective.

Si la Révolution tranquille est encore un paradigme actuel, c’est qu’elle a été le lieu du premier contrat social établi par les Québécois. Ce contrat social a pris acte de la place du pouvoir fédéral, a redéfini celui de l’Assemblée nationale et du gouvernement québécois, a permis au Québec d’exister à l’étranger, a permis l’avènement de la société civile constituée des syndicats, des associations et du patronat. Ce changement radical a été rendu possible grâce à la fin du concordat qui unissait l’Église et le gouvernement de la province de Québec, un concordat révolu à jamais qui donnait à l’Église une influence ultramontaine sur tous les principaux domaines de la société québécoise, éducation et santé, et même sur la conscience intime des individus.

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