Un front social prend forme contre Couillard

La FTQ se joindra à d’autres syndicats et groupes de la société civile

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La résistance s'organise

Un véritable front social s’organise et fourbit ses armes pour freiner les ardeurs du gouvernement Couillard, qui désire atteindre l’équilibre budgétaire à tout prix cette année.

Dimanche, c’était au tour de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) d’annoncer que ses membres sont plus mobilisés que jamais pour se battre contre les mesures d’austérité que désire imposer Québec. La centrale syndicale soulignait que les « offres méprisantes » que le gouvernement a présentées en décembre à ses employés, dont les conventions collectives arrivent à échéance, ont attisé la pugnacité de ceux-ci, laissant augurer des négociations longues et ardues.

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, a confirmé, hier en point de presse, que les dirigeants des différentes centrales syndicales et de divers groupes écologistes et groupes de pression de la société civile ont prévu de se réunir prochainement, dans le but de mettre sur pied un plan d’action conjoint visant à contrer les politiques d’austérité du gouvernement. « Les Québécois n’ont pas voté pour les politiques que ce gouvernement met en place. Rien dans l’attitude et les mots de M. Couillard, avant et pendant les élections d’avril 2014, ne laissait présager le programme d’austérité et de démantèlement du modèle québécois dans lequel il s’est lancé », a affirmé M. Boyer.

« La FTQ ne s’oppose pas au retour à l’équilibre budgétaire, mais elle croit que le gouvernement veut y arriver trop vite, en mettant en péril les programmes sociaux si chers aux Québécois », a-t-il indiqué. La FTQ croit qu’il serait plus raisonnable d’échelonner le retour à l’équilibre budgétaire sur un ou deux ans.

Selon M. Boyer, l’équilibre budgétaire peut être atteint « pas seulement en coupant dans les dépenses » — dont les principales victimes sont les plus démunis et la classe moyenne — mais aussi en allant chercher des « revenus supplémentaires auprès des entreprises et des plus nantis ». « Les entreprises qui font des profits doivent payer leur juste part d’impôt. Ce n’est pas en diminuant la taxe sur la masse salariale des PME qu’on relancera l’économie. Il faut aussi s’attaquer à l’évasion fiscale. En même temps, cela n’empêche pas d’aider les entreprises novatrices et créatrices d’emplois », a-t-il proposé.

Négociations dans le secteur public

Les leaders de la FTQ ont également dénoncé les offres que le gouvernement a présentées le 15 décembre dernier aux fonctionnaires, qui doivent renouveler leurs conventions collectives. Ces offres, qui comprennent le gel des salaires sur deux ans suivi d’une augmentation annuelle de 1 % pour les trois années subséquentes, auront pour conséquence « de doubler, après cinq ans, l’écart salarial entre le secteur public provincial et les autres secteurs. Imaginez-vous quel genre de main-d’oeuvre on va attirer avec de telles conditions de travail ? », a lancé M. Boyer, avant de préciser que les employés du secteur public québécois accusent déjà un retard salarial, y compris les avantages sociaux, de 7,6 % par rapport à leurs homologues des autres secteurs, y compris le privé. « De telles conditions diminuent le pouvoir d’attraction et de rétention de la main-d’oeuvre dans le secteur public. Le gouvernement connaît pourtant cette problématique. Ses offres sont tout à fait méprisantes, surtout quand on ajoute à tout cela ses demandes de modification des régimes de retraite », a poursuivi M. Boyer.

Selon Serge Cadieux, directeur général de la FTQ, les démarches du gouvernement Couillard sont carrément « idéologiques ». « Le gouvernement ne désire pas seulement reculer l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, mais, en modifiant le salaire moyen, il réduira la rente que recevront les employés à la retraite. Le RREGOP (Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics) est financé par les travailleurs (pour une part de 50 %) et le gouvernement (50 %). Il s’agit d’un régime de retraite qui est pleinement capitalisé », a-t-il fait valoir.

Le 30 octobre dernier, les salariés du secteur public demandaient des augmentations de salaire de 4,5 % par année. De telles conditions « permettraient un rattrapage et le maintien de l’équité avec les autres travailleurs québécois », a précisé M. Boyer.

La FTQ est consciente que les négociations seront très ardues et elle doute fort de parvenir à une entente d’ici le 31 mars prochain, date de l’échéance de la convention collective actuelle. Elle n’envisage pas pour le moment le recours à des moyens de pression musclés, comme la grève. Mais, dans le cadre d’une tournée régionale de front commun, les dirigeants ont pu se rendre compte de la grande mobilisation de leurs membres. « Ce ne sont pas les dirigeants qui les “crinquent ”. Dans trois ou quatre régions, je me suis fait demander si j’étais prêt à aller en prison. Il y a des membres qui sont prêts à défier un décret ou une loi spéciale », a relaté M. Boyer, faisant ainsi allusion à l’emprisonnement d’anciens chefs syndicaux, dont Louis Laberge, ancien président de la FTQ en 1972, pour cause de désobéissance civile.

Daniel Boyer souligne que le mécontentement est généralisé. « Les manifestations contre l’austérité qui ont mobilisé 250 000 personnes à Montréal et 100 000 à Québec cet automne ne rassemblaient pas uniquement des employés de l’État », mais formaient un front beaucoup plus large. Serge Cadieux compare la vague de fond qui sourd actuellement à celle qui a donné lieu aux grandes contestations du mouvement étudiant en 2012.

Pour 2015, la FTQ s’est aussi donné pour mission de chasser du pouvoir les conservateurs de Stephen Harper. La centrale syndicale a l’intention de participer activement à la campagne électorale fédérale qui aura lieu au cours de l’année. De concert avec le mouvement syndical canadien, la FTQ n’appuiera pas un parti politique en particulier, comme par le passé, mais elle soutiendra le candidat le plus susceptible de battre le conservateur dans une soixantaine de circonscriptions canadiennes où les conservateurs ont des chances de l’emporter.

Le président le FTQ a affirmé que la FTQ n’avait, à ce jour, reçu aucun blâme de la commission Charbonneau et que rien n’indiquait qu’elle en recevrait un. « Si nous recevions quelque blâme que ce soit de la commission Charbonneau, il porterait sur des événements survenus il y a sept ou huit ans. Depuis, nous avons procédé à des réformes autant à la FTQ qu’au Fonds de solidarité [dans le but d’éviter la corruption]. Nous avons notamment adopté un code d’éthique en 2011 », a indiqué M. Boyer.


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