Trump joue la carte de l'unité dans un climat politique délétère

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Un discours attendu aux sujets prévisibles : un bilan économique extraordinaire et le renforcement des frontières

Le président Trump devait tenter mardi lors d'une allocution solennelle devant le Congrès de se poser en rassembleur, mais les tensions politiques à Washington, alimentées par son projet de mur controversé, rendent l'exercice délicat.



Pour ce traditionnel discours télédiffusé sur l'état de l'Union, le tempétueux président américain, en mauvaise posture dans les sondages, a promis un appel à l'unité, au compromis, et une tonalité résolument optimiste.


Dans les heures précédant ce rendez-vous-toujours minutieusement mis en scène-sur la colline du Capitole, les vifs échanges via tweets interposés ont cependant donné un aperçu du climat qui règne dans la capitale fédérale américaine deux ans après son arrivée au pouvoir.


Répondant à un message de Chuck Schumer, ténor démocrate du Sénat, qui avait ironisé sur «l'état de l'équipe Trump», le président américain s'est étonné que son rival critique son discours sur l'état de l'Union «sans même l'avoir vu». «Il est juste énervé de ne pas avoir emporté la majorité au Sénat après avoir dépensé des fortunes», a-t-il taclé.


Une image, chargée en symboles, pourrait résumer la difficulté de sa délicate équation politique : lorsqu'il prendra la parole devant les élus au grand complet, la nouvelle «speaker» de la Chambre des représentants Nancy Pelosi sera, suivant la tradition, assise derrière lui, dans le champ des caméras.


Or l'élue démocrate de San Francisco, vent debout contre son projet de mur à la frontière avec le Mexique, vient de lui infliger une cuisante défaite politique. Et l'image d'habile négociateur que le magnat de l'immobilier aime mettre en avant a été très sérieusement écornée.


Après des semaines d'une étrange partie de poker menteur, Donald Trump a cédé face à ses adversaires politiques et a mis fin au shutdown en signant une loi de financement temporaire de l'État fédéral sans avoir obtenu le moindre dollar pour son projet emblématique de lutte contre l'immigration clandestine.


Bons chiffres économiques


À 21 mois de la prochaine élection présidentielle, où il entend briguer un second mandat, le républicain devrait mettre en avant de très bons chiffres économiques et un marché du travail extrêmement dynamique.


Comme l'an dernier, où il avait gardé les yeux sur les téléprompteurs et avait adopté un ton plutôt conciliant, il devrait opter pour une posture plus présidentielle que d'habitude.


«Ensemble, nous pouvons mettre fin à des décennies de blocage politique, guérir les blessures anciennes, construire de nouvelles coalitions, esquisser de nouvelles solutions», devrait affirmer Donald Trump selon des extraits diffusés par la Maison-Blanche.


Mais, sur le fond, quelle sera la tonalité du reste du texte ? Relancera-t-il avec virulence le débat sur l'immigration ? Profitera-t-il de l'occasion, comme il l'a laissé entendre, pour déclarer une «urgence nationale», procédure exceptionnelle qui lui permettrait de contourner le Congrès pour financer le mur frontalier ?


Le chapitre consacré à la politique étrangère pourrait lui valoir des applaudissements moins nourris dans son camp tant certaines de ses décisions suscitent un malaise.


Dans un cruel rappel à l'ordre, le Sénat a approuvé lundi soir à une très large majorité un amendement critiquant sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie et d'Afghanistan.


Fait remarquable : c'est le chef républicain de la chambre haute Mitch McConnell, qui évite d'ordinaire de critiquer publiquement Donald Trump, qui avait présenté cet amendement.  


Le président américain pourrait aussi profiter de ce rendez-vous pour annoncer le lieu et la date de son prochain sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avec lequel il existe, assure-t-il, «une incroyable alchimie».


Au-delà du discours lui-même, ce rendez-vous annuel très prisé du tout-Washington est aussi scruté à la loupe : les applaudissements ou les silences, l'attitude des nouveaux élus.


Or Donald Trump s'exprimera devant un nouveau Congrès qui bat tous les records de diversité dans l'histoire américaine : 127 femmes, plus de 50 élus noirs. Et les jeunes élus pourraient, d'une manière ou d'une autre, se faire entendre. À l'image d'Alexandria Ocasio-Cortez, benjamine du Congrès au verbe haut.


Carlos Vecchio, Joshua Trump


La Nobel de la paix Nadia Murad, ex-esclave des djihadistes en Irak et membre de la minorité yézidie, fera partie des invités.


Le sénateur républicain Marco Rubio a offert une place dans la vénérable enceinte à l'opposant vénézuélien Carlos Vecchio, nommé nouveau chargé d'affaires du Venezuela aux États-Unis par Juan Guaido, autoproclamé président par intérim.


Plus surprenant : le couple présidentiel a choisi parmi sa douzaine d'invités Joshua Trump, élève dans une école primaire du Delaware. Il n'est pas de la famille du milliardaire mais il est moqué par ses camarades de classe à cause de son nom de famille, a expliqué la Maison-Blanche.  


C'est une femme afro-américaine qui sera chargée de donner au nom des démocrates la réplique au président, juste après son discours. Figure montante de son parti, Stacey Abrams, 45 ans, ne détient aucun mandat électif. Elle a échoué de peu, en Géorgie en novembre, dans sa quête pour devenir la première gouverneure afro-américaine.


Le discours doit débuter à 21h00.




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