SNC-Lavalin: vice-présidents et mécènes du PLQ

Jacques Lamarre aurait encouragé ses employés à financer illégalement le Parti libéral

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Collusion et corruption à tous les étages

L’ancien p.-d.g. de SNC-Lavalin, Jacques Lamarre, aurait encouragé ses subalternes à s’impliquer activement dans le financement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ) pour des montants variant de 90 000 $ à 150 000 $ par année.

Selon de nouveaux documents judiciaires obtenus par un consortium de médias dont fait partie Le Devoir, M. Lamarre aurait confié à Normand Morin et à Pierre Anctil, qui se sont succédé au poste de vice-président, entre 1996 et 2008, la tâche de financer le PLQ. « Tous deux se sont fait indiquer par Jacques Lamarre, p.-d.g. de SNC-Lavalin, que leur poste de vice-président venait avec cette responsabilité », affirment les documents.

Selon les déclarations faites par les deux hommes à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), « SNC-Lavalin faisait du financement pour ne pas être la seule firme d’ingénierie au Québec à ne pas participer ».

Ces informations inédites proviennent d’une déclaration assermentée d’un policier qui a été produite à la cour pour obtenir un mandat de perquisition à la permanence du Parti libéral du Québec, rue Waverly à Montréal. Les documents font état des soupçons, non prouvés en cour, des enquêteurs.

M. Lamarre est l’un des grands bâtisseurs de SNC-Lavalin, dont il fut le p.-d.g. de 1996 à 2009. Sous sa gouverne, la valeur boursière de SNC-Lavalin est passée de 600 millions de dollars à 4,8 milliards en dix ans. M. Lamarre a récolté de nombreux hommages : officier de l’Ordre du Canada, prix du Grand Montréalais de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, p.-d.g. de l’année 2003 selon la revue Canadian Business, etc.

Encore Bibeau

Les policiers soupçonnent que des infractions de fraude envers le gouvernement, d’entrepreneur qui souscrit à une caisse électorale et d’abus de confiance auraient été commises. Aucune accusation n’a été portée dans cette enquête jusqu’ici.

À l’instar de la firme de génie-conseil Roche, aussi visée par l’UPAC, SNC-Lavalin aurait contourné la loi électorale, interdisant les dons des entreprises, pour financer le PLQ. « Les employés, surtout les cadres, fournissaient des contributions politiques via des chèques personnels et [ils] étaient ensuite remboursés pour le double du montant par des bonis, afin de compenser l’imposition », allèguent les documents.

SNC-Lavalin aurait participé au financement illégal « pour ne pas avoir de bâton dans les roues ou se mettre un parti à dos », selon les déclarations de Normand Morin.

Au PLQ, M. Morin aurait fait affaire avec Marc Bibeau, grand argentier bénévole et proche de Jean Charest. Celui-ci lui aurait demandé environ 90 000 $ par année. L’administrateur de Schokbéton et de Power Corporation, se serait montré gourmand. Lorsque Pierre Anctil a pris la relève du financement, les demandes de M. Bibeau seraient passées à 150 000 $ par an.

Normand Morin et Pierre Anctil auraient remis en mains propres des liasses de chèques d’employés de SNC-Lavalin à Marc Bibeau, en présence du directeur général du PLQ à l’époque, Joël Gauthier. M. Bibeau ne se serait pas gêné pour faire comprendre à Normand Morin qu’il était « proche du pouvoir ».

MM. Bibeau et Gauthier sont aussi visés par l’UPAC. Ils ont été mis en cause pour le financement illégal du PLQ à la commission Charbonneau. Des dons illégaux de plus de 700 000 $ auraient été comptabilisés sous une circonscription fictive, baptisée « comté 127 ».

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, la responsable du financement libéral, Violette Trépanier, avait déclaré que le comté 127 n’était rien de plus qu’une ligne comptable dans les états financiers, tout à fait en règle, du parti.

Violette Trépanier, tout comme Marc Bibeau, a nié par le passé avoir collecté des dons auprès d’entreprises.


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