Sondage Politique

Seul Duceppe peut battre Legault

Élection Québec 2012


Geneviève Lajoie - Seul Gilles Duceppe pourrait empêcher François Legault de prendre le pouvoir. Personne ne pourrait faire mieux. Pauline Marois et Jean Charest seraient littéralement taillés en pièces par l’ex-chef du Bloc québécois.
Aux commandes du PQ, Gilles Duceppe battrait un parti dirigé par François Legault avec 37 % des intentions de vote et deviendrait le prochain premier ministre du Québec, indique un sondage Léger Marketing/Agence QMI réalisé pour le compte de l’émission Larocque-Lapierre.
Gilles Duceppe s’avère être l’unique planche de salut du PQ. Son arrivée à la chefferie ferait dégringoler M. Legault en seconde place, tout juste devant le Parti libéral du Québec, qui obtiendrait 21 % des suffrages. « Ce que ça dit, c’est que le seul scénario où on est en mesure de faire bouger l’échiquier politique, c’est celui où Gilles Duceppe prend la barre du PQ », analyse Christian Bourque, vice-président chez Léger Marketing.
Semaine dramatique
La semaine dernière a été dramatique pour Pauline Marois, qui a dû réaffirmer son désir de demeurer à la barre du PQ à la suite d’une mutinerie de plusieurs de ses députés qui souhaitent sa démission. Plusieurs craignent de perdre leur siège si la vague Legault se concrétise. C’est d’ailleurs ce que montrent les sondages.
Si Mme Marois s’accroche et demeure chef, le PQ termine bon troisième, derrière le PLQ, et laisse le champ libre au parti de son ancien collègue Legault pour former le prochain gouvernement avec 40 % du vote francophone. L’ADQ, Québec solidaire et le Parti vert se partagent le reste du vote.
Gilles Duceppe tourmente l’actuelle chef péquiste depuis la dégelée qu’a encaissée le Bloc québécois aux élections fédérales du 2 mai dernier. L’ancien chef du Bloc laisse planer le doute en répétant qu’il « donne du temps au temps ».
Prendre du galon
Selon M. Bourque, il ne faut pas perdre de vue que l’avènement de Gilles Duceppe permettrait non seulement au PQ de reprendre du galon et de battre François Legault, mais il ferait aussi très mal aux libéraux.
« Ce serait possiblement le pire des scénarios pour Jean Charest [qui serait relayé en troisième place] », explique-t-il.
Pour le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger, la popularité de Gilles Duceppe s’explique aisément. « C’est comme si, à cause du 2 mai, les Québécois en devaient une à Duceppe », dit-il, en référence à la cinglante défaite subie par le Bloc aux dernières élections fédérales.
Duceppe seul en lice
Outre Gilles Duceppe, que 39% des Québécois voient comme le meilleur remplaçant de Pauline Marois à la tête du PQ, les autres candidats sont loin derrière.
Le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, arrive deuxième, un point devant le député indépendant Pierre Curzi, qui a claqué la porte du caucus péquiste au printemps dernier.
M. Drainville comme M. Curzi ne réussiraient pas à faire mieux que Pauline Marois s’ils occupaient son poste. Avec l’un ou l’autre à sa tête, le PQ n’améliorerait pas son sort dans les sondages. Pire encore, avec Bernard Drainville comme chef, le parti souverainiste baisserait encore davantage, à 18 %.
Le sondage a été réalisé auprès de 1 067 personnes, par Internet, du 26 au 27 octobre der niers. Il comporte une marge d’erreur de plus ou moins 3 % dans 19 cas sur 20.
Marois et Charest rejetés
Ça va de mal en pis pour Pauline Marois : le tiers des électeurs péquistes voudraient qu’elle rende les armes.
À l’instar de ce qui se passe au caucus de ses députés, un partisan péquiste sur trois (34%) croit que l’actuelle chef du Parti québécois devrait quitter ses fonctions.
C’est ce qui ressort d’un sondage Léger Marketing/Agence QMI effectué la semaine dernière, au plus fort de la crise qui a secoué le PQ.
Pauline Marois a réussi à contenir la mutinerie tant bien que mal, mais force est de constater que l’insatisfaction gagne maintenant les électeurs péquistes, dont la moitié seulement pense qu’elle devrait diriger le PQ aux prochaines élections générales.
Tendances fratricides
Le vice-président de Léger Marketing, Christian Bourque, n’est pas surpris par de tels résultats.
« C’est un peu le propre du PQ que d’avoir des tendances fratricides », observe-t-il.
Dans l’ensemble de la population, les jeux semblent faits : la majorité des gens suggèrent que Mme Marois parte, alors que le quart de la population pense qu’elle devrait rester. C’est tout de même un peu mieux que son rival Jean Charest, qui est nettement rejeté par les Québécois.
Deux tiers des électeurs ( 64 % ) sont d’avis que leur premier ministre devrait quitter la scène politique et abandonner la chefferie du Parti libéral du Québec d’ici le prochain scrutin. Seulement une personne sur quatre le voit briguer un quatrième mandat.
Commission Charbonneau
Ces chiffres détonnent d’avec ceux provenant des rangs libéraux. Jean Charest semble avoir rallié ses troupes une fois de plus en lançant la Commission Charbonneau sur la construction. Sept partisans libéraux sur 10 appuient présentement Jean Charest. Seulement 21 % militent pour un changement de garde à la tête du PLQ.
« Il semble avoir réussi à rallier ses troupes, surtout qu’une bonne partie de ses appuis [sont constitués] d’anglophones et d’allophones, qui sont beaucoup moins touchés et affectés sur le plan émotif par les allégations de corruption dans la construction. Ça permet aux libéraux d’être beaucoup plus disciplinés dans leurs appuis, comparativement au PQ », constate M. Bourque.
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Le commentaire de Michel Hébert, chef de bureau à l’Assemblée nationale
Les Québécois voteraient demain matin pour Gilles Duceppe s’ils le pouvaient. Ils en ont apparemment tellement marre qu’ils voteraient en masse pour l’ancien chef du Bloc. Le PQ serait sauvé de la débâcle et peut-être aussi l’idée de l’indépendance.
Ils le feraient immédiatement, sans hésiter, indique notre sondage.
Chez les francophones, Duceppe, c’est Chara, et Legault a l’air de Pacioretty; 43 % des intentions de vote pour Duceppe, seulement 27 % pour Legault. Dévastateur. Plus la peine de s’intéresser à Charest et à Marois, ils sont d’emblée rejetés.
Pourquoi un tel engouement? Parce que, depuis le 2 mai dernier, les Québécois sont nombreux à souffrir d’une petite gêne, d’un sentiment proche de la culpabilité pour avoir été trop durs envers le Bloc québécois. Et comme le dit Jean-Marc Léger, ils ont le sentiment de lui en « devoir une »…
M. Duceppe a été le politicien québécois le plus populaire durant des années. Il est apparemment toujours le favori des Québécois. François Legault incarnait le changement jusqu’à maintenant, mais l’hypothèse d’un départ précipité de Pauline Marois ravive le scénario voulant que Gilles Duceppe prenne le relais et redonne au PQ ses lettres de noblesse. Legault ne serait donc qu’une météorite dans le ciel politique…
L’enfer pour les libéraux
Imaginez Gilles Duceppe devant Jean Charest à l’Assemblée nationale ! Imaginez Duceppe interroger le gouvernement sur l’harmonisation des taxes de vente, le pont Champlain ou le registre des armes à feu ! Ce serait l’enfer… pour les libéraux.
Si, pour le moment, l’enfer est plutôt réservé à Pauline Marois, il risque de devenir le lot de Bernard Drainville et de Pierre Curzi, qui ont tour à tour rêvé de diriger les troupes souverainistes. Avec Gilles Duceppe dans les parages, ils disparaissent presque totalement du radar.
Une chose est sûre, avec Duceppe, les « taupes » du caucus péquiste n’auront qu’à bien se tenir. Les bloquistes savent combien l’ancien marxiste peut être bête comme ses pieds. Gilles Duceppe avait imposé une discipline exemplaire à Ottawa et il referait sans aucun doute la même chose à Québec. Comme disait Louis Plamondon, ça ne fait pas de tort, un bon coup de pied au cul de temps en temps.


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