Salafisme : le prince Ben Salmane reconnaît la collusion américano-saoudienne

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L'Arabie saoudite arrêtera-t-elle de financer le Djihad ? Ça reste à voir...



Qui a dit que jamais le diable ne pouvait porter pierre ?




Après trois semaines passées aux États-Unis, le jeune prince saoudien Mohammed ben Salmane (trente-deux ans seulement) vient d’entamer une visite officielle de trois jours en France. Après des décennies d’une diplomatie apathique, il n’était que temps, pour Riyad, de mettre les bouchées doubles.



L’Iran chiite, rival de toujours, qui connaît une irrésistible ascension dans la région, est devenu un interlocuteur incontournable, que ce soit en Syrie ou au Yémen, fort de son alliance avec la Russie et de liens resserrés avec la Turquie. De même, Téhéran est aujourd’hui la capitale d’un pays économiquement dynamique vers lequel investisseurs et touristes se pressent ; soit tout le contraire de la sunnite Arabie saoudite.


Au terme d’une de ces révolutions de palais dont cette jeune nation a le secret, étant organisée autour d’allégeances tribales et d’alliances entre clans plus ou moins proches d’une famille royale d’à peu près… trente mille membres, le nouveau prince – bientôt roi ? – sait que le temps presse s’il veut enrayer cet inéluctable décrochage. Ce qui éclaire les récents remous ayant agité un royaume ne tenant plus que sur une manne pétrolière dont il sait bien qu’elle ne sera pas éternelle.


D’où les arrestations arbitraires de nombre de milliardaires locaux pour corruption, la fin programmée d’un État-providence à bout de souffle, la remise au pas d’une police religieuse de plus en plus impopulaire – quoi qu’on en pense, la séparation entre pouvoir politique et religieux existe, même chez les wahhabites – et quelques mesures sociétales, telles que l’autorisation faite aux femmes de conduire ou l’ouverture programmée de salles de spectacles ; toutes annonces évidemment soigneusement mises en scène à la destination des médias.


Mais il existe un autre passif, autrement plus lourd à épurer : celui du financement saoudien du salafisme à travers le monde et de son discret soutien au terrorisme islamiste. Le prince ben Salmane en a-t-il parlé lors du dîner dominical offert par Emmanuel Macron au Louvre ? C’est plus que probable, même si le Président français a préféré placer ce voyage sous des auspices plus culturels qu’économiques, ce qui n’est pas sot.


Il est néanmoins sûr qu’il a évoqué ce sujet brûlant lors de son périple états-unien, devant les journalistes du Washington Post. À cette occasion, Mohammed ben Salmane admet que le financement du terrorisme en question « provient en grande partie d’institutions privées basées dans le royaume et non du gouvernement », nuance… Il reconnaît encore sa responsabilité dans la propagation du salafisme, qu’il soit ou non de combat, durant la seconde moitié du siècle dernier, mais précise que cela a été fait à la demande des Occidentaux en général, et des Américains en particulier. En effet, il s’agissait alors d’empêcher l’Union soviétique de conquérir le monde musulman ou d’y acquérir de l’influence. Et le même de convenir : « Il est temps, aujourd’hui, que les choses reviennent à la normale. »


Il est un fait qu’en Afghanistan, c’est avec le soutien diplomatique de la Maison-Blanche, la caution théologique des religieux égyptiens et l’argent saoudien que le concept de djihad militaire – « petit » djihad, à ne pas confondre avec le « grand » djihad, guerre spirituelle consistant à lutter contre ses démons intérieurs – a été exhumé, pour raisons politiques et non point religieuses, tel que certains le croient trop souvent, alors qu’il était depuis longtemps tombé en désuétude. On sait ce qu’il est advenu, depuis, de ces « croisés » musulmans, qui fondèrent plus tard des mouvements tels que le GIA algérien, Al-Qaïda, Al-Nosra, Daech et autres groupes terroristes.


On ajoutera que cette politique a également longtemps permis au royaume saoudien d’empêcher le développement d’un authentique nationalisme arabe et laïc, même à fondement religieux, tel que mis en œuvre en Égypte par Nasser, ou le parti Baas – dont l’idéologue en chef était le chrétien Michel Aflak – en Syrie ou en Irak.


Il est probable que ce revirement saoudien a été en grande partie impulsé par Donald Trump, lequel n’est pas toujours aussi nigaud que certains le prétendent. Il est, en revanche, certain que ceux qui ont allumé l’incendie ne sont paradoxalement pas les plus mal placés pour l’éteindre, puisque connaissant l’affaire mieux que personne.


Qui a dit que jamais le diable ne pouvait porter pierre ?