Perspectives

S'il fallait...

Québec 2007 - Analyse

Pendant des années, il suffisait d'évoquer la maison Léger Marketing -- jadis Léger et Léger -- devant un libéral pour qu'il vous regarde avec un sourire entendu, l'air de dire: «Allons, vous ne prenez tout de même pas cette firme péquiste au sérieux?»
Les péquistes avaient exactement la même attitude envers la maison Crop, tenue pour une succursale libérale à laquelle il était impossible de se fier. Il y a un an, André Boisclair avait fait toute une scène quand un sondage Crop-La Presse avait été entaché d'une erreur de méthode qui avait exagéré l'effet de l'élection des conservateurs sur le paysage politique québécois. Ce ne pouvait évidemment être qu'un complot ourdi par la chaîne Gesca pour saper le moral des souverainistes.
Ces jours-ci, vous n'entendrez personne au PQ se plaindre de Crop, dont le dernier sondage lui laissait encore espérer une courte victoire, tandis que certains libéraux doivent commencer à découvrir certains mérites à Jean-Marc Léger et même -- qui l'eût cru? -- au Devoir. C'est le monde à l'envers.
En réalité, il n'y a rien de particulièrement étonnant à retrouver les libéraux à 37 %. Le 26 mars prochain, le PLQ recueillera sans doute plus de 40 % du vote. Même dans la défaite, il n'a jamais obtenu moins que 43,5 % depuis 1952, à la notable exception de 1976 (33,8 %).
Le plus inquiétant est de retrouver le PQ à 28 %, ce qui constituerait son pire résultat depuis 1970 (23 %). Certes, la campagne ne fait que commencer, mais la tendance enregistrée par Léger Marketing au cours des derniers mois semble dangereusement lourde.
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La réalité et la perception qu'on en a peuvent être très différentes. Sur le terrain, André Boisclair a connu un meilleur début de campagne que Jean Charest. Il est normal que le premier ministre sortant soit pris pour cible, mais M. Charest n'a pas les moyens de mener le train pépère que Bernard Landry avait adopté en 2003. Même après huit ans de régime péquiste, la population demeurait relativement satisfaite du gouvernement Landry, tandis que M. Charest ne peut pas se reposer sur son bilan.
Pourtant, selon Léger Marketing, les électeurs ont très nettement l'impression que le premier ministre a mené une meilleure campagne jusqu'à présent. C'est comme si les préjugés envers le chef péquiste empêchaient d'apprécier ses bons coups. M. Charest avait connu le même problème plus tôt dans son mandat. C'est seulement à partir du moment où M. Boisclair lui a servi de faire-valoir que l'on a commencé à lui reconnaître certaines qualités.
Il est vrai que le sondage a été mené au moment où la campagne commençait à peine. Au cours des semaines précédentes, M. Boisclair avait projeté l'image d'un chef aux abois, alors que la machine libérale roulait à plein régime, multipliant les annonces et les candidatures prestigieuses.
Bien que 45 % des personnes interrogées disent qu'elles pourraient changer d'opinion en cours de campagne, un effet bien connu dit de «caravane» (bandwagon) amène souvent les indécis à se rallier au vainqueur présumé et 61 % croient que ce sera le PLQ.
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Un lieu commun veut que les électeurs ne votent pas pour l'opposition, mais plutôt contre le gouvernement. Pas au Québec. Ceux qui votent pour le PLQ le font d'abord pour une raison négative, essentiellement parce qu'ils s'opposent à la souveraineté, alors que l'on appuie le PQ et surtout l'ADQ pour des raisons positives.
Il peut sembler paradoxal que la plate-forme dévoilée samedi abandonne l'idée du «programme de pays», au profit du «bon gouvernement» provincial, alors que la souveraineté demeure la première motivation des électeurs péquistes.
D'une élection à l'autre, le problème du PQ demeure le même. Comment éviter de démobiliser les souverainistes sans effaroucher ceux qui ne vivent pas dans l'attente du Grand Soir? Personne ne devrait douter que M. Boisclair est «résolu» à réaliser la souveraineté, mais s'engager à tenir une «consultation populaire» à tout prix serait irresponsable.
Dans la version originelle de la plate-forme péquiste, la tenue d'un référendum «le plus tôt possible à l'intérieur du prochain mandat» faisait partie des «engagements» d'un gouvernement péquiste. Dans la version finale, elle n'est plus qu'un considérant, et c'est très bien ainsi.
Des trois partis, l'ADQ est le seul dont les électeurs soient davantage motivés par son programme que par le rejet de celui des autres partis. Il est également le seul et de loin -- dont le chef -- est un avantage déterminant. Qui plus est, c'est la campagne de Mario Dumont que les francophones trouvent la plus impressionnante. Il n'est plus qu'à quatre points du PQ. S'il fallait...
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mdavid@ledevoir.com


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