RONA: Michael Sabia a-t-il eu le feu vert de Québec?

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Michael Sabia, créature des Desmarais


Ne cherchons pas midi à quatorze heures. C’est Michael Sabia, le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a ultimement permis à la multinationale américaine Lowe’s de mettre le grappin sur RONA en 2016 pour la somme de 3,2 milliards de dollars.


La vente de RONA à Lowe’s s’est conclue lorsque M. Sabia a décidé de céder « son » bloc d’actions, et ce, avant le dévoilement de l’offre de Lowe’s, le 3 février 2016.


Les dirigeants de Lowe’s voulaient absolument avoir l’aval de la Caisse avant de lancer leur OPA (offre publique d’achat) sur RONA.


Pourquoi tenaient-ils à obtenir l’accord de la Caisse ? Parce que la Caisse était le principal actionnaire de RONA et qu’en conséquence, Lowe’s voulait éviter de devoir se battre à nouveau sur la place publique contre un possible refus de la Caisse de céder son bloc d’actions.


En 2012


On se rappelle qu’en 2012, Lowe’s avait retiré sa première tentative d’OPA à la suite de la guerre de tranchées que la Caisse et Investissement Québec lui livraient après avoir acquis de gros blocs d’actions de RONA pour bloquer l’offre de Lowe’s.


Dans leur combat contre Lowe’s, nos deux sociétés d’État étaient appuyées à l’époque par le gouvernement de Jean Charest, dont son combatif ministre des Finances, Raymond Bachand.


Le Fonds de solidarité de la FTQ, qui détenait 3,5 % des actions de RONA, faisait également partie de la lutte pour protéger RONA contre l’OPA de Lowe’s.


En 2016


Sous le gouvernement Couillard, la donne change.


Après avoir liquidé en 2014 son bloc d’actions de RONA, Investissement Québec (IQ) n’était plus dans le portrait lors de l’OPA de 2016. Mais fait important à noter, Le Journal révélait hier que le ministre responsable à l’époque d’IQ, feu Jacques Daoust, n’était pas d’accord avec cette vente des actions de RONA, laquelle vente avait été effectuée dans son dos.


Cela dit, la Caisse, elle, avait conservé son imposant bloc de 18,2 millions d’actions de RONA, soit 17 % des actions en circulation. Et elle restait par le fait même le principal actionnaire de RONA. Lowe’s ne voulait donc pas prendre le risque de se mettre à nouveau la Caisse à dos.


L’approche de Sabia


Le 12 janvier 2016, soit trois semaines avant l’annonce de l’OPA, la firme Norton Rose (pour le compte de Lowe’s) communiquait avec la Caisse pour l’informer que « Lowe’s voulait obtenir son aval à l’égard de l’opération proposée puisque la Caisse était le plus important actionnaire » de RONA.


Le lendemain 13 janvier, la Caisse acceptait de conclure avec Lowe’s « une lettre d’accord reconnaissant qu’elle acceptait d’être liée par les modalités de l’entente de confidentialité entre RONA et Lowe’s », concernant l’opération en question.


Que s’est-il passé par la suite ? La réponse se retrouve dans le plan d’arrangement entre Lowe’s et RONA qui a été rendu public :


« Entre le 13 janvier 2016 et le 2 février 2016, M. Chevrier (président de RONA) et M. Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse, ont discuté à plusieurs reprises des conditions, au terme desquelles la Caisse serait prête à appuyer l’opération proposée, et le 2 février 2016, des représentants de la Caisse ont fait savoir qu’ils seraient prêts à publier un communiqué de presse appuyant l’opération une fois que celle-ci aurait été annoncée. »


Et dès l’annonce de l’OPA, le 3 février, la Caisse publiait en effet un communiqué pour dire qu’elle « appuie l’opération » de l’OPA.


Cela dit, il serait surprenant que Michael Sabia ait donné son feu vert à l’OPA sans en avoir discuté au préalable avec le gouvernement Couillard, que ce soit avec le bureau du premier ministre, ou de la ministre de l’Économie Dominique Anglade, ou de feu Jacques Daoust !