Rôle de l'Épiscopat vénézuelien dans la crise que vit le pays

26c3ca5dc5ec602dd909c4d5c1b0ec1e

La hantise du communisme et du marxisme








Si nous nous en tenions à ce que notre presse officielle nous raconte
sur le Venezuela, nous en serions à n’y voir qu’un dictateur sanguinaire, qui
prend plaisir à faire souffrir son peuple en le privant de nourriture et de
médicaments. Un peuple, finalement, au plus bas de la misère humaine, avec des
ressources en pétrole et en minerais comme pas un au monde. Qui, devant un tel
tableau, ne crierait pas au scandale et à une intervention de la communauté
internationale pour mettre fin à un tel génocide. Déjà les États-Unis, ces
gardiens fiables du respect des droits des personnes et des peuples dans le
monde se disent prêts à une intervention militaire si nécessaire. Nous savons
ce dont ils sont capables de faire: l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine en
sont de bons exemples. Avec des bombardements humanitaires, ils ont fait plus d’un
million de morts en Irak, des centaines de milliers en Libye et tout autant ou
sinon plus en Syrie.





MAIS QU’EN EST-IL VRAIMENT ?





Le Venezuela vit sous un régime de droit démocratique à laquelle sont
invités à participer toutes les composantes de la société. Il est un des rares
pays de s’être donné une constitution en y faisant participer des représentants
de tous les milieux. En 1999, cette Constitution était validée par un vote
référendaire majoritaire. Sa particularité est qu’elle définit  sa révolution dans le cadre d’un projet où la
démocratie représentative, propre au néolibéralisme, est caractérisée par une démocratie participative à l’intérieur de
laquelle le pouvoir du peuple a toujours un espace pour faire valoir son point
de vue. Par exemple, le peuple, moyennant certaines conditions prévues à la
Constitution, peut décider d’un référendum
révocatoire
pour déloger un président 
ou n’importe quelle personne en autorité, s’il le juge nécessaire. Cette
révolution se définit également dans le cadre d’un socialisme du XXI, inspiré des valeurs de Bolivar, le père de
l’indépendance, et d’un humanisme qui rejoint sous bien des aspects la doctrine
sociale de l’Église. Il s’agit également d’une révolution anti-impérialiste au sens ou le peuple et l’État sont souverains et
n’ont de compte à rendre à aucun autre État qui se réclamerait de sa
supériorité pour en faire un vassal.









Dans pareil contexte, pas surprenant que ceux qui ont toujours considéré
l’Amérique latine et les Caraïbes comme
leur Cour arrière
l’aient mal pris, d’autant plus que le Venezuela regorge
de pétrole, comme pas un pays au monde, et de riches minerais, dont l’or, en
grande quantité. Cette révolution s’est amorcée par des élections libres,
réalisées en 1998, lesquelles ont porté au pouvoir le charismatique Hugo
Chavez. Dès le départ de ce nouveau règne, les forces de l’empire, jointes à
celles des oligarchies nationales et de l’épiscopat vénézuélien, font front
commun pour faire de cette révolution un échec, de quoi faire réfléchir les
autres peuples à ne pas aller dans cette direction.





En avril 2002, il y eut un coup
d’État militaire
qui n’aura duré que quelques heures, le temps que le peuple
et une partie de l’armée, restée fidèle au Président, se mobilisent
spontanément pour venir à la rescousse de leur Président et pour y chasser les
envahisseurs complotistes au milieu desquels se trouvait le cardinal de
l’époque. Il y a eu, en 2004, un
référendum révocatoire
contre Chavez que ce dernier a gagné haut la main.
L’offensive des adversaires a maintenu la pression avec des sabotages
orchestrés pour affecter sérieusement l’industrie pétrolière et l’économie dans
son ensemble. 





Le 5 mars 2013, Chavez meurt
d’un cancer
dont l’origine criminelle nous sera révélée un jour. On pensait
qu’avec la mort de Chavez tout allait s’écrouler et que la vie normale de
l’Empire allait reprendre ses fonctions de grand patron, mais tel ne fut pas le
cas. C’était ignorer le peuple vénézuélien et son niveau de conscience sociale,
politique, économique et militaire.





En novembre 2013, des élections à la présidence ont lieu et tout fut mis
par les forces de l’opposition pour que le candidat de la révolution ne puisse
gagner. Malheureusement pour eux, 
Nicolas Maduro, candidat suggéré par Chavez, avant sa mort, a gagné
cette élection avec 200 000 voix de plus que son adversaire, un certain Henrique
Capriles
, bien connu pour ses interventions criminelles à l’ambassade de
Cuba, lors du coup d’État militaire de 2002. Il est également reconnu pour être
un homme clef de Washington.










Celui que les médias officiels de l’Empire
appellent le dictateur, n’est autre que ce
Nicolas Maduro Moros, né un 23 novembre 1962 à Caracas,
ancien chauffeur de bus puis leader syndical, il fut secrétaire d’État pour les
relations extérieures sous la gouvernance de Chavez.  Il fut élu président, conformément
aux dispositions de la constitution, par le peuple pour présider les
destinées du Venezuela jusqu’en 2019. Inutile de dire que lui, pas plus que
Chavez, n’a connu de répit. Il est vite
devenu l’homme à abattre
. Ce fut la mise en place d’une guerre économique,
comme seul l’empire sait les préparer, en vue d’affecter directement les
secteurs les plus démunis et une partie importante de la classe moyenne. L’objectif
est de créer le plus de mécontentement dans la population par ces mesures de
rationnement, en nourriture et en médicaments, voulues et planifiées par les
forces de l’opposition dans le but d’en rendre responsable le gouvernement et
de créer ainsi le rejet de cette révolution qui se révèle être un grand échec.
Les médias s’acharnent à relever ces  files d’attente insupportables et à en accuser
le gouvernement de crimes contre le droit des personnes à une alimentation
saine. Il faut dire qu’au Venezuela, les médias privés de communication sont
nombreux et bien encadrés par les oligarchies locales. À ce climat de désespérassions,
 les forces de l’opposition ont ajouté
des actes de violence que l’on présentait au national et à l’international
comme étant des soulèvements du peuple qui n’en pouvait plus de cette
révolution.






En 2015, il y a eu des élections législatives qui, pour une fois, assurèrent la majorité à des députés  de l’opposition. Contre mauvaise fortune,
le gouvernement fit bon cœur et accepta sans questionnement les résultats de
l’élection. Toutefois, les choses se gâtèrent lorsque le nouveau président de
l’Assemblée nationale, Ramon Allup, déclara dès ses premiers mots que le sort
de l’actuel président était décidé et qu’il
ne serait plus là dans six mois.
Une manière offensante de s’arroger un
pouvoir qui n’appartient d’aucune manière à l’Assemblée nationale. Entre temps,
le Conseil national électoral (CNE) a identifié trois députés, de la banquette
de l’opposition, ayant été élus frauduleusement. Le tribunal suprême de justice
(TSJ) ordonna la mise en place des dispositions nécessaires pour procéder à de
nouvelles élections pour remplacer ces trois députés, élus
frauduleusement. Plutôt que de donner suite à cette décision du plus haut
tribunal du pays, le président de la l’Assemblée nationale,
assermenta ces trois députés
n’y ayant pas droit. Ce fut par la suite  la procédure pour un référendum révocatoire
qui n’aboutit tout simplement pas pour des motifs d’irrégularités. De cette
manière, la majorité de l’AN se plaçait hors la loi et rendait inopérantes les
décisions qu’elle pouvait prendre. Il faut dire que cette situation entraîna de
nombreux autres problèmes. Le message de l’opposition a toujours été que le
gouvernement était responsable de tout, que Maduro contrôlait le TSP, le
CNE  et qu’il ne reconnaissait pas le
pouvoir de l’A.N.





En avril dernier, plus
de trois millions
de Vénézuéliens et Vénézuéliennes se sont regroupés
dans les rues de Caracas pour apporter tout leur soutien au président Maduro et
lui rappeler que le peuple était avec lui.Il faut dire qu’à ce moment le
président Maduro faisait l’objet de critiques sévères à l’interne comme à
l’externe et que des actions violentes, financées à même l’opposition, dirigée
depuis Washington, avaient commencé à faire passablement de dommage.  Pour remédier à cette situation de violence,
le Président, invoquant les dispositions de Constitution, décide, le 1er
mai,  de convoquer une Assemblée
nationale  constituante
dans le but
de mettre un terme à cette violence. Le 30 juillet, seront jour d’élection de
cette ANC qui comprendra 545 personnes, lesquelles disposeront d’un pouvoir plénipotentiaire
sur tous les autres pouvoirs.





L’Épiscopat
vénézuélien
a été un des premiers à dire qu’il ne reconnaîtrait pas cette
ANC, suivi de près par l’opposition. Pendant que les forces gouvernementales
mobilisaient  les divers secteurs de la
société pour donner forme à cette ANC, la violence, fomentée par l’opposition,
allait en s’accentuant.





Plus de 50 000 personnes présentèrent leur intérêt à participer, comme
représentantes à cette ANC. Sur ce nombre près de 6 000 candidats purent remplir,
à temps, les formulaires requis. Le 30 juillet, l’élection s’est réalisée en
dépit de tous les efforts déployés par l’opposition et ses alliés nationaux et
internationaux pour que cette élection ne puisse se réaliser. Plus de 8 089 023
Vénézuéliens et Vénézuéliennes parvinrent aux urnes pour y déposer leur
bulletin de vote. Des milliers ont dû traverser montagnes, rivières, vaincre la
pluie et faire la file pendant des heures. Un moment magique d’un peuple qui
marche debout, la tête haute, le cœur gonflé pour sa révolution et sa
démocratie, clairement exprimée dans cette ANC plénipotentiaire.  Je vous laisse sur la déclaration de
l’épiscopat vénézuélien à l’annonce de cette convocation.










 ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE DU VENEZUELA


30 JUILLET 2017





Il importe de signaler, ici, que ceux qui se proclament démocratiques
ont tout fait, en ce jour, pour que le peuple ne puisse aller voter. Des
milliers de témoignages ont été recueillis de personnes dont on  a menacé de brûler leur maison, de tuer leurs
enfants.  En somme, des choses incroyables.
Ce sont ces mêmes personnes qui diffusent mondialement le portrait du Venezuela
que je vous ai tracé dans le premier paragraphe de cet article. Mentir,
manipuler, menacer, font partie de la morale de ces gens.





C’est triste à dire, mais l’épiscopat vénézuélien fait partie de ces
mensonges, de cette manipulation, de ces menaces et s’il y a guerre il fera
partie de cette guerre.  L’opposition a
beau jeu avec cet épiscopat de la bouche duquel ne sortira rien de négatif à
son endroit. Il ne relèvera jamais la violence, les mensonges, les tricheries
de cette dernière. Dans ses déclarations, il s’applique à rendre responsable le
gouvernement de Maduro de tous les maux dont souffre le pays. IIl s’agit d’un
épiscopat qui peut compter sur le Secrétaire général de l’État du Vatican, le
cardinal Pietro Parolin, ex-Nonce apostolique du Venezuela.





Cette alliance des intérêts du Vatican avec les intérêts de Washington
peut se comprendre dans le cadre de deux Pactes qui les unissent l’un à
l’autre.  Pour le Vatican, en la personne
de Pietro Parolin, et pour l’épiscopat vénézuélien, il s’agit d’une lutte à
finir contre le communisme et le marxisme qu’ils continuent de voir dans toutes
les révolutions sociales.  Pour
Washington, il s’agit d’une reprise du pouvoir perdu sur l’État vénézuélien et
ses richesses. L’épiscopat et le Vatican, en voulant se débarrasser du soi-disant
communisme marxiste, deviennent un allié de première main de Washington pour soutenir
le capitalisme sauvage dont parle le pape François dans son Exhortation
apostolique Evangelii Gaudium. Une autre des grandes contradictions d’une
Église demeurée accrochée au siècle dernier pour les uns et déjà engagée dans
le  XXIe siècle pour les autres.





Je vous laisse avec un texte portant sur ces deux pactes secrets du Vatican avec Washington.









Mon point de vue est que l’Église, l’authentique Église n’est plus avec
ces hiérarchies ecclésiales, transformées en complices de pouvoirs que
dénoncent les Évangiles et la Doctrine sociale de l’Église. En Amérique latine,
aucun coup d’État ne serait possible si l’Église s’y opposait avec fermeté. Ce
n’est évidemment pas le cas, Washington le sait et les peuples comptent de
moins en moins sur cette Église contaminée par le pouvoir. Il retrouve en lui
une Église vivante et confiante pour mener à bien sa destinée.





Pour ceux et celles qui se débrouillent en espagnol,  je recommande deux liens sur internet qui vous
ouvrent les portes au Venezuela à deux centres de nouvelles télévisuelles qui
vous diront ce que nos médias ne nous disent pas.












Oscar Fortin


Le 12 juillet 2017










Featured c993614705e847e0187b4837f6836df0

Oscar Fortin292 articles

  • 193 260

citoyen du Québec et du monde

Formation en Science Politique et en théologie. Expérience de travail en relations et coopération internationales ainsi que dans les milieux populaires. Actuellement retraité et sans cesse interpellé par tout ce qui peut rendre nos sociétés plus humaines.





Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé