Réveil passager ou reprise en main du destin des francophones?

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Il y a encore des gens pour s'indigner de l'hostilité des Anglais à notre endroit


La crise linguistique ontarienne fait comprendre que le compromis linguistique canadien est bien fragile. On peut y voir les influences d’un populisme ambiant qui favorise l’expression publique de réflexes qu’on pouvait penser morts mais qu’il est maintenant perçu légitime de ressusciter et d’exprimer à haute voix. Au nom d’une certaine vision d’un monde uniforme, lisse, à pensée unique, souvent sous prétexte économique, on s’attaque à des droits consentis à divers groupes minoritaires. L’air du temps semble encourager l’uniformisation linguistique, le pouvoir du majoritaire, du plus riche, du plus fort en gueule…


On croyait les minorités francophones ou acadiennes assoupies, plus ou moins résignées, sinon satisfaites de leur sort. Les francophones ontariens nous démontrent le contraire. Les Acadiens ont également de plus en plus de raisons d’être inquiets et craignent des coupes de services.


Quant au Québec, il se complaît dans sa « sécurité linguistique » ; le dossier de la langue française a glissé sous le tapis et à peu près rien de ce qui concerne la valorisation de la langue française, dans son usage ou dans sa forme, n’a vraiment fait l’objet des préoccupations gouvernementales au cours des dernières années.


Par ailleurs, il est assez stupéfiant de constater le silence quasi généralisé de la grande presse anglophone canadienne au cours des dernières semaines quand on pense à son indignation tonitruante en réaction à des événements aussi insignifiants que l’épisode du Pastagate ou du Bonjour-Hi.


J’ai rencontré à de nombreuses reprises des membres des communautés francophones et acadiennes. J’ai aussi eu le privilège de remettre l’Ordre des francophones d’Amérique à plusieurs d’entre eux. J’en revois aujourd’hui plusieurs sur diverses tribunes, plus convaincus que jamais de la nécessité de reprendre le combat. Je connais également quelques-uns des principaux artisans de l’Université de l’Ontario français et je sais qu’ils ne laisseront pas aller le morceau facilement, dussent-ils recourir aux tribunaux.


Ce qui me semble tout aussi important, c’est de voir que les jeunes francophones ontariens reprennent le flambeau et manifestent leur volonté de faire leur vie en français.


Comment peut-on enlever des pouvoirs au Commissariat aux services en français de l’Ontario quand on sait qu’il s’adresse à plus de 600 000 citoyens ? Je rappelle par ailleurs que le Québec a créé en novembre 2017 un Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise relevant du ministère du Conseil exécutif pour mieux protéger sa minorité linguistique, autrement mieux lotie que la minorité francophone de l’Ontario.


Comment peut-on abolir l’Université de l’Ontario français ? C’est nier l’importance d’offrir une formation post-secondaire en français à une communauté qui y travaille depuis des décennies et qui y a droit. L’UOF propose des formations originales et innovantes et elle est la seule université francophone de la région la plus peuplée de l’Ontario. Elle offre un environnement universitaire et culturel en langue française unique ; les universités bilingues ne peuvent le faire. Je n’insiste pas sur la comparaison avec l’offre de formation universitaire en langue anglaise au Québec.


Bref, ce que vit la francophonie ontarienne est un signal d’alarme pour l’ensemble de la francophonie canadienne. Le gouvernement du Québec a enfin exprimé clairement son appui aux francophones ontariens. Le gouvernement canadien l’a fait tout aussi fermement en confirmant son soutien à la mise en place de l’UOF ; il reste à voir la suite des événements.


La politique du chacun pour soi n’est plus acceptable. Quoi qu’il advienne, il faut saisir l’occasion de rétablir de nouveaux liens entre les francophones de tous les coins du Canada et mettre en place des modes de collaboration respectueux des intérêts de toutes nos communautés. C’est l’ensemble de la francophonie canadienne et la Francophonie tout court qui en profiteront.