Religion à la garderie - Les girouettes

Garderies à vocation religieuse



Quel spectacle d'incohérence que celui offert cette semaine par le gouvernement Charest! En l'espace de 24 heures, l'enseignement de la religion dans les services de garde est passé de la normalité à l'inacceptable, et ce, dans la bouche du même ministre de la Famille, Tony Tomassi.


Mardi, pendant que celui-ci offrait une défense cotonneuse à l'existence des garderies subventionnées à vocation religieuse, sa collègue de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, se disait quant à elle «intraitable» sur l'interdiction de porter le niqab au collège. Deux acteurs d'un même gouvernement offrant un fascinant contraste: l'une, farouchement dérangée par le port du foulard islamique dans un cours de francisation — une fermeté que l'on salue, d'ailleurs; l'autre, au nom du respect des «valeurs familiales», indifférent au germe du prosélytisme à la garderie!
On le sait, M. Tomassi a changé son fusil d'épaule hier matin. Après avoir mené quelque élémentaire recherche, il a constaté qu'au moins une vingtaine de ces services de garde subventionnés offraient l'enseignement religieux en sus du programme éducatif prévu par le ministère. Il décrète que ce ne sera plus possible. Désintéressé la veille, il devient soudain inflexible. S'il veut aller au bout de sa logique, il doit clarifier la loi. La place de la religion à la garderie, dans une société qui vient à peine de déconfessionnaliser son réseau scolaire, est une pure aberration.
Une fois de plus, il n'y a pas de cohésion de la part de ce gouvernement dans des dossiers qui appellent, de toutes leurs voix et de manière urgente, la clarification des termes de la société québécoise laïque. Ceux qui s'obstinent à ne pas préciser ces termes ne peuvent plus prétexter la nouveauté et l'inédit: n'est-ce pas ce gouvernement qui a lui-même tenté de calmer le jeu en créant la commission Bouchard-Taylor en 2007? Depuis la tombée de leur rapport, dont la demande d'un livre blanc sur la laïcité a été spectaculairement ignorée, Québec patauge dans ce marécage comme un gouvernement novice. Les médias sonnent l'alarme, les girouettes ministérielles tournent au vent. Cela n'a même plus l'heur de divertir. C'est plutôt embarrassant.
Quel brouillard! Comment se fait-il que le ministère de l'Éducation, qui a entrepris de faire respecter son régime pédagogique par certaines écoles religieuses récalcitrantes, n'a pas pensé aller fureter du côté des garderies, qu'on dit le prélude à l'école?
C'est Jean Charest lui-même qui, dans son autobiographie publiée en 1998, avant son premier mandat de premier ministre, commentait la capacité des gouvernements à mener leur barque. «S'il y a une chose qui me fait frémir, c'est quand j'entends des gens dire: "Après tout, c'est le gouvernement, ils doivent savoir ce qu'ils font." Il ne faut jamais présumer qu'ils savent ce qu'ils font.»
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machouinard@ledevoir.com


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