CENTRE CANADIEN DE POLITIQUES ALTERNATIVES

Qui a peur des déficits d’Ottawa?

Le gouvernement pourrait dépenser plus pour stimuler la croissance, imposer davantage les riches et réduire les inégalités, dit le groupe

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Ce qui fait vraiment peur, c'est qu'ils seront beaucoup plus élevés que prévu

Un déficit de 38 milliards l’an prochain, plutôt que les 28 milliards attendus, accompagné du plan budgétaire approprié permettrait à Ottawa de stimuler la croissance, de sortir 1,1 million de Canadiens de la pauvreté, de réduire les inégalités et d’accélérer un virage vert dans l’économie sans pour autant augmenter le poids relatif de la dette, affirme le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

« Il ne faut pas laisser le concept des déficits fédéraux, même relativement importants, nous effrayer et nous empêcher d’effectuer des investissements des plus nécessaires au Canada », a déclaré la semaine dernière l’économiste principal de l’organisme de recherche de gauche, David Macdonald, au moment de dévoiler pour une vingt et unième fois un « plan économique progressiste détaillé » en prévision d’un budget fédéral. Le document de 186 pages « illustre comment des dépenses bien structurées font plus que compenser tout endettement supplémentaire en renforçant l’économie », a-t-il fait valoir.

Au registre des dépenses, on propose par exemple d’augmenter de 9 milliards les transferts destinés aux ménages aux revenus les plus modestes, d’adopter une prestation pour enfant de 3,4 milliards, d’abolir avec les provinces les droits de scolarité à l’université pour 3,4 milliards à Ottawa, d’ajouter de nouvelles places en soins de longue durée pour 2,3 milliards et de fixer un seuil uniforme de 360 heures de travail pour être admissible à l’assurance-emploi (1,2 milliard).

Du côté des revenus, on recommande d’augmenter les impôts des 5 % les plus riches et d’avoir un impôt sur les successions de plus de 5 millions (+ 6 milliards), de ramener l’impôt des entreprises à son niveau de 2006 (c’est-à-dire à 21 % plutôt que 15 % pour un gain de 9 milliards), et d’instaurer une taxe « Robin des bois » sur les transactions financières (5 milliards).

Pour encourager le virage vert, le CCPA voudrait qu’Ottawa s’assure que tout le monde au pays ait à payer une taxe sur le carbone qui passerait de 30 $ à 50 $ la tonne en cinq ans (18 milliards). Les recettes de cette taxe seraient reversées à parts égales pour compenser ses effets sur les familles à faibles revenus et pour financer le développement d’infrastructures vertes.

Cinq années de déficits

Un tel plan permettrait d’ajouter 1,5 point de pourcentage de croissance dès cette année et 1 point l’année suivante, affirme le CCPA. Le déficit budgétaire augmenterait aussi pour atteindre 38 milliards cette année, 31 milliards l’année prochaine et 24 milliards à la troisième année. L’un dans l’autre, le poids de la dette se maintiendrait aux alentours du niveau actuel de 31 % du produit intérieur brut.

Dans sa dernière mise à jour économique, le ministre des Finances, Bill Morneau, a indiqué le mois dernier que le simple ralentissement économique risquait de porter cette année le déficit budgétaire à 18,4 milliards. Durant la campagne électorale, les libéraux ont par ailleurs fait miroiter des mesures de relance d’environ 10 milliards qui s’ajouteraient à cette somme pour un total d’un peu plus de 28 milliards.

Au rythme où vont les choses dans l’économie, et s’il faut se fier aux promesses électorales du gouvernement Trudeau, il est à prévoir que le déficit budgétaire fédéral se maintiendra à environ 30 milliards par an durant les cinq prochaines années pour un déficit cumulatif de 150 milliards, a prédit la Banque TD il y a deux semaines.
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