Quel est le problème?

Est-ce uniquement un manque de ressources qui empêche l'OQLF de jouer pleinement son rôle ou le problème est-il inscrit dans sa nature même?

La langue - un état des lieux

«L'Office de la langue française est débordé», titrait La Presse hier. Le porte-parole de l'OQLF, Gérard Paquette reconnaît qu'il n'a pas les moyens de faire respecter les dispositions de la loi 101, notamment dans les petits commerces de la métropole.
À l'entendre, les quatre inspecteurs qui doivent couvrir l'ensemble du Québec sont débordés. Huit postes ont été abolis depuis deux ans. Alors que les plaintes se multiplient, de moins en moins d'amendes sont imposées aux entreprises fautives.
Assez curieusement, le 13 juin dernier, la présidente de l'OQLF, France Boucher, avait assuré en commission parlementaire que quatre inspecteurs suffisaient amplement à la tâche. Qui dit vrai?
Selon M. Paquette, l'OQLF aurait également de la difficulté à vérifier où en sont les entreprises auxquelles la loi impose d'obtenir un certificat de francisation. «La réalité de 2008 est bien différente. La mondialisation pose de nouveaux défis», explique-t-il. Sans doute, mais le phénomène ne date tout de même pas du mois dernier.
Manifestement ignorante de cette nouvelle réalité, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, déclarait à la mi-janvier: «Les outils sont là. Les budgets ont toujours augmenté.» Puisque Mme Boucher le disait...
Maintenant qu'un comité du PLQ vient de découvrir que la langue est redevenue une question politiquement délicate, elle promet «plus d'effectifs et plus de ressources». Puisque M. Paquette dit qu'il en manque...
Est-ce uniquement un manque de ressources qui empêche l'OQLF de jouer pleinement son rôle ou le problème est-il inscrit dans sa nature même? Tant qu'à y être, Mme St-Pierre devrait réfléchir à la situation de conflit d'intérêts dans laquelle ses multiples fonctions peuvent placer l'OQLF, comme l'a bien illustré sa fameuse «étude» sur la langue d'accueil et de service dans les commerces du centre-ville.
Il est assez curieux de mener simultanément deux opérations à la finalité aussi différente qu'une enquête et une campagne de promotion. L'OQLF est également chargé de traiter les plaintes qui pourraient être portées contre les commerces où il a déjà enquêté, ce qui implique de porter un jugement sur son propre travail d'évaluation.
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C'est le rapport de la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, présidée par Gérald Larose, qui avait recommandé en août 2001 la fusion des quatre organismes créés par la loi 101.
Il s'agissait de créer un «organisme stratège et moteur» qui assurerait une «grande unité dans la stratégie et les interventions qui en découlent». Toutes les ressources humaines et financières consacrées au soutien de la politique linguistique devaient y être affectées.
Quand le gouvernement Landry a décidé de donner suite à cette recommandation, plusieurs ont dénoncé ce retour à la situation antérieure à la loi 101, alors que l'Office de la langue française (OLF) cumulait les fonctions de conseil et de traitement des plaintes tout en étant responsable de la francisation. Il ne fallait surtout pas répéter l'erreur de créer un organisme qui serait à la fois juge et partie. Et pourtant...
Devant les pressions, la ministre responsable, Diane Lemieux, a finalement épargné le Conseil de la langue française (CLF), mais l'essentiel de ses attributions et de ses ressources ont été transférées au nouvel Office québécois de la langue française (OQLF). Dans les circonstances, affubler le Conseil du qualificatif «supérieur» avait l'air d'une mauvaise blague.
En 1997, sous les pressions des militants péquistes, Lucien Bouchard s'était résigné à contrecoeur au rétablissement de la Commission de la protection de la langue française, que le gouvernement Bourassa avait abolie en 1993. À l'époque, M. Bouchard voulait tendre la main à la communauté anglophone et la «police de la langue» constituait un irritant de taille.
La recommandation de la commission Larose avait offert une belle occasion de se débarrasser d'un organisme qui avait valu au PQ une réputation d'intolérance, voire de racisme, que certains commençaient à trouver lourde à porter.
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C'est peut-être beaucoup lui demander, mais Mme St-Pierre pourrait également s'intéresser aux qualifications de ceux qui ont le mandat de la conseiller. La nomination au Conseil supérieur de la langue française (CSLF) de la directrice du Quebec Community Group Network (QCGN), qui a pris la relève de la défunte Alliance Québec, contrevient à tout le moins à l'esprit du code d'éthique du conseil, qui stipule que ses membres doivent agir «indépendamment de tout groupe de pression».
Au bureau de la ministre, on ne veut voir que les qualités personnelles de Sylvia Martin-Laforge, que personne ne met d'ailleurs en cause. Il saute pourtant aux yeux qu'elle risque de se retrouver dans une situation de conflit d'intérêts. L'attitude de la communauté anglophone a indéniablement une incidence sur la situation du français au Québec, mais comment peut-on diriger un organisme voué à la promotion du bilinguisme institutionnel tout en prétendant favoriser l'usage du français dans toutes les sphères d'activité? Qui aurait eu l'idée d'offrir un siège à Bill Johnston?
Le président du Mouvement Montréal français (MMF), Mario Beaulieu, a dénoncé la «façon nébuleuse» dont le gouvernement a agi. Les membres sortants du CSFL n'auraient pas été avisés du moment exact où leur mandat prenait fin et n'ont reçu aucun remerciement pour y avoir siégé cinq ans à titre bénévole. «Cela démontre que les organismes de la loi 101 n'ont plus aucune indépendance vis-à-vis du politique», en conclut-il.
M. Beaulieu peut parler en connaissance de cause puisqu'il siégeait lui-même au CSFL. À l'époque, il ne semblait voir aucune incompatibilité avec ses fonctions au MMF ou à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, dont il est le vice-président. Soit, leurs objectifs sont différents de ceux du QCGN, mais il s'agit aussi de groupes de pression.
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mdavid@ledevoir.com


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