Quand un politicien n’est pas cru, il est cuit!

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Une entrée politique totalement ratée


Le coloré chroniqueur Jean Lapierre avait de ces formules qui faisaient son charme, et ce titre en est une. Il n’a pas été le premier à faire usage de cet adage qui, en politique, s’avère bien réel.


Vincent Marissal


Regardons le cas de Vincent Marissal. Il a finalement admis hier qu’il avait menti à son entrée en politique. Il explique le tout par sa surprise d’avoir été tant questionné et critiqué suite à son annonce d’entrée en politique.


Venant d’un chroniqueur politique qui connaît le beat mieux que quiconque, cette « surprise » surprend! Surtout que Marissal lui-même n’hésitait pas à lancer des « attaques ».


Novembre 2014, l’ex-chroniqueur de La Presse accusait Pierre Karl Péladeau de se « prostituer intellectuellement » afin de se « converger » jusqu’à la chefferie du PQ...


Et il aurait fallu que les journalistes et chroniqueurs soient complaisants envers lui? Marissal a été secoué lors de son entrevue avec Mike Finnerty, l’animateur de l’émission Daybreak à la radio de la CBC à Montréal, justement parce qu’il a été placé, sans complaisance, devant ses contradictions et ses mensonges.


Aujourd’hui, son parti souhaite que sa contrition fasse oublier sa catastrophique entrée en politique. Son ex-collègue Yves Boisvert aussi. Sur twitter il implorait hier que l'on «passe à autre chose». Venant de quelqu'un qui a fait pas mal de millage sur «les invités de Justin Trudeau» afin d'attaquer le chef du PQ pendant une bonne semaine, ça fait sourire.


Je doute que cela ne fonctionne. Et c’est Mike Finnerty lors de l’entrevue ici mentionnée qui a le mieux résumé pourquoi.


Car le fonds de commerce de Québec solidaire c’est qu’il s’agit d’un parti de convictions. Et c’est là que l’animateur Finnerty a scié les jambes de Marissal en entrevue :


«Québec solidaire est un parti de principes et l’un de ces principes est l’adhésion à l’indépendance. Comment pouvez-vous concilier ces principes avec le fait que vous cherchiez tout récemment à joindre le PLC, même le bureau du premier ministre du Canada?»


Et à cette question-là, Marissal n’a jamais encore été en mesure de répondre convenablement. Il disait hier « n’avoir à l’évidence pas beaucoup de convictions fédéralistes »... Bullshit comme disait son ex-collègue. Assez en tout cas pour revenir à la charge trois fois auprès du PLC.


Ce n’est pas un menu détail. Et cela ternira sa campagne durablement, car il en va des principes de base de la formation politique dont il a fait son prix de consolation.



PHOTO DIDIER DEBUSSCHÈRE


Philippe Couillard


Le cas du premier ministre Philippe Couillard est différent. On apprenait hier que son ex-vedette économique Jacques Daoust aurait, avant de trépasser, vidé son sac sur les tractations qui ont mené à la vente de Rona. L’ex-ministre aurait refusé de mentir, victime des manigances du chef de cabinet de Philippe Couillard.


Dans son texte de ce matin, le chroniqueur Michel David du Devoir explique de façon convaincante pourquoi il ne faut pas croire le premier ministre dans ce dossier :


« M. Daoust avait sans doute ses défauts, mais il n’était pas tombé de la dernière pluie. Il était peut-être un novice en politique, mais il était un vétéran de l’administration publique et connaissait parfaitement la ligne d’autorité au sein du gouvernement.


Si son propre chef de cabinet, Pierre Ouellet, s’est senti autorisé à donner le « OK » à Investissement Québec pour la vente de Rona, alors que lui-même s’y opposait, c’est qu’il avait consulté son véritable patron, c’est-à-dire le chef de cabinet du premier ministre, Jean-Louis Dufresne. Encore aujourd’hui, M. Couillard soutient que personne à son bureau n’était au courant de cette transaction, mais cela est tout simplement inconcevable. »


Ce n’est pas la première fois que la version avancée par le premier ministre pour se défendre de son passé éthique douteux ou d’une situation fâcheuse est « inconcevable ». Plus d’une fois, Philippe Couillard, pressé de questions, a été contraint de tonner son impatience...



« Ça suffit! Ça suffit! »


Cela expliquera en partie pourquoi le premier ministre est si impopulaire au sein de l’électorat francophone. Son parti étant dans un creux historique. La population du Québec a beaucoup de difficulté à le croire. À le croire lui, à croire son parti.


Il lui reste l’électorat non francophone, plus perméable aux dérives de la gouvernance libérale.


Vincent Marissal et Philippe Couillard ne sont pas les premiers politiciens à mentir, c’est l’évidence. Toutefois, à un moment où le cynisme politique est si élevé, la population aura raison d’être à bout de patience de ceux qui tentent ainsi de la mener en bateau en pensant que cela passera comme du beurre dans la poêle.


Le mot de la fin au philosophe Nietzsche...


« Ce qui me bouleverse, ce n'est pas que tu m'aies menti, c'est que désormais, je ne pourrai plus te croire. »