La CDPQ en difficulté

Privatiser Hydro-Québec pour renflouer la Caisse?

Le hasard fait bien les choses!

Chronique de Louis Lapointe

Pas besoin d’avoir un doctorat en économie pour comprendre qu’une dette hypothécaire à long terme de 30 ans ne peut garantir un placement à court terme, c’est la première chose qu’apprennent les étudiants en finance. Pourtant, la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ) s’est lancée dans cette aventure risquée avec l’argent des contribuables. Elle a investi 13 milliards$ de nos économies dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA). Non seulement les comités de gouvernance et d’éthique inventés pour nous prémunir contre la bêtise n’y ont rien changé, mais en plus les dirigeants responsables de cette stratégie de placement ont été promus à des postes à la tête de la Caisse et de Power.
Cette mauvaise transaction aurait significativement contribué au trou de 38 milliards$ dans le bas de laine des Québécois, l'ultime responsable de ce fiasco étant maintenant vice-président du conseil de Power. Les amateurs de politique-fiction penseront probablement qu’il a été récompensé pour avoir plombé l’un des deux principaux vaisseaux amiraux du Québec ?
Sinon, pourquoi voudrait-on recruter un aussi mauvais gestionnaire de risque que l’était Henri-Paul Rousseau en lui confiant la vice-présidence du conseil de Power? Pourquoi son successeur a-t-il fait un burn-out aussi rapidement, quelques mois à peine après avoir accédé à la présidence de la Caisse ?
Je m’interroge sérieusement sur les raisons de ce burn-out et du départ rapide de Richard Guay de la présidence de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Nous n’avons jamais eu sa version des faits. Le dauphin d’Henri-Paul Rousseau nommé à la tête de la CDPQ et à qui on impute la responsabilité du mauvais placement dans le papier commercial adossé à des actifs était-il vraiment en accord avec l’achat de 13 milliards$ de PCAA où n’a-t-il fait que suivre les ordres ? A-t-il au moins un peu résisté devant une aussi grande folie?
Une fois ces questions posées, on doit maintenant se demander avec quel argent on va renflouer la Caisse de dépôt ? Difficilement avec nos économies, nous sommes en pleine crise. Un banquier dirait à son client, liquide des actifs ! Quel est le seul autre actif de valeur que possède le Québec et qui symbolise le génie et la réussite des Québécois? Celui sur lequel lorgnent tous les gourous de la privatisation. Celui que tous les gouvernements menacent de privatiser depuis au moins une dizaine d’années, péquiste comme libéral et cela avec la bénédiction des adéquistes.
Si on coule un vaisseau amiral et que l’on vend l’autre pour le renflouer, cela n’aura-t-il pas pour effets d’affaiblir la force de frappe de notre flotte ? Cela ne rendra-il pas l’accession à la souveraineté encore plus difficile ? Dans un tel contexte, un zéro en placement ne deviendrait-il pas un héros chez nos amis fédéralistes? Cela justifierait même les plus grandes récompenses : une promotion, une meilleure rémunération, peut-être même une médaille, qui sait ?
Quel est donc ce vaisseau amiral qui suscite tant notre fierté et la convoitise des ennemis d’un Québec souverain et qu’on souhaiterait aujourd'hui nous dérober à vil prix afin de nous affaiblir?
***
Le document de réflexion La privatisation d’Hydro-Québec : une idée à explorer a été préparé par le vice-président et économiste en chef de l’IEDM, Marcel Boyer, titulaire de la Chaire Bell Canada en économie industrielle de l’Université de Montréal, et par Claude Garcia, administrateur de sociétés et ancien président de la Standard Life. La présidente du conseil d'administration de l'IEDM est Hélène Desmarais, la belle-fille de Paul Desmarais, le même qui a fait nommer Henri-Paul Rousseau, l’ancien PDG de la CDPQ, au conseil de Power. Coïncidence, cette étude paraît la même semaine où on annonce des pertes de 38 milliards à la CDPQ.

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Louis Lapointe534 articles

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Autrefois avocat, chroniqueur, directeur de l'École du Barreau, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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7 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    12 février 2009

    Jacques Parizeau a révélé un jour qu'en 1995 il existait un plan qui aurait fait intervenir Desjardins, Hydro QC et la Caisse de dépôt pour contrer toute tentative de déstabilisation de l'économie du Québec en cas de victoire du oui. Les forces fédéralistes (souvenons-nous de Charles Guité) ont certainement ciblé ces trois piliers de l'économie du Québec comme des cibles à affaiblir. Mobiliser l'empire de Power et ses médias et les grandes entreprises capitalistes du Québec contre Québec Inc. avec le concours de Jean Charest ne relève pas du mystère. Henri Paul Rousseau (Desmarais), l'Institut économique de Montréal (Desmarais), les nominations politiques de Charest, nous voilà, partisan de l'État et des Coops, assiégés de partout. Desjardins ayant étendu ses tentacules aux US, en Ontario et dans les Maritimes il suffirait de la moindre crisette pour qu'Ottawa déclare ce joyau de juridiction fédérale. En fait il faudra voir à quel point la crise actuelle servira de plateforme pour les projets envahisseurs des forces d'Ottawa.

  • Archives de Vigile Répondre

    12 février 2009

    Aux administrateurs:
    Comment peut-on avoir des commentaires écrits le 8 février à un texte émis le 9 février?
    Et pour répondre à ceux qui s'imaginent que le résultat désastreux de la Caisse n'est dû qu'à la mauvaise gestion libérale, je voudrais rappeler que l'un des principaux responsables, HPR, a été nommé par Bernard Landry. C'est lui qui a décidé d'acheter les papiers commerciaux en abondance. Pour répondre à une commande du gouvernement? C'est à voir.
    C'est fort possible. Une commande politique de destruction de la Caisse. Voyons maintenant se lever partout les chefs de file du monde des affaires (et souvent les amis de la famille Desmarais) pour réclamer qu'on scinde la Caisse.
    Qui va bénéficier d'une pareille scission?
    Une Commission d'enquête publique est nécessaire pour voir clair dans toute cette affaire. Exigeons-la.

  • Jean-François-le-Québécois Répondre

    11 février 2009

    Est-ce qu'il y a encore quelqu'un qui croit en la saine gestion de nos ressources par les libéraux?
    D'avoir confié un troisième mandat à Johnny Charest, déjà c'était réélire un véritable fossoyeur du Québec français; maintenant le Sieur Charest en est parvenu (il y aurait ici une possibilité de jeu de mots) au point où visiblement, lui et son équipe ne savent simplement plus ce qu'ils font! Ils sont vraiment dépassée par toute cette suite d'événements!

  • Archives de Vigile Répondre

    11 février 2009

    Pour résumer tout ça... permettez-moi d'employer l'expression populaire en ce qui concerne ces braves gens:
    Les vidanges avec les vidanges !

  • Marcel Haché Répondre

    9 février 2009

    Les libéraux n'ont même pas véritablement d'obligations de résultats.S'il font de bons coups politiques,en particulier avec leur politique économique,cela facilitera leur ré-élection.S'ils dépensent inconsidérément en faveur de leurs amis "entrepreneurs" et"créateurs"d'emplois ,comme présentement,et s'ils sabordent pour cela les finances publiques,l'obligation de résultat incombera au seul parti d'opposition apte à prendre le pouvoir à Québec,c'est-à-dire le P.Q.Les libéraux peuvent se permettent, et se permettent effectivement, la nonchalance et l'irresponsbilité financière.Voyez à cet égard la récente désinvolture ---l'incompétence et le manque de jugement politique---du ministre Béchard à l'égard d'Hydro Québec.
    Le P.Q.,quant à lui, est jugé depuis longtemps selon un double standard.
    Si le P.Q. était élu au gouvernement---pas demain la veille---Ottawa n'aurait de cesse de le déstabiliser à nouveau,ce qu'il ne fait pas présentement à notre gouvernement de capitulards.Et c'est ainsi qu'un parti nationaliste indépendantiste et un parti de capitulards libéraux s'entendent chacun pour faire la fortune politique de l'autre.Il en résulte une société bloquée.
    C'est parce qu'il s'agit d'une société bloquée qu'une partie importante de l'électorat québécois s'est abstenue de voter à la dernière élection.Pourquoi voter,en effet?La réponse en a été une historique.Un score historique.Qui sont les partis gagnants de ce score historique ?
    C'est à une société bloquée que l'on pourrait proposer,par exemple, la privatisation d'Hyro-Québec,ou encore une privatisation feutrée de la médecine,ou des PPP pour le stade olympique ,ou la création en douce de casinos privés,ou de ponts et de routes privés,la remise en cause ,partielle pour commencer,d'institutions comme la S.A.Q, la S.A.A.Q.ou la C.S.S.T,n'importe quoi et n'importe quoi d'autre.Imaginez ce qu'il vous plaîra.Il ne s'agirait pas de politique-fiction,mais de l'appétît malade d'un gouvernement idéologique.Il s'agirait,en réalité, aux "privés" de faire main basse sur les biens publics d'une société bloquée,sans défense.
    L'avancée charognarde, masquée, des tenants de la reconstitution de la bataille des plaines,supposément festive, la réponse faiblarde et lâche de notre P.M. ,s'inscrivent en droite ligne dans le blocage de la société québécoise.
    La responsabilité des leaders indépendantistes est grande.D'autant qu'ils participent, en partie, OBJECTIVEMENT, au blocage de notre société.Nier cela,c'est consentir au blocage,participer à sa poursuite, et célébrer,ultimement et inconsciemment, la vraie victoire des libéraux , la seule à leur portée,celle de l'immobilisme affairiste et intéressé.
    Le P.Q. peut commencer maintenant à entrevoir assez clairement où l'a mené sa longue marche étapiste : nowhere !

  • Archives de Vigile Répondre

    8 février 2009

    Il y a longtemps que j'ai cette hypothèse en tête, Monsieur Lapointe: on a sciemment saccagé "le bas de laine des Québécois" pour les affaiblir, et leur enlever toute puissance économique leur permettant d'envisager l'indépendance.
    HPR en a été récompensé par le plus farouche adversaire de l'indépendance, et j'ai nommé Paul Desmarais. Surveillons maintenant "l'épuisé": il sera sans doute également repêché.
    Et surveillons aussi Jean Charest qui vient de mettre à la porte 7 VP, alors qu'il ne serait pas dans son pouvoir de le faire. Il nommera à la tête de cet important levier collectif un autre requin (libéral!) chargé de voir à ce que sa valeur ne prospère pas trop vite: juste assez pour ne pas avoir l'air incompétent, mais pas assez pour qu'il soit dit que nous avons tout ce qu'il faut pour réaliser l'indépendance.
    Parizeau a eu raison de le dire: les conséquences d'un "NON" à notre liberté sont terribles.

  • Archives de Vigile Répondre

    8 février 2009

    [1] Hydro-Québec
    [2] N'oubliez surtout pas la responsabilité politique et ultime du PLQCharest qui a introduit l'article 4.1 de la Loi sur la Caisse de dépôt et placement, L,R.Q., chapitre C-2, en 2005 qui se lit ainsi :
    4.1. La Caisse a pour mission de recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec.
    [3] L'opération de nettoyage que s'apprête à faire le PLQCharest est une opération pour se dédouaner et camoufler sa propre responsabilité.
    Pierre Cloutier ll.m
    avocat