Premiers effets de la loi 21 dans les écoles de Montréal

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Comme à son habitude, Le Devoir fait sa propagande multiculturaliste


La Loi sur la laïcité de l’État se fait déjà sentir dans les écoles. Une enseignante montréalaise portant le hidjab s’est fait avertir de retirer son voile avant le 10 septembre, a appris Le Devoir. Et deux enseignantes voilées se sont fait refuser des contrats à cause de leurs signes religieux, au moment où la pénurie d’enseignants prend de l’ampleur.


Une enseignante du primaire, nouvellement embauchée par la Commission scolaire de Montréal (CSDM), a reçu un avertissement, il y a deux semaines. Elle doit retirer son hidjab, comme le prévoit la Loi sur la laïcité.


Ce premier cas connu d’une enseignante portant le voile sans y être autorisée — elle ne bénéficie pas de la clause dite de « droits acquis » — démontre la confusion entourant la mise en oeuvre de la loi, indiquent nos sources. Tout le monde se demande à quelle sanction s’expose cette enseignante dans le cas où elle refuserait de retirer son hidjab.


Il a été impossible pour Le Devoir de recueillir les commentaires de l’enseignante, ni de savoir si elle a accepté de retirer son voile.


La CSDM, elle, a confirmé l’avertissement envoyé à une de ses enseignantes, mais reste muette sur les sanctions possibles envers la « contrevenante ». La commission scolaire n’a pas répondu aux demandes de précision du Devoir à ce sujet.


« On ne sait pas comment cette loi sera appliquée, et on a l’impression que la CSDM ne le sait pas non plus », dit Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.


La représentante des 9000 enseignants de la CSDM estime que le principe de la gradation des sanctions devrait s’appliquer. Il serait intolérable que la commission scolaire mette fin au contrat de l’enseignante, fait-elle valoir. « Le congédiement, d’habitude, c’est pour une faute grave. Ça voudrait dire que l’employeur n’a plus confiance en cette personne », souligne Mme Beauvais St-Pierre.


« On ne peut pas dire non plus à la commission scolaire de ne pas respecter la loi. La loi, c’est la loi », ajoute-t-elle.


Candidatures refusées


« La loi, c’est la loi » à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’île (CSPI) aussi. Pour cette raison, la CSPI a refusé la candidature de deux enseignantes portant le voile. Les deux candidates n’avaient pas non plus de droits acquis, car elles auraient travaillé pour la première fois à la commission scolaire de l’est de Montréal.


« Les deux personnes portaient des signes religieux visibles. On les a informées de la loi, et elles ont refusé de retirer leurs signes religieux. Donc on ne les a pas embauchées. On respecte la loi, tout simplement », dit Miville Boudreault, président de la CSPI.



On ne sait pas comment cette loi sera appliquée, et on a l’impression que la CSDM ne le sait pas non plus




Sans la loi sur la laïcité, il aurait accueilli ces enseignantes à bras ouverts : neuf classes du primaire de la CSPI sont toujours sans titulaire à cause de la pénurie de personnel. Ces classes ont toutes un enseignant suppléant, mais pas de titulaire stable pour le reste de l’année. Pour des enfants du primaire, un début d’année scolaire sans « vrai » professeur peut être traumatisant.


La pénurie donne des maux de tête aux gestionnaires scolaires, explique Miville Boudreault. « C’est compliqué de trouver des titulaires au primaire. J’avoue que c’est très essoufflant », dit-il.


Pénurie d’enseignants


Les candidats ont l’embarras du choix. Ils peuvent choisir leur commission scolaire et leur école. Le temps de déplacement entre la maison et le travail devient un critère important. L’ambiance dans l’école est aussi primordiale.


Signe des temps, l’Alliance des professeurs a calculé que 91 de ses membres ont démissionné entre la fin du mois de juin et le début de l’année scolaire. Le syndicat soupçonne que plusieurs de ces enseignants sont allés travailler dans une autre commission scolaire offrant des conditions de travail plus attrayantes. « D’autres ont sans doute abandonné la profession à cause des conditions de travail difficiles, dit Catherine Beauvais-St-Pierre. On a plus d’élèves défavorisés, qui n’ont pas le français comme langue maternelle ou qui ont des difficultés d’apprentissage. Ça peut être stimulant, mais aussi épuisant. »


La pénurie prend une ampleur insoupçonnée à la CSDM. L’Alliance des professeurs a calculé qu’à peine 8 postes sur 96 offerts en adaptation scolaire étaient pourvus après la soirée « d’affectation » du 4 septembre ; au primaire, 28 postes sur 60 affichés étaient pourvus ; en classe d’accueil, aucun des 14 postes offerts n’avait été pourvu, selon le syndicat.


Ces chiffres varient d’heure en heure, car le Service des ressources humaines (à la CSDM comme ailleurs) met les bouchées doubles pour recruter des enseignants en cette rentrée scolaire. « Une chose demeure, nos besoins sont encore très grands », résume Alain Perron, porte-parole de la CSDM.