L’imam Hassan Guillet s’estime «trahi» par les libéraux

D43c6aeb8795cb9f6037664d2f45cbaf

Toute l'affaire sent l'arnaque : le PLC a toujours voulu un candidat italien pour St-Léonard


L’imam Hassan Guillet, écarté comme candidat du Parti libéral du Canada (PLC) pour des propos jugés antisémites, affirme que l’entourage de Justin Trudeau était au courant de ses affirmations controversées, mais l’a viré sans avertissement à la dernière minute.


Le leader musulman a affirmé mercredi qu’il avait été tassé en raison de la grogne provoquée par sa candidature au sein du parti dans la circonscription de Saint-Léonard–Saint-Michel, traditionnellement représentée à la Chambre des communes par un membre de la communauté italienne. M. Guillet se défend avec vigueur d’être raciste et se sent « trahi » par le parti de Justin Trudeau.


Les dirigeants du PLC « étaient convaincus que je ne suis pas raciste et que je ne suis pas antisémite. Ils avaient tout simplement peur des médias », a déclaré Hassan Guillet lors d’une conférence de presse tenue à Saint-Léonard. Il était accompagné de sa femme, Nathalie Groulx, d’un ami juif qui milite pour le rapprochement entre les religions, Jonathan Kramer, et d’autres militants de la circonscription du nord de Montréal.


Hasan Guillet a affirmé que le parti a commencé à élaborer dès la première semaine du mois d’août un « plan d’action » visant à démontrer l’appui de membres de la communauté juive à sa candidature. Le PLC a largué son candidat vendredi dernier, au moment où le B’nai Brith publiait un communiqué faisant état de déclarations passées de l’imam Guillet. L’organisation de défense de la communauté juive a indiqué qu’elle avait informé le parti de ses trouvailles plus d’une semaine auparavant.


Le député libéral sortant, Nicola Di Iorio, soutient que ce « désastre » à quelques jours du déclenchement électoral était prévisible. Les déclarations contestées de M. Guillet étaient connues depuis longtemps, et il ajoute qu’elles avaient même été portées à l’attention du Parti libéral.


« Tout le monde était au courant de ça. Tout le monde. Les gens étaient embarrassés que le parti ne fasse rien avec ça », dit-il.


Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a reproché aux libéraux d’avoir tenté de « cacher les vues antisémites de l’un de leurs candidats vedettes ». « Ce candidat a aussi révélé que, même s’il connaissait ses opinions, Trudeau l’a soutenu et s’est dit “content” de sa candidature pour le Parti libéral du Canada, et travaillait à une stratégie visant à minimiser son extrémisme et à le garder comme candidat. Il est clair que cet individu pensait que ses vues extrémistes seraient à leur place au Parti libéral de Justin Trudeau », a ajouté le chef conservateur dans un communiqué.


La décision de révoquer la candidature d’Hassan Guillet « a été prise à la suite d’un processus d’examen interne rigoureux qui a été amorcé dès que le parti a reçu de nouvelles informations », a indiqué au Devoir William Harvey-Blouin, stratège à la mobilisation et au soutien aux candidats du PLC. « Cette décision est sans appel », a-t-il précisé.


L’imam Guillet affirme que lui et ses partisans se sentent « trahis et victimes au mieux de l’incompétence, au pire de la mauvaise foi » de l’organisation libérale.


Antisémitisme ou non ?


L’équipe de Justin Trudeau a annulé la candidature de l’imam Guillet en raison de propos qualifiés d’antisémites qu’il a tenus dans le passé sur sa page Facebook. M. Guillet a salué en 2017 la remise en liberté du militant israélien Raed Salah, sympathisant du Hamas, une organisation vouée à la destruction d’Israël et placée sur la liste des groupes terroristes par le Canada et d’autres pays. « Nous félicitons le cheikh Salah pour sa libération et sa résistance. […] Nous demandons à Dieu qu’il accélère la libération de tous les prisonniers ainsi que celle de la mosquée al-Aqsa et de toute la Palestine », a écrit Hassan Guillet en arabe.


Hassan Guillet a accusé Israël de pratiquer l’apartheid. Il a aussi écrit que « les sionistes contrôlent la politique américaine ».


M. Guillet se défend vigoureusement d’être raciste ou antisémite, au contraire, dit-il. « Quelqu’un qui critique les juifs parce qu’ils sont juifs, c’est un antisémite. […] Quelqu’un qui appelle à la haine et à la violence contre les juifs, c’est un antisémite. » L’imam Guillet a rappelé ses apparitions publiques avec des rabbins et des chefs religieux catholiques, notamment pour dénoncer l’attentat contre une synagogue à Pittsburgh en octobre 2018.


L’ex-candidat libéral a beau poser des gestes qui témoignent d’un respect de toutes les religions, y compris celle du peuple juif, ses propos sur les « sionistes » peuvent être qualifiés d’antisémites, estime Richard Moon, professeur de droit à l’Université de Windsor, en Ontario. Il est spécialisé dans les aspects légaux de la liberté d’expression au Canada.


« La seule chose qui me frappe comme étant un cas classique d’antisémitisme, c’est la généralisation à propos des sionistes qui contrôlent le gouvernement », dit le professeur. Il était au courant de la controverse et a parcouru le dossier monté par le B’nai Brith.


Les affirmations de l’imam Guillet ne sont toutefois pas des « propos haineux » au sens de la loi, estime Richard Moon. « Pour cela, il faudrait un discours très extrémiste, qui prônerait par exemple la destruction d’une communauté ou qui dépeindrait ses membres comme des animaux ou des êtres dangereux », nuance le professeur.


« Je ne le vois pas faire l’objet d’accusations en vertu du Code criminel, mais j’imagine très bien le Parti libéral être mal à l’aise avec ces commentaires », dit Richard Moon. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes et le Conseil national des musulmans canadiens ont aussi dénoncé les propos de M. Guillet.



Avec Hélène Buzzetti