Pourquoi l'Iran représente un danger pour le monde

Décrire la "dynamique conflictuelle du Proche et Moyen-Orient" sans même faire allusion au "danger sioniste", c'est étonnant. Plus étonnant encore, le faire sans être sur le "payroll des services secrets américains"... Ça ne saurait tarder...



A priori, quelqu'un qui pose cette question est souvent accusé d'anti-iranisme primaire, mais surtout d'être sur le payroll des services secrets américains! Or, il est tout à fait légitime de parler de danger émanant de Téhéran et qui pourrait même être imminent et pour cause!

Premièrement, nul n'ignore que la dynamique actuelle au Proche et Moyen-Orient est non seulement conflictuelle, mais surtout explosive et capable d'affecter l'économie mondiale à cause notamment du pétrole. À cela s'ajoute le jeu trouble fait de Mahmoud Ahmadinejad dont le bras de fer avec Washington commence à prendre des tournures de compte à rebours avant une confrontation armée entre l'Iran et les États-Unis. D'ailleurs, les dernières manoeuvres de bateaux rapides iraniens dans les eaux du Golfe face à la marine américaine sont en soi une indication que les Iraniens ne rendront pas les choses faciles aux Américains.
La course à la nucléarisation
Deuxièmement, malgré le fait que le dossier nucléaire iranien n'est pas techniquement assez développé pour représenter une menace pour la sécurité du monde, il n'en demeure pas moins qu'il a poussé le monde arabe à vouloir se nucléariser, menant ainsi indirectement la région à une course pour le réarmement sophistiqué, voire à la longue, nucléaire!
D'ailleurs, cela s'est presque concrétisé récemment avec la signature entre Paris et Alger d'une entente pour la construction d'une centrale nucléaire «civile» pour pallier la demande grandissante en énergie productive! Or, voilà que le président français Nicolas Sarkozy récidive: cette fois-ci, c'est en pleine région du Golfe où il devrait signer une entente avec les Émirats arabes unis pour la construction d'une centrale nucléaire visant à répondre à la demande énergétique dont les Émirats ont besoin -- du moins officiellement -- pour répondre à la demande locale des industries.
Toutefois, là où la thèse de la course à la nucléarisation de la région semble se mettre en place, c'est bel et bien avec les deux demandes supplémentaires que Paris vient d'obtenir: l'une en provenance de Riyad (Arabie saoudite) et l'autre de Doha (Qatar), de quoi rendre perplexe les Américains, au grand plaisir de la diplomatie française!
Téhéran-Damas ou l'axe du mal
Troisièmement, le tandem Téhéran-Damas représente l'axe du mal par excellence pour la déstabilisation tous azimuts de la région. En effet, cette alliance stratégique entre Ahmadinejad et Assad semble être, pour les Américains, une tentative machiavélique qui vise à étendre la tension et les conflits à l'ensemble des pays de la région tant et aussi longtemps que Téhéran et Damas n'auront pas obtenu des concessions diplomatiques de la part des États-Unis.
Des concessions qui peuvent se traduire pour Téhéran par un contrôle maritime du golfe «Persique», mais surtout par l'achèvement du programme nucléaire «civil», dans une tentative de mettre une fin à la domination sunnite de la région. En soi, cette option ne déplaît pas tout à fait à Washington, dans la mesure où l'axe chiite en gestation pourrait mettre un terme, ou du moins s'opposer, à la montée sunnite intégriste dans la région dominée par les sunnites principalement depuis la chute du Shah en 1979.
Faut-il rappeler que les auteurs des attentats du 11-Septembre étaient tous sunnites et la plupart saoudiens?! Or, le problème qui existe actuellement ne réside pas dans la nucléarisation «civile» de l'Iran, mais plus dans la personnalité misogyne de son président, qui lui, aurait éventuellement un jour le doigt sur le bouton! Ce qui pousse les stratèges américains à lui trouver un remplaçant.
Or, le problème réside dans le fait que depuis leur retrait forcé d'Iran en 1979 et la fameuse crise des otages qui a suivi l'avènement de l'ayatollah Khomeiny au pouvoir, Washington et notamment la CIA ont perdu tous leurs «atouts» sur le terrain iranien. Toutefois, aujourd'hui, il semblerait que des alternatives à Ahmadinejad peuvent se trouver dans les personnes des modérés en Iran même, tel l'ex-négociateur en chef du dossier nucléaire iranien et opposant politique d'Ahmadinejad, Ali Larijani, qui a l'intention de se présenter dans les prochaines élections législatives au mois de mars. Dans un cas de succès, il ne serait pas étonnant que le bras de fer entre Washington et Téhéran s'estompe surtout si Larijani accédait plus tard à la magistrature suprême de l'Iran.
À regarder de près la carte de la région, l'on s'aperçoit que les Américains tentent actuellement coûte que coûte de pratiquer la politique de l'endiguement de l'Iran. D'ailleurs, au Nord-Ouest, la Turquie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan, tous alliés des États-Unis, et à l'Ouest, l'Irak et au Sud-Ouest les pays du golfe Arabo-Persique répondent à l'appel de Washington comme en témoigne la visite récente du président Bush dans la région et les ventes d'armes sophistiquées américaines à ces pays.
Au Nord-Est, le Turkménistan et l'Afghanistan sont inconditionnellement à la merci des aides américaines... et canadiennes, alors que la seule variable restante située au Sud-Est de l'Iran-- le Pakistan --, et qui pourrait représenter un danger pour cette politique d'endiguement américaine, semble se diriger droit vers la chaos ou l'État d'urgence à la suite de l'assassinat de l'ex-premier ministre Benazir Bhutto. Si dans les semaines à venir, la démocratie reprend son chemin à Islamabad, ou si l'État d'urgence est instauré d'une main de fer, le Pakistan pourrait boucler la boucle autour de l'Iran qui sera ainsi complètement isolé. Si, par contre, le président Moucharraf échoue dans sa tentative de regagner le contrôle de la sécurité du pays, le Pakistan pourrait alors virer vers le chaos et une guerre civile, rendant caduque un endiguement total de l'Iran!
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Alain-Michel Ayache, Spécialiste du Proche et Moyen-Orient et professeur au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal
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